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A la une / Reportage

Reportage

La paix retrouvée a besoin de la relance de l’économie locale

Ramadhan 1999, Ramadhan 2014. Aujourd’hui, 15 ans après la dissolution du bras armé de l’ex-FIS, retour dans ces contrées autrefois fiefs de la subversion islamiste armée et “territoires autonomes” sous l’emprise de l’ex-AIS. Que sont  devenues ces régions ?  Dans cette deuxième partie du reportage, il s’agit d’une virée dans des villages où les citoyens réapprennent à vivre tout en gardant en mémoire les sombres moments des années noires. Cependant, l’Etat n’a pas encore repris ses droits et la relance économique n’est pas encore passée par là.
Pour rejoindre le massif de Collo, on est obligé de passer par Dar Amor. Ce lieu situé à 3 km de Collo-ville, restera et à jamais gravé dans l’imaginaire des habitants de Collo. Un matin de cette terrible année 1994, un camion transportant de jeunes appelés du service national tomba dans une embuscade tendue par des terroristes. Sans armes, en tenue de sport pour la plupart, les jeunes militaires seront froidement assassinés, sous le regard impuissant d’une partie de la population qui suivait de loin la scène macabre. C’était il y a plus de 20 ans. Depuis, même si la paix est revenue, il est difficile d’effacer de la mémoire collective les images de la sauvagerie islamiste.
Près de 7 km plus loin , nous sommes à Zitouna, ex-Bessembourg. A l’entrée du village, nous arrivons au premier “check point” de l’ANP. Chef-lieu de daïra depuis 1989, la localité a souffert durant les années 1990 des affres de l’hydre terroriste.
MIA, GIA et AIS se disputèrent, des années durant, le maquis de Bessembourg. En plus de la situation géographique, la région offrait un important potentiel de financement pour les groupes armés à travers le trafic du liège et du racket.
En 1995, les GIA se permirent même d’organiser, une parade militaire sur l’artère principale du village avant de saccager les sièges et le parc roulant de plusieurs administrations. Du coup, déjà sans postes de police et de gendarmerie, la localité verra l’exode de toutes les administrations vers Collo-ville. Ce sera le cas de la daïra, de l’APC, de la poste, de la maternité, du centre de santé,…
Aujourd’hui, une décennie et demie après le démantèlement des maquis, toutes les administrations sont rouvertes à Zitouna.  Mieux, cette année, pour la première fois depuis l’indépendance et 25 ans après avoir été promue chef-lieu de daïra, l’ex-Benssembourg a son propre commissariat de police en attendant l’installation d’un groupement de gendarmerie.   

Parler de la paix dans les années 90 était une hérésie
Assurer un développement durable du massif de Collo, une utopie ? Pas aussi évident, car, en 1995 oser même parler du retour de la paix au pays de Béni Ishak, la tribu majoritaire à Zitouna, était considéré comme une hérésie. Et pourtant, aujourd’hui, la paix est bien là !
Nous quittons Zitouna pour continuer notre route avec une pensée à notre consœur Naïma Hamouda assassinée par les terroristes le 2 août 1995 dans l’Algérois et enterrée ici, à Hmayed. Le jour de son enterrement, il n’y avait pas foule pour des raisons sécuritaires. Il fût une période où on avait peur d’enterrer nos propres morts. C’était le temps où la peur n’avait pas encore changé de camp, pour reprendre les termes d’une phrase de l’ancien Chef du gouvernement, Réda Malek.
Arrivée au Terras, une brise d’air fraîche nous rappellera que le col culmine à 1000 mètres d’altitude. Ce carrefour porte toute une symbolique. Si le col est toujours sécurisé par un cantonnement militaire, point de barrage fixe filtrant comme autrefois.  
Une station-service, ouverte depuis 2000, distribue le carburant. Par contre, aucune trace de l’ancien abribus. En 1995, pris au milieu d’une fusillade, une dizaine d’élèves et d’enseignants, qui se trouvaient ici ce jour-là, laisseront leur vie.  Jusqu’à 1997, le passage des populations par Terras se faisait contre un laissez-passer, délivré par les autorités militaires.
Cette fois-ci, nous prenons la route de Kanoua sans nous faire passer pour un enseignant exerçant au collège du village, comme en 1997, pour contourner la procédure du laissez-passer.

Kassaman remplace les chants de l’internationale islamiste
Autres temps, autres sensations ! La montée de l’adrénaline d’il y a 17 ans a laissé place à la sensation de bien-être devant un paysage féerique et une nature enchanteresse. Notre pot d’accueil nous attend juste  à 200 mètres : “l’eau de la source Zidane”. Nous buvons de cette eau fraîche, qui coule durant toute l’année, tout en discutant avec des jeunes rencontrés sur place. Et dire qu’il y a 15 ans de cela, il était quasiment impossible de s’y rendre. A la place de l’eau, symbole de vie et de générosité, Attoui, Wiachaoui, Sahki et Touffouti  (les plus importantes tribus du massif de Collo) se partageaient un vice érigé, à l’époque, en vertu: La haine de l’autre…au nom d’Allah !
Juste après la source Zidane, nous nous engageons dans une impeccable route bien entretenue et protégée des rayons de soleil par une dense forêt de chênes-lièges. Alors qu’à Collo le mercure a dépassé le seuil des 30°, ici, il est au-dessous de 20°.
Sur notre gauche, les décombres d’une scierie. C’est tout ce qui reste d’un prometteur projet de foresterie développé de 1991 à 1993 entre l’Algérie et l’Union européenne. Des experts allemands devaient aider leurs homologues algériens à faire de cette forêt le cœur d’une économie locale. Il n’en fut rien. La haine des islamistes a fait le reste.

