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A la une / Reportage

Alors que la campagne s’annonce compliquée dans la circonscription pour les autres partis

La liste “Foursane Annaba” du FLN fait jaser

©M.-C. L.

“Ici plus qu’ailleurs, l’État est affaibli ! Ici, c’est le règne des mafias et des potentats. Ici, il n’y a plus d’institutions qui tiennent. Seul l’argent compte !”, c’est le constat désolant que l’on se fait dans le landerneau annabi où l’“on observe et on compte les coups !”.

Malgré une nature généreuse en ces premiers jours du printemps, la beauté désormais “factice” de la Coquette, avec ses nouveaux aménagements urbains, ne subjugue plus comme auparavant. La route de la corniche longe, à présent, de nombreux chantiers. Le boom immobilier est ininterrompu. Partout, il y a des constructions. Partout du béton. La mer tant désirée est, pour ainsi dire, cernée de toutes parts. Certaines plages sont même en passe de devenir des agglomérations. Devant cette laideur, et avec la proximité du rivage, on ne peut qu’avoir une pensée pour les harraga, ces milliers de jeunes qui ont préféré rompre les amarres pour l’ile de la Sardaigne située là-bas, au loin, derrière les nuages, à moins de 140 miles de la côte algérienne. Désespérant ! Pour prendre au mieux les pulsations de la vie politique locale, il nous faut se rendre au cœur de la ville, au cours de la Révolution. Et l’on s’y rend volontiers pour être au diapason et constater, de visu, que l’immense esplanade est bien parée pour le grand rendez-vous.
Les QG de  campagne des partis du pouvoir FLN et RND ont pignon sur rue. “Les frères ennemis se font face sur la grande place”. En s’amusant de cette rime étonnante devant les panneaux d’affichage où sont placardés les listes et les portraits de candidats, le ton acerbe de quelqu’un éveilla notre attention. Bien sûr, nous ne rapporterons pas certains propos qui pourraient heurter la sensibilité de nos lecteurs, et cela non sans leur signaler toutefois la colère sourde qui gronde par ici. Enfin, telle qu’elle s’est présentée à son premier jour, la campagne électorale pour les législatives de 2017 n’augure, semble-t-il, à Annaba rien de bon. Indubitablement, comme partout ailleurs en Algérie, l’on assiste actuellement à une montée des exaspérations sociales. Les visages des gens sont fermés.  Sur leurs traits, on peut presque y lire leurs préoccupations. En faisant preuve d’un peu d’empathie, on trouve alors très vite de nombreuses excuses à cet air vraiment morose.  “Ici, il n’y en a que pour le FLN !”, s’est-on entendu dire. Comme on ne donne qu’aux plus riches, seul l’ancien parti unique a, en effet, ouvert au jour J des permanences aux quatre coins de la ville pour promouvoir sa liste dénommée Foursane Annaba (les cavaliers d’Annaba). Les autres prétendants se font, pour l’heure, plutôt discrets. Même la fraction qu’on pensait “politisée” de la population est complètement désorientée. Dans le landerneau annabi, “on observe et on compte les coups !”. Une position, certes, indéfendable.

