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A la une / Reportage

La menace terroriste plane sur la ville

Istanbul continue à vivre en attendant le retour des touristes

Le 12 janvier 2016, une puissante explosion au cœur historique et touristique d'Istanbul a fait 10 morts. ©D. R.

Istanbul, du moins du côté européen, ne déroge guère à ses habitudes. Elle est animée de jour comme de nuit, malgré une température sous la barre du zéro. Rien ne rappelle l’attentat terroriste à Sultanahmet, cœur historique de la ville, treize jours plus tôt, si ce n’est un dispositif sécuritaire intensifié. Il n’en demeure pas moins que l’absence de touristes étrangers est perceptible.

“Cela fait trois jours que je n’ai rien vendu, ni même pas vu un client entrer dans mon magasin”, témoigne spontanément Mehmet, un jeune Kurde, brouillant l’anglais à un arabe approximatif pour converser avec des journalistes algériens qui venaient de franchir le seuil de son commerce. L’aveu est déconcertant, car l’échoppe d’articles d’artisanat se situe au séculaire quartier Gülhane, à quelques encablures du célèbre Topkapi Saray, le palais des sultans ottomans et de leurs harems, et à deux stations, en tramway, de Sultanahmet, la place aménagée sur l’ancien hippodrome byzantin qui borde la mosquée bleue et la basilique Sainte-Sophie ou Hagia Sophia (sagesse divine), comme aiment à l’appeler les touristes. Il est aussi à autant d’arrêts du port du Bosphore et le bazar d’épices égyptien, dans la direction opposée. Ces sites connus et prisés de la capitale turque sont orphelins des touristes occidentaux, depuis l’attentat-suicide qui a ciblé Sultanahmet, le mardi 12 janvier. L’attaque a fait onze morts, principalement des visiteurs allemands, et quinze blessés. C’est dire qu’en cette dernière semaine du mois de janvier, la présence d’un groupe d’environ trente touristes japonais, parmi quelques visiteurs locaux, dans l’enceinte de la basilique Sainte Sophie, transformée en musée puis à Topkapi Saray, est aisément repérée. “Effectivement, il n’y a pratiquement plus de touristes occidentaux. Ce n’est pas récent. Depuis deux ans déjà, le nombre des visiteurs étrangers diminue régulièrement. En hiver, c’est plus perceptible”, affirme un agent de sécurité rencontré à l’intérieur du musée Ayasophia. L’année dernière à la même période, les sites historiques ne parvenaient pas à contenir le nombre de visiteurs, venant notamment d’Europe et de Russie.
Un rebond d’affluence après le fléchissement observé en 2013, au lendemain des manifestations antigouvernementales à la place Taksim, contre un projet d'aménagement urbain controversé (la fronde a duré trois semaines). Ce n’est donc nullement le froid qui rebute les étrangers en cette fin de mois de janvier enneigée, mais bel et bien une situation sécuritaire jugée précaire. Beaucoup de gouvernements européens, dont la France, déconseillent à leurs ressortissants la destination Turquie. “Ils reviendront dès qu’ils se rendront compte qu’Istanbul est l’une des villes les plus sûres au monde. On ne s’inquiète pas”, soutient Mehmet avec conviction.
Il est vrai que les principaux lieux assidûment fréquentés et par les Turcs et usuellement par les étrangers, dont la place et la rue Taksim, sont quadrillés par des véhicules de police et des agents en civil. Le dispositif de sécurité est certes passif (pas d’interpellation ostentatoires), mais important. L'obélisque de Théodose, à proximité de laquelle a eu lieu l’explosion du 12 janvier dernier, est entourée de balises de la police. C’est là l’unique signe visible qui rappelle l’attentat-suicide. L’accès aux édifices historiques, aux grands centres commerciaux, aux institutions et aux universités est soumis à une minutieuse fouille en sus d’un passage obligatoire par le scanner. Seule la Mosquée bleue échappe quelque peu à la règle, car elle a gardé sa vocation de lieu de culte. Elle est fréquentée aussi bien par les locaux qui y viennent pour la prière que par les étrangers qui y accèdent pour la visiter par une entrée dérobée.