Kanoua - Azerdez
On dirait la campagne… de l’autre côté de la Méditerranée

Moins d’un quart d’heure plus tard, nous sommes à Kanoua. Ce village, chef-lieu de commune, est sorti de l’anonymat durant la décennie noire du fait que les deux frères Kebir en sont originaires et que le cadet, Mustapha, adjoint de l’Emir national de l’ex-AIS, installa ici son QG. De 1993 à 1999, seuls l’école primaire et le collège d’enseignement moyen sont restés ouverts. Les autres institutions étaient, si elles ne furent pas détruites par les bombes du GIA, obligées de baisser les rideaux. Les affaires courantes de la commune étaient gérées à partir d’un bureau au niveau du siège de la daïra de Collo.
Au centre de Kanoua une stèle fait aussi office de giratoire et autour de laquelle sont implantés la mairie, la poste en rénovation, la mosquée et deux cafés populaires.
Deux tableaux retiendront notre attention. En premier, l’excellent état de la chaussée et la propreté qui règne dans le village. Les bacs à ordure sont bien placés et aucun sac-poubelle ne jonche la rue. On dirait la campagne… de l’autre côté de la Méditerranée. Le second est l’absence de tout signe extérieur d’une société terrorisée. Ici, pas d’accoutrement asiatique et de barbe fournie. Par contre, le nouveau siège de l’APC, le nouveau CEM, qui s’ajoutent à l’ancien et à un autre en voie de lancement, la nouvelle polyclinique quasi achevée et les logements sociaux sont omniprésents aussi bien dans le décor que dans les discussions.
Ironie du sort, l’actuel maire est un Kébir. A Kanoua, c’est comme si la crise est une affaire de famille. C’est un autre Kébir qui dirige la première institution locale chargée de fermer la parenthèse des années noires. Mais, cette tâche sera-t-elle aisée lorsqu’on constate que 15 ans après la fin du terrorisme, il n’existe pas encore de projets d’investissements pour remplacer le défunt programme de foresterie. Ici, aucune entreprise économique n’a ouvert. Même l’Ansej se résume, ici, à deux acquisitions de minibus pour deux jeunes.
Après Kanoua, perchée à plus de 800 mètres, cap sur Azerdez. Nous sommes chez les Kébir. La seule institution ici c’est l’école, qui porte le nom d’un autre Kébir, le martyr Saïd en l’occurrence, qui faisait office de QG pour Mustapha de 1997 à 1999. C’est, aussi, ici que l’adjoint de Mezrag recevait les émissaires du commandement militaire de 1997 à 1999 lors des négociations portant dissolution du bras armé de l’ex-FIS.
L’école est aujourd’hui ouverte aux élèves et on y apprend le savoir et non les ruses de la guérilla. La route, déjà carrossable, est en chantier. De part et d’autre de la chaussée, on construit des logements.
On dit que quand le bâtiment va, tout va. Peut-être, mais est-ce valable à moyen terme quand 99% des ressources de financement du développement et des transferts sociaux viennent de la rente ? Encore une fois, pas d’entreprises économiques à même de créer de l’emploi et de la richesse.
Nous continuons notre route vers Tamanart, située à 18 km plus loin,au pied du mont du Goufi... Une plage paradisiaque perdue dans ce massif forestier. Le site n’est pas un village proprement dit, mais juste une belle plage à 7 criques. Avant 1993, elle était le poumon économique de toute la région. Les camps de toile et en huttes étaient complets 4 mois sur 12. En 1997, une fois les négociations pouvoir-ex AIS entamées, le site balnéaire fut choisi pour abriter le plus important camp des troupes de Mazrag.
On circule librement et on se permet des embouteillages !
De part et d’autre de l’axe routier principal qui sépare la lisière côtière de la forêt, on construit. Les jeunes des villages avoisinants, déambulant en bermuda, serviettes sur les épaules, ont pris la place des ex de l’AIS circulant en kachabia et kalachnikov en bandoulière.  
Aujourd’hui, Tamanart est toujours officiellement fermée à la baignade pour des raisons sécuritaires. En effet, en 2000, une semaine après sa réouverture officielle, un attentat a ciblé des gendarmes qui assuraient la sécurité de la plage. Depuis, elle est toujours fermée. Une  situation qui nous rappelle que 15 ans après la dissolution de l’ex-AIS, la présence d’un seul terroriste constitue une menace sur la sécurité publique.
En fin de journée, alors que nous quittions Tamanart pour rejoindre Collo par Chéraïa, une vingtaine de jeunes, à bord de deux pick-up, rentraient au village balnéaire aux cris de … “One Two Tree, viva l’Algérie”. Ils venaient de suivre la rencontre Colombie-Côte d’Ivoire à Chéraïa sur un écran géant et allaient rejoindre leurs hameaux que sont Echatt, Bougaroun, Akroun, Aksem,… en passant par Tamanart. Le développement du massif de Collo n’est pas totalement réussi comme souhaité au lendemain de 1999. Mais ici, l’hymne national a chassé les chants de sirène de l’internationale islamiste.
Le muzzin appelait à la prière du Maghreb quand nous arrivons aux portes de Collo que nous avons quitté l’après-midi de ce jeudi 19 juin. Nous croisons des dizaines de véhicules qui se dirigeaient en sens inverse vers les villages du massif, créant quelques embouteillages sur le tronçon Tahra-Dar Amor. Tableau inimaginable il y a 15 ans de cela quand les gens s’auto-imposaient un couvre-feu de fait à partir de midi et n’empruntaient cet axe que par extrême nécessité.

M. K.