Scroll To Top

A la une / Reportage

PROBLÉMATIQUE D’Exportation de l’huile d’olive

LA MÉCANIQUE PEU HUILÉE

© D.R

Malgré le potentiel important de la filière oléicole en Algérie, l’huile d’olive locale peine toujours à se frayer un chemin dans le marché international et à s’imposer  face  aux  produits  des autres pays du pourtour  méditerranéen.  Le  débat  sur  son  exportation  date  de plusieurs années mais, concrètement, le résultat demeure jusque-là des plus insignifiants. Qu’est-ce qui bloque donc le développement à l’export de cette filière ?   

Une place au soleil sur le marché international de l’or liquide n’est pas pour demain pour l’huile d’olive algérienne. Et ce sont les professionnels du secteur qui le disent, estimant que le potentiel existe, mais que le chemin est encore long. Très long. C’est, du moins, le constat que dressent les oléifacteurs les plus en vue de la région de Tizi Ouzou.

Parmi eux, Amazit Fayçal, le propriétaire de l’huilerie “Ouiza” d’Ifigha, qui a obtenu, en mai 2020 à l’occasion d’un concours international “Huiles du monde” organisé à Paris (France) par l’Agence pour la Valorisation des Produits Agricoles (APVA)la distinction Gourmet dans la catégorie des huiles de type “Mûr-léger”. “Nous pouvons engranger plusieurs milliards de dollars par an en exportant de l’huile d’olive si l’État veut réellement développer ce secteur.

Nous pouvons rivaliser avec n’importe quel pays du bassin méditerranéen. Nous avons une qualité d’huile pure, contrairement à certains pays qui ont investi le marché international. Nous avons beaucoup de retard pour atteindre ce niveau”, affirme, avec conviction, M. Amazit qui cite, pour preuve de cette capacité d’investir le marché international, son obtention d’un marché d’exportation de son huile d’olive vers la France pour ce premier trimestre 2021.

Ce marché a été, explique-t-il, concrétisé en France entre l’huilerie “Ouiza” d’Ifigha et la Société d’investissement et d’exploitation Nawal Amazit (Siena) France, basée à Argenteuil, en région parisienne, pour l’exportation d’une première tranche de 80 000 litres d’huile au prix variant entre 7 et 9 euros la bouteille de 75 cl.

Le contrat a été concrétisé après la consécration, en avril dernier, de l’huile “Ouiza” d’Ifigha au concours international des huiles du monde organisé, à Paris, par l’Agence pour la valorisation des produits agricoles (AVPA). Un concours à l’occasion duquel les analyses physico-chimiques et organoleptiques qui mettent en exergue surtout le goût fruité de son huile d’olive se sont révélées très concluantes.

“D’autres sociétés, telles que Carrefour et Casino, ont tenté de conclure des marchés avec notre huilerie, mais les propositions n’étaient pas intéressantes. Les grandes surfaces n’offrent pas des prix raisonnables”, a révélé Amazit Fayçal, ajoutant encore avoir reçu également une autre proposition de marché avec Abu Dhabi qui n’a pas été également jugée intéressante car, explique-t-il, “le crédit de campagne consistait à acheter des olives pour produire de l’huile et nous contraindre aussi à des remboursements après transformation”. 

Mais en dehors de cette “succes story” de l’huilerie “Ouiza”, l’exportation à grande échelle de l’huile d’olive algérienne nécessite encore un déploiement de gros efforts. “L’État doit s’impliquer dans l’entretien et le renouvellement des vergers oléicoles, dans la récolte des olives, le transport, la conservation dans de meilleures conditions, la trituration, la mise en bouteille,etc. Le label, ça s’arrache.

Aujourd’hui, nonobstant quelques aides en matière de conseils, c’est nous qui faisons tout. On ne peut pas avoir la tête partout”, explique M. Amazit qui estime, ainsi, que le combat pour entrer dans le marché international et arracher une place de choix parmi les ténors de cette filière dominée par l’Espagne, l’Italie, la France, du côté européen, et par la Tunisie et le Maroc, du côté nord-africain, est rude pour l’Algérie.

Cela d’autant que, précise t-il, en Europe, certains pays enregistrent un taux de 40% d’huiles invendues. Pour lui, l’entrée dans le marché mondiale doit obliger les producteurs d’huile d’olive en Kabylie à changer de comportement. Avec les pratiques traditionnelles qui dominent, le chemin est encore long, estime-t-il. “La cueillette tardive des olives ne favorise pas la bonne qualité de l’huile au niveau international. 

L’olive  qui  arrive toujours moisie dans les pressoirs, donne une huile trop acide, dépassant souvent le seuil de 3,3%, limite à partir de laquelle, le produit ne sera jamais aux normes”, explique M. Amazit. 