Si le dernier attentat-suicide a donné “un coup fatal au tourisme”, pour reprendre le commentaire de Mustapha Ahmet, gérant de l’agence de voyages et de tourisme Marmara Castle, l’ambiguïté de la conjoncture politique et l’inconstance de la situation sécuritaire du pays impactent négativement sur l’activité de laquelle la Turquie tire des revenus substantiels.
Pour la référence, l’entrée au Topkapi Saray est facturée à 45 lires turques (environ 15 euros), celle de la basilique Sainte-Sophie est payante à hauteur de 30 lires turques (10 euros), tandis qu’une ballade sur le Bosphore est accessible à partir de 35 euros. “La Turquie est considérée comme l’une des grandes destinations touristiques. D’après des statistiques officielles, le pays comptait jusqu’à 35 millions de visiteurs étrangers annuellement”, informe Mustapha Ahmet. “Après les attentats d’Ankara, l’activité a baissé sensiblement. La destruction d’un avion russe par l’armée turque a conduit à une défection totale des touristes russes, qui venaient en masse en Turquie. À Sultanahmet, le terrorisme a frappé le cœur d’Istanbul et ses plus célèbres sites historiques. Cette fois-ci, l’attaque a ciblé un groupe de touristes allemands”, poursuit notre interlocuteur qui dit que son agence a enregistré, depuis cette date, plus de 200 invalidations de réservations. “Ces groupes devaient venir au mois de février. Ils ont annulé leur voyage car la situation sécuritaire les inquiète”, explique-t-il.
Menacée aussi bien par le PKK – opposition armée au régime – que par l’État islamique, la Turquie a été frappée deux fois en quatre mois. En octobre 2015, deux violentes explosions, à proximité de la gare d’Ankara, ont fait 97 morts et 246 blessés. L’attentat, attribué potentiellement au PKK, s’est produit au moment où des milliers de personnes se rassemblaient à l’appel de syndicats, d’ONG et de partis politiques de gauche contre la réémergence des hostilités entres les autorités du pays et “des rebelles” kurdes. À la mi-janvier, c’est l’organisation Daech qui a revendiqué l’attaque de Sultanahmet. Entre les deux dates a lieu l’épisode du bombardier russe abattu par l’armée turque au dessus des frontières syriennes au motif de violation de l’espace aérien du pays.
Au-delà, la présence massive de réfugiés syriens dans les rues de la capitale indispose quelque peu la communauté. “Les Turcs ne nous apprécient pas. Ils ont l’impression que nous envahissons leur pays. Ils contestent même la mesure prise par le gouvernement portant sur le prélèvement automatique sur les salaires pour aider les réfugiés”, racontent deux étudiants, rencontrés dans le métro. Asma, une Algérienne résidant à Istanbul depuis son mariage avec un Turc il y a trois ans et exerçant au département des relations internationales Afrique du Nord et régions francophones chez le groupe hospitalier Acibadem, confirme, de par son vécu, le sectarisme dont souffrent les Syriens en particulier et les Arabes en général. “Quand on nous entend parler en arabe dans les transports publics, on commence à marmonner des méchancetés contre nous. Ils pensent que nous ne comprenons pas, alors que nous parlons couramment le turc”, rapporte-t-elle, corroborée par une collègue compatriote. Qu’en est-il de l’aspect sécuritaire dans la ville ? “Je n’y pense pas vraiment, même si j’avoue que j’ai un peu peur quand je prends le métro”, reconnaît la jeune femme.
Hormis peut-être une conscience plus affirmée du risque terroriste encouru, les Stambouliotes n’ont pas changé leurs habitudes. Ils continuent à animer les cafés, les restaurants, les magasins ou simplement les rues du centre-ville, jusqu’à tard dans la nuit. C’est certainement ce qui fait le charme de la rive européenne d’Istanbul.

De notre envoyée spéciale à Istanbul : Souhila hammadi


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