A la une / Reportage

STATION THERMALE DE HAMMAM BOU-HADJAR (AÏN TÉMOUCHENT)

La destination privilégiée des Sudistes

Des espaces verts aménagés pour les curistes et les visiteurs. ©M. Laradj / Liberté

Contrairement aux plages ou aux localités du littoral qui se vident dès la clôture de la saison estivale, Hammam Bou-Hadjar, elle, continue d’accueillir ses visiteurs à longueur d’année.

Les eaux de Hammam Bou-Hadjar présentent une singularité assez curieuse, elles sortent d’un amphithéâtre de colline où gît un massif de travertins, c’est-à-dire de roches calcaires déposées en lits irréguliers. Il en résulte un comportement assez capricieux des eaux avec leurs points d’émergence en perpétuel déplacement. C’est sans doute ce qui peut expliquer cette histoire légendaire, mais un peu fantaisiste, de la naissance d’une des sources de Hammam Bou-Hadjar : un jour, il y a fort longtemps, une vache paissait paisiblement au pied des collines. Soudain, plaçant malencontreusement son sabot dans un petit trou, elle fit une chute. Et, aussitôt, l’eau se mit à couler à l’endroit même où elle était tombée. On appela alors cet endroit ‘‘La source de la vache’’. Sans doute, elle avait crevassé le sol à l’endroit même où un flux d’eau cherchait à jaillir à l’air libre.
Les Romains se sont intéressés à cette région. Habiles architectes et grands constructeurs, ils créèrent Ad Dracones, l’actuelle cité des Bains, qui ne fut, en fait, qu’un poste, peut-être important au plan militaire, permettant le contrôle et la sécurité des convois romains sur le grand axe Portus Magnus/Albulae (Saint Leu/Aïn Témouchent). Ad Dracones, la cité des Dragons fut ainsi nommée en raison des sources sulfureuses très appréciées des Romains, sources qui semblaient cracher la lave et le feu.


Entrée principale de la station thermale. ©M. Laradj / Liberté

Assurer une prestation de choix au visiteur, un défi pour les gestionnaires
Après avoir été exploitée avec des méthodes rudimentaires au lendemain de l’indépendance, la station thermale fut étatisée avant de bénéficier d’une opération de réalisation selon une architecture conçue par Fernand Pouillon au tout début des années 70, mise en exploitation et inaugurée par l’ex-président de la République le regretté Houari Boumediene. C’était en 1974 - dans le sillage de l’inauguration du village socialiste agricole Aurès El-Meïda (VSA) qui relève de la même commune - où elle bénéficia de toutes les commodités dont profiteront les curistes et autres visiteurs. Depuis, la station thermale de Hammam Bou-Hadjar est devenue une destination de prédilection pour les nombreuses familles issues aussi bien de l’intérieur du pays particulièrement les Sudistes que celles résidant dans l’autre rive de la Méditerranée. Elle connaît chaque année un grand flux de curistes, de touristes et de visiteurs en raison bien sûr des vertus thérapeutiques de ses eaux certes mais aussi du fait de sa position géographique stratégique car située à  60 km d’Oran, 45 km de Sidi Bel-Abbès et 80 km de Tlemcen où se trouve le siège social de la direction de l’entreprise mère de gestion touristique (EGTT).
Mais depuis quelque temps, la station s’est nettement dégradée et n’est plus en mesure d’accueillir le flux de curistes et autres visiteurs aussi bien locaux qu’étrangers en quête de remèdes aux différentes pathologies. Les bains, les bungalows, les voies qui se trouvent à l’intérieur de l’établissement thermal sont dans un état de dégradation qui frôle la catastrophe, alors que la piscine n’a pas fonctionné depuis des lustres. Conscients que sa modernisation est devenue une nécessité absolue, les pouvoirs publics ont alloué une enveloppe estimée à 87 milliards de centimes.
Pour M. Mohamed Ali Messaid, fraîchement installé à la tête de la direction de la station  thermale, ‘‘le tourisme local a connu un développement assez timide qui l’a maintenu à un stade artisanal avancé. Pourtant notre pays a tous les atouts. Conscients de cette situation, professionnels et pouvoirs publics ont décidé aujourd’hui d’adopter une stratégie pour le développement du thermalisme et de la crénothérapie, sachant que le patrimoine thermal minéral algérien se compose  de 200 sources dans les 8 stations éparpillées sur le territoire national dont 4 stations, soit 50% du portefeuille du thermalisme appartiennent à l’entreprise de gestion touristique de Tlemcen (EGTT)’’.  À la station de Hammam Bou-Hadjar, il existe trois sources, Aïn El-Berda, El-Hamda et Aïn El Bagra dont la température varie entre 54°C à 73°C. C’est ainsi que les stations thermales se sont imposées comme une destination de choix des familles, contrairement à un passé récent où cette destination n’était réservée qu’aux séniors.
“Pour améliorer nos prestations, on a engagé sur nos propres fonds des travaux d’entretien, de réhabilitation et équipement de quatre bungalows, aménagement de 30 chambres et de la réception, achat de matériel médical et sportif, rénovation de la salle polyvalente, rénovation et aménagement de la piscine, création d’espaces verts et jeux pour enfants, création d’une forêt récréative et de repos pour les familles, située à l’entrée de la station, aménagement de la cafétéria et aménagement des bains traditionnels  (El- Hamda)’’, nous dira M. Messaid. Si l’ouverture de la piscine n’est qu’une question de jours, les travaux portant sur l’aménagement des bains traditionnels se poursuivent toujours sur fonds propres de l’unité.