Baha persona non grata
Car, finalement, on ne parle que de lui ! Vous l’aurez sans doute deviné : il s’agit de Baha Eddine Tliba, le député milliardaire et non moins vice-président de l’APN sortante, considéré ici comme le poulain de hauts dignitaires du régime. Son nom est sur toutes les lèvres et éclipse celui de tous les autres candidats.
La présence sur la liste du parti FLN de ce personnage controversé est perçue ici comme une “honte” non seulement pour la wilaya mais pour le pays entier s’agissant pour “l’intrus” de briguer un nouveau mandat électoral national. “Baha n’est pas une caricature du système, c’est plutôt son aberration. Il personnifie la nécessité d’un changement dans ce pays livré à de cyniques et boulimiques prédateurs”, estime notre badaud très avisé.
Par ailleurs, l’état de santé du président Bouteflika, qui se serait dégradé depuis le début de l’année, n’a pas échappé aux observateurs. “Une élection en cache une autre”, croit savoir notre discoureur pour qui le prochain scrutin ne serait qu’un “leurre” sinon un “tremplin” pour une succession “en douceur” au sommet de l’État. “Après les législatives, il faudra avancer une date précise pour la prochaine élection présidentielle car la Constitution en prévoit dans un délai de 90 jours après déclaration du cas de vacance du pouvoir”, énonce-t-il, l’air d’être dans le secret des dieux. Mais qui est Baha Eddine Tliba, cet individu qui veut, à tout prix, porter la voix d’Annaba et qui veut se mettre au service de sa population ? “Élu par surprise, une première fois sur une liste FND, ce nomade politique n’a même pas tenté de se construire une crédibilité. Il doit sûrement croire que le nombre d’ennemis est un indicateur de réussite”, ricane notre interlocuteur. Au point même où, selon lui, ses colistiers craignent désormais pour leur intégrité physique lors des actions de proximité tant ce personnage encombrant est devenu “persona non grata” dans les quartiers populaires. Aussi, pour mener la campagne de Foursane Annaba, sa nouvelle monture au FLN, Baha Eddina Tliba devra donc faire cavalier seul s’il tient toujours à rester en selle.
“Pour assurer sa sécurité, il loue les services de videurs de discothèques, sans compter les applaudisseurs et autres youyouteuses qu’il paye grassement pour l’acclamer sur son passage.” C’est dire qu’à Annaba, “à l’est de la République”, ça ne rigole plus ! Sauf peut-être sur les réseaux sociaux où les cavaliers d’Annaba sont, bien sûr, ceux de “l’apocalypse”. Et les déclinaisons sur ce thème redoublent d’inventivité, pour ne pas dire de férocité.

L’axe Annaba-Oued Souf, une réalité
Pour autant que l’opinion en sache l’énigmatique Baha qui tient les rênes à Annaba aurait fait l’essentiel de sa fortune dans l’immense Sahara d’où il est originaire. “Il était au bon endroit au bon moment”, tente-t-on d’expliquer. Dernièrement c’est son frère cadet resté à El-Oued, Dhia-Eddine, milliardaire également, qui a fait parler de lui en faisant partie de la délégation officielle lors de la visite de travail du Premier ministre Abdelmalek Sellal dans la wilaya. Impatient, le jeune frère semble, lui aussi, en mal de reconnaissance et imbu de pouvoir.
“L’axe Annaba-Oued Souf a toujours existé, mais il n’a jamais aussi bien fonctionné. Un peu comme pour les Kabyles à Alger, les Soufis se sentent à Annaba comme chez eux, et ce, malgré l’éloignement (550 km). Et ils sont chez eux à Annaba, les Derbal, les Benamara, les Benamor, les Haba, les Fridjat, les Mansouri, les Mehri, les Tidjani et même les Tliba. Ces familles ont, du reste, toujours vécu en bonne intelligence avec les Annabis, si ce n’est qu’ils sont devenus avec le temps, eux-mêmes, de vrais Annabis”, détaille, pour nous, une vieille connaissance. Seulement voilà, même après le départ de Amar Saâdani, autre célèbre Soufi éjecté du FLN, l’appétit vorace de “l’émir du Qatar” a jeté une lumière crue sur cette communauté réputée pour être discrète et industrieuse. L’ascension fulgurante du trublion sur la scène politique nationale suscite, le moins qu’on puisse dire, quelques appréhensions. De même que l’origine de sa fortune continue à alimenter la controverse : “Il vendait du Crésyl à la criée à El-Hadjar et voilà qu’il nous revient, une dizaine d’années après, multimilliardaire à moins de 40 ans.”
Certains disent qu’il aurait escroqué l’un des fils de Kadhafi pendant que d’autres affirment que c’est un trafiquant notoire. Bref, si l’intrusion de l’argent sale en politique en Algérie illustre la déliquescence de l’État, à Annaba, c’est tout sauf une vue de l’esprit : “Ici plus qu’ailleurs, l’État est affaibli ! Ici, c’est le règne des mafias et des potentats. Ici, il n’y a plus d’institutions qui tiennent. Seul l’argent compte !”

