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A la une / Reportage

La Tunisie face au défi de la stabilité politique

Islamisme et tourisme : un mariage de raison ?

Doucement mais sûrement, le tourisme reprend en Tunisie. Même si les chiffres de l'année de référence, à savoir 2010, n'ont pas encore été atteints (près de 7 millions), les professionnels misent sur 2014 avec un saut quantitatif pour la prochaine saison estivale. Le nouveau gouvernement vient de fixer les lignes rouges. Le rétablissement de la sécurité est une priorité. Le tourisme demeure un choix stratégique.

L'aéroport Tunis-Carthage grouille de monde. Les délégations devant assister au Forum social mondial, qui se tient du 26 au 30 mars sous le slogan “La dignité”, arrivent. Plus de 70 000 personnes et quelque 5 000 associations européennes, arabes, africaines et américaines ainsi que des personnalités internationales débarquent à Tunis. Des chaînes interminables se forment devant les bureaux de change. Du jamais vu, même durant la période d’avant la révolution en pareille basse saison. Ce n’est pas grâce à Ennahda en tout cas. Mais plutôt à la mobilisation continue de la société civile tunisienne qui refuse que le changement du 14 janvier 2011 ne soit confisqué ou détourné. En ce dimanche pluvieux de mars, la Tunisie, qui vient de passer un hiver difficile en termes de rentrées touristiques, veut espérer. “Ennahda a trop joué avec le feu”, résume un responsable du tourisme en Tunisie pour qualifier les difficultés du secteur de sortir de la zone rouge malgré une année 2012 plutôt bonne. Ce constat, qui fait suite aux timides résultats de début 2013, suscite un large débat, aussi bien au sein de l'Office national du tourisme tunisien (ONTT) qu'au niveau des professionnels et tour-operators.
“Le tourisme n'est pas une question de chiffres ou de prix, sans la stabilité et la sécurité, on ne fera rien”, le mot est lâché. Les professionnels du tourisme s'impliquent dans le politique malgré eux.

L’ONTT place le gouvernement devant ses responsabilités

Deux ans après la révolution, l’ONTT semble dire au gouvernement que le temps de la récré est terminé et qu'il faudrait qu’il prenne ses responsabilités quant à l'avenir d'un secteur qui emploie 400 000 personnes (emploi direct) et qui contribue à près de 8% du PIB. “Si on veut affamer deux millions de Tunisiens, qu'on nous le dise”, affirme de son côté un responsable au sein de l'ONTT. Au sein de cet office, il s’agit avant tout de redorer le blason du tourisme tunisien et les chiffres réalisés en 2012 permettent cette ambition. Avec 5 950 464 touristes contre 4 785 119 en 2011.
Ici, on ne veut pas baisser les bras face à la tentation totalitaire d’Ennahda qui vient d'augmenter les taxes sur l'alcool pour renflouer les caisses de l'État et face à une concurrence de plus en plus rude de la Turquie. C'est un véritable concurrent qui reçoit plus de 30 millions de touristes par an après ses maigres 3 millions dans les années 1980.
Comment faire ? Engager d'abord de nouvelles promotions et travailler sur 2014. Ce n’est pas évident deux ans après la révolution de reprendre de plus belle car entre-temps, beaucoup de mal a été fait. Entre l'agitation des salafistes et la fermeture de plus de 100 établissements hôteliers dont 70% en raison de la baisse de l’affluence touristique, le pays a perdu des plumes. Il faudrait ajouter à cela la politique pernicieuse du gouvernement Ennahda qui semble déterminé à remplacer le service touristique actuel par un autre loin des normes internationales et qui répondrait beaucoup plus à une logique religieuse. Dans cette guéguerre de “halal” et de “haram”, la Tunisie touristique est là, debout, encouragée par le combat de la société civile, des syndicats et des deux millions de travailleurs de l'ONTT faisant de cet office le plus grand parti démocrate de la Tunisie.

Ennahda face à ses contradictions

Certes, le gouvernement de Ghannouchi fait pour l'heure de la liberté individuelle un principe sacré de sa politique, mais les recrutements massifs au sein de l'administration de plus de 20 000 militants islamistes dont même ceux ayant fait de la prison sous Ben Ali et n'ayant aucune expertise font craindre le pire. L'impartialité des institutions est de plus en plus décriée par les partis et la société civile qui s’inquiètent de la régularité des prochaines élections. Mais ici en Tunisie, l'avenir de la démocratie est intimement lié au sort du tourisme. Et c'est peut-être là ou l'exemple de la Turquie si chère aux islamistes et à leurs parrains occidentaux est plus que d'actualité. Pays musulman mais aussi laïc, l'arrivée des islamistes au pouvoir à Ankara n'a pas influé négativement sur le tourisme. Bien au contraire, ils ont contribué à son développement. Ennahda, qui veut donner l'exemple que les Frères musulmans ne sont pas un mouvement rétrograde, n'a d'autre choix que donner à l'ONTT les moyens politiques de relancer le tourisme pour le bien de l'économie tunisienne. Mais peut-il aller vers ce mariage de raison, sachant qu’une partie de sa base est foncièrement extrémiste ?
Mais en même temps, la logique d’austérité a mené le gouvernement à supprimer le budget environnement à l’ONTT. Depuis janvier dernier, la mission de nettoyage n’est pas totalement assumée par les municipalités à qui incombe désormais cette tâche au sein des zones touristiques. Ce qui pénalise le secteur car pour les touristes qui ont l'habitude de venir ou pour ceux qui se rendent pour la première fois, cette situation de négligence n’est pas pour arranger les choses. Si le ministère des Finances considère que la municipalité a la prérogative de nettoyage, les professionnels du tourisme estiment que cette décision est de nature à compromettre la prochaine saison estivale. D'ailleurs, une campagne de volontariat a été organisée jeudi dernier pour nettoyer les zones touristiques, notamment Hammamet Yasmine.

Les marchés scandinave et russe,  nouveaux clients de la Tunisie
Dans cet environnement de combat pour la survie, les tour-operators demeurent optimistes. Si l’instabilité politique a négativement influé sur le secteur depuis les événements contre l’ambassade US à Tunis en septembre 2012 et l’assassinat de Chokri Belaïd en février dernier,  ce qui a conduit à l’annulation de centaines de réservations, les professionnels du tourisme ne sont pas restés les bras croisés. Les marchés classiques ont effectivement baissé mais ont été vite remplacés par les marchés russe et scandinave qui ont connu une nette évolution. Les Allemands continuent, en revanche, de faire confiance aux Tunisiens.
C'est grâce aux Algériens que les saisons 2011 et 2012 ont été sauvées. Les responsables de l’Office du tourisme tunisien l’affirment officiellement. Ils n’ont plus besoin d’une autorisation de leur hiérarchie pour parler à la presse étrangère. Ils ne nient pas la crise. Ils l’affrontent en trouvant des solutions et en se redéployant vers d’autres horizons. C’est beaucoup plus qu’une question économique. Elle est aussi et surtout sociale et politique.


S. T.