La balnéothérapie, un vaste chantier de mise à niveau
Dans la cadre du programme de modernisation de la station, la balnéothérapie, principale structure pour laquelle un montant de 18 milliards a été réservé sur les 87 milliards, est passée en priorité et son dossier se trouve à l’EGTT et que le DG M. Houari Chareuf semble maîtriser. M. Messaid  nous informera que ce projet d’envergure est suivi avec une grande attention par M. Bounafaâ Lazhar président du Groupe hôtellerie, thermalisme et tourisme (GHTT). ‘‘On ne peut pas lancer deux opérations à la fois pour ne pas freiner l’activité de la station en particulier le bloc médical qui est le plus important et qui est considéré comme le plus grand d’Afrique’’.
Les gens du Sud sont des gens conservateurs qui ne veulent pas fréquenter la plage. Ils préfèrent jeter leur dévolu sur les stations thermales en particulier celle de Hammam Bou-Hadjar qui offre une capacité d’hébergement beaucoup plus importante que celle des autres stations. ‘‘Je suis une femme de Laghouat. Nous sommes choyés ici où nous nous sentons en sécurité. Les chambres sont propres et la restauration est impeccable. Auparavant mes parents effectuaient des visites régulières ici. Après leur disparition je les ai remplacés’’, témoignera cette sexagénaire du Sud. Une autre curiste de Béchar abonde dans le même sens : ‘‘Je suis venue de Béchar, c’est ma 15e fréquentation de cet endroit depuis mon jeune âge. Je souffre de rhumatismes et d’arthrose. Les conditions de ma prise en charge sont excellentes. Mais la proximité du littoral me permettra de jouir de la fraîcheur de la mer’’. C’est un avantage pour la station dont le directeur, en plus de son souhait de lancer le projet d’un parc aquatique géant à Hammam Bou Hadjar, espère rendre cette richesse naturelle un réel vecteur social, économique et touristique à l’image de certains pays qui ont fait de cette ressource une véritable industrie faite de soin, d’animation et de loisirs.
Les sept plages qui se trouve à côté (Terga, Sassel, Bouzedjar, Béni Saf, Sidi Djelloul, Chatt El ward, et El-Mordjane) ont donné des idées au responsable de la station thermale. ‘‘Nous recevons des gens du Sud. Ils sont hébergés chez nous et on a même pensé lancer une première expérience : celle d’organiser des navettes vers ces plages avec différentes formules et promotions au profit des groupes de curistes selon les besoins du client qui veut le confort, l’hébergement, les soins, les descentes vers la plage, des dîners en plein air et des barbecues dans des forêts. Nous avons une salle de cinéma de 504 places pour la projection de téléfilms, on organise des jeux, il y a plein d’animation et les terrains de sport sont en cours de réalisation. À ce titre, nous avons procédé à la conception d’un site web pour la clientèle où tout est clair sur la page. Dès la fin de l’année, la station thermale de Hammam Bou-Hadjar aura un meilleur visage.  C’est un grand défi qu’on vient de lancer dans un temps très court.  Mon objectif est clair, c’est de pouvoir participer au moins à la relance du tourisme local. Cela fait mal au cœur de voir les pays voisins qui attirent les touristes algériens alors que nous qui avons des merveilles’’, a tenu à souligner le directeur de la station thermale.
De son côté, le Dr Khadidja Zegrar, médecin de la station nous a révélé que pas moins de 265 curistes en moyenne sont pris en charge quotidiennement par l’établissement où chacun a son propre programme tout en respectant les contre-indications. Pour ceux qui souffrent de maladies, les résultats sont encourageants car ‘‘si ce n’est pas un traitement radical, on bloque au moins l’évolution de la maladie et on minimise la prise d’anti-inflammatoires’’. La renommée de la station thermale de Hammam Bou-Hadjar a dépassé les frontières du pays puisqu’elle attire annuellement de toutes les wilayas et même de l’extérieur du pays un nombre impressionnant de visiteurs et des malades qui veulent se soigner et faire du tourisme.

Par : M. LARADJ