“Ghazi City”
D’emblée pour certains, il est complètement inutile de décortiquer le côté frauduleux du scrutin à venir. Et pour cause ! Lors des dernières élections locales, le wali Mohamed Ghazi, actuellement ministre du Travail, a désigné, de son propre chef, l’un de ses attachés au cabinet comme P/APC de la 4e grande ville du pays et un chef de bureau à la wilaya comme P/APW. Ce dernier s’est même distingué par la suite, lors de l’inauguration de la nouvelle ville de Draâ Erriche, par une saillie qui en a surpris plus d’un. L’édile proposera tout simplement de baptiser la nouvelle cité “Ghazi City” du nom de son mentor. Sur ce, Ghazi, extrêmement flatté par ce geste de gratitude, lui a promis, sur-le-champ, de le faire passer “sénateur”. Il aura tenu sa promesse, une vraie “prouesse” qui vaut, à elle seule s’il en est, tous les discours des boycotteurs réunis. Le wali aurait donc décidé de nommer ses élus à lui, des fonctionnaires qui, du reste, n'ont jamais pris position sauf l’un d’eux pour Ali Benflis lors de la présidentielle de 2004. Enfin, faute de rompre avec cet environnement vicié qui fait fuir les compétences et attirer les voyous, la Coquette se trouve coltinée aujourd’hui par une meute de prédateurs aux dents longues. Sur ce registre, les extravagances de certains animateurs de la campagne de Foursane Annaba font les gorges chaudes des discussions de café où l’on parle immanquablement des aventures de Baha.
L’influent député ne cesse, lui, de tisser sa toile au niveau de tout l’exécutif de la wilaya, brassant un large spectre d’activités socioéconomiques autres que l’immobilier, son domaine de prédilection. Il a même réussi la gageure de placer, pour successeur à l’heureux sénateur pro-Ghazi, l’un de ses employés qu’il a fait venir d’El-Oued pour le bombarder à la tête de l’APW de Annaba. Devenu incontournable à Annaba, Baha, accoutré de sa aâbaya cousue de fils d’or, se fait entremetteur même entre voisins de longue date.

Que fera Talaï ?
Pris dans le tumulte, le ministre des Transports et des Travaux publics, Boudjemâa Talaï, tête de liste, semblait, au premier jour de la campagne, ne plus savoir justement où donner de la tête. Longtemps cadre dirigeant dans le secteur industriel et le BTP, Talaï était, jusqu’à un passé récent, peu rompu à la chose politique pour laquelle il vient de faire, à l’occasion de cette campagne, son véritable baptême du feu. Pourtant, en tant que membre du gouvernement, tout le monde s’accorde à dire que Talaï a réussi là où d’autres ont échoué.
“Avec son accent annabi assumé, “Mabrouk”, pour les intimes, a porté avec force et conviction un idéal d’équilibre régional pour le pays. Il lui revient de prendre la juste mesure de ses responsabilités historiques et de choisir son camp !”, considère l’un de ses proches. Cela dit, malgré ses compétences managériales et sa connaissance du monde de l’entreprise, pour ses premiers pas en politique, Talaï devra affronter, dans le staff même de sa campagne toute une faune d’opportunistes qui veulent s’affairer autour de lui et surtout s’afficher à ses côtés. Ce qui est en soi une dure bataille, car à Annaba, les murs n’ont pas d’oreilles. Non seulement tout se dit ouvertement mais tout finit pas se savoir. Aussi, au-delà de l’étiquette politique et de l’enjeu électoral, on place beaucoup d’espoirs sur Talaï “intuitu-personae” pour porter, aux plus hautes autorités du pays, les revendications de toute une région délaissée, du reste, depuis l’avènement du président Bouteflika au pouvoir. Mais est-il possible que le destin d’une wilaya comme Annaba puisse reposer sur les frêles épaules d’un seul homme ? Assurément, non !

Reportage réalisé par : Mohamed-Chérif Lachichi


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1 réactions
ymas71 le 16/04/2017 à 3h33

Dans l'article le journaliste a exagéré sur quelques passage en traitant les soufi qu'ils se sentaient mieux à Annaba, citant même des noms de familles très respectueuses (3ayb 3lih). Maintenant pour lui répondre à ce Monsieur: oui ils sont chez eux à Annaba et tout ce qu'on gagné les soufis il ont eu à la sueur de leurs front et avec leur propre argent. Ils ne sont pas venus te l'enlever de ta poche. Ils sont de grands industriels qui embauchent beaucoup de jeune à Annaba, Bye

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