“En Algérie, les ménages stockent d’immenses quantités d’huile qui deviennent inconsommables en raison de leur taux d’acidité élevé”, déplore-t-il, estimant que l’exportation de l’huile d’olive c’est aussi une affaire de “volonté politique”. Selon lui, l’Algérie devrait négocier certains marchés en incluant des clauses, comme par exemple : “Nous achetons vos voitures, achetez notre huile.” 

Pour sa part, Moula Omar, président de l’association “Achvali Nath Ghobri”, du village Tabourt, dans la commune d’Ifigha, est plutôt pessimiste quant à la mise en œuvre d’une véritable politique d’exportation et à grande échelle, de l’huile d’olive. “Hormis, cette consécration obtenue en avril dernier, en France, où nous avons réussi à placer sur le marché français une huile de Kabylie confirmée avec un contrat d’exportation, nous demeurons toujours au point de départ. C’est dire que des obstacles persistent encore pour relancer la filière oléicole et ainsi entrer par la grande porte dans ce marché international que nos voisins marocains et tunisiens ont conquis depuis des années.

Cette médaille décrochée, en France, par l’huile d’Amazit des Ath Ghobri, renseigne sur la qualité des huiles de Kabylie. Malheureusement, la volonté politique qui va nous permettre de concrétiser notre rêve de conquête du marché mondial, nous fait défaut”, se désole-t-il. Pour lui, les nombreux séminaires organisés, ici et là, n’ont pas permis, malheureusement, d’avancer d’un iota.

“Que de promesses tombées à l’eau”, lâche-il amèrement, avant de rappeler que le projet des coopératives oléicoles censées prendre en charge cette filière, à savoir entretenir les vergers, ramasser la production, la transformer et assurer la vente, est encore un vœu pieux.

“Seules deux coopératives ont vu le jour mais elles ne s’occupent même pas de l’huile et elles sont sur le point de jeter l’éponge”, regrette M. Moula, estimant que le maintien des méthodes traditionnelles de récolte, de stockage, de transformation… n’est pas fait pour donner une huile vierge ou pour changer quelque chose. Pour lui, le système des coopératives demeure, toutefois, la seule voie pour développer la filière.

“Avec la DSA, la Chambre d’agriculture et la subdivision agricole, nous avons pu créer un Comité national de l’oléiculture présidé par M. Aït Toudert, avec l’adhésion de 14 wilayas. L’objectif premier est la labellisation, afin de donner à notre huile une valeur ajoutée. Si nous arrivons à certifier notre huile sur le plan biologique, elle sera exportable à un meilleur prix”, explique-t-il. 

 Mais, selon Samia Hadji Djaoui, la responsable de la filière oléicole à la direction des services agricoles de Tizi Ouzou, la certification est justement l’un des problèmes auxquels les producteurs sont confrontés. “Nous n’avons pas d’organisme certificateur et pour certifier notre huile d’olive il faut solliciter un organisme étranger”, a-t-elle soutenu, récemment.

“Pour que l’huile d’olive algérienne puisse s’introduire sur les marchés étrangers, il faut qu’elle soit de qualité extra-vierge, vierge, or nous produisons toujours la lampante, au taux d'acidité élevé. Et le problème c’est que la lampante et l’extra-vierge se vendent au même prix sur le marché local et cela n’incite pas à fournir des efforts pour produire l’extra-vierge qui peut être exportée”, a-t-elle déploré. Pour ce qui de la labellisation, l’accord de principe de la DSA et du ministère a été donné et le dossier est au niveau du ministère. Selon Mme Hadji Djaoui, son efficacité dépend de l’adhésion des producteurs.    

Selon les explications de cette même responsable, la filière oléicole a réussi un bond important sur le plan quantitatif tant la wilaya de Tizi Ouzou, à elle seule, atteint une superficie plantée en oliviers de 38 900 hectares, avec la plantation de 733 000 plants rien que durant cette dernière dizaine d’années et le lancement d’un programme de 340 000 autres depuis l’année dernière.

Sur le plan qualitatif, en revanche, il reste à fournir des efforts considérables. D’un côté, sur les 450 huileries existant sur le territoire de la wilaya, 248 sont dans la catégorie huileries traditionnelles qui ne produisent pas une huile conforme aux normes étrangères. 

De l’autre, il reste encore un travail de mise en conformité à mener, notamment en ce qui concerne le conditionnement dans du verre fumé, l’étiquetage, la qualité… En attendant, cette responsable estime que la solution n’est autre que de se constituer en coopératives ou en association d’autant qu’à présent les procédures en la matière ont été allégées. 
 

Par : KAMEL NATH OUKACI/S. LESLOUS

 


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER