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A LA UNE / Reportage

Elle fait la promotion de nouvelles destinations touristiques

La Tunisie veut sécuriser son marché algérien

La Tunisie compte accueillir huit millions de touristes en 2018 dont plus de 2,5 millions d’Algériens. ©D. R.

Les professionnels tunisiens du tourisme cherchent à diversifier leurs produits en incluant des destinations relativement peu connues des Algériens, à l’image de Monastir ou Mahdia.

Si 2018 est l’année de la relance du tourisme tunisien, comme répété souvent et soutenu par nos différents interlocuteurs rencontrés au cours du voyage de presse organisé par l’ONTT (Office national du tourisme tunisien) en Algérie, aussi bien du côté de Sousse qu’à Yasmine Hammamet ou encore à Monastir, le marché algérien reste pourtant une priorité dans la stratégie commerciale de Tunis. Un acquis, quoiqu’on ne puisse se permettre de parler de fait établi dans un secteur aussi versatile que le tourisme, soumis à de nombreux paramètres exogènes. La donnée sécuritaire étant l’une des plus urgentes à gérer, la Tunisie accusait encore, il n’y a pas si longtemps, les contrecoups d’attentats terroristes surmédiatisés qui lui ont fait vraiment mal. Conscients de l’importance d’un marché “fidèle” et sur lequel on peut compter en cas de coup dur, les Tunisiens n’hésitent pas à le rappeler, à chaque occasion, signalant qu’outre sa fiabilité, les touristes algériens sont parmi les plus dépensiers des nationalités en villégiature chez eux. Les chiffres étant ce qu’ils sont, des indicateurs sur la courbe évolutive du secteur, le marché algérien est le deuxième, après le domestique, en termes de fréquentation, et les professionnels tunisiens cherchent à diversifier leurs produits en incluant des destinations relativement peu connues des Algériens, à l’image de Monastir ou Mahdia. C’est en l’espèce l’intention de Saâd Khemiri, le représentant adjoint de l’ONTT à Oran, qui milite pour promouvoir ces deux adresses en privilégiant la clientèle de l’ouest du pays. L’option même d’un tourisme hors saison est retenue avec la mise en avant de la thalassothérapie (la Tunisie est deuxième mondialement après la France sur ce segment) comme moyen d’attraction d’une clientèle presque exclusivement tournée vers l’été. Évoquer le tourisme tunisien convoque inéluctablement une réflexion sur la stratégie algérienne en termes de promotion du secteur, et le premier constat à établir est celui d’un échec politique consommé qui a fait du tourisme algérien le parent pauvre de l’économie nationale. La chronique instabilité des ministres algériens à la tête du tourisme trahit à elle seule l’absence d’une vision à longue échéance et renforce le gouvernement dans ses choix de navigation à vue. Dans les années 70, l’Algérie était la Tunisie d’aujourd’hui, toutes proportions gardées, et le pays a raté un virage important dans sa stratégie touristique, le propulsant dans une logique d’exportateurs de touristes alors qu’il était une destination préférée des tour-opérateurs étrangers. Une fois en Tunisie, et en visitant les vitrines des villes (hôtels classés, marinas, musées…), on ne peut s’empêcher de faire un parallèle malheureux entre deux logiques managériales dont les choix divergents à souhait ont scellé définitivement l’apport du tourisme dans les recettes fiscales. Le tourisme en Tunisie étant ce que sont les hydrocarbures à l’Algérie, il est facile d’imaginer toute la place dévolue à ce secteur.

Le poids du privé
Le changement de cap dans la perception même de ce qu’est le tourisme, une industrie à part entière, a mis les Tunisiens sur les rails de la modernisation de leurs infrastructures hôtelières, la création de zones dédiées exclusivement au tourisme et se projeter dans d’autres produits susceptibles de booster un peu plus le taux d’occupation des hôtels en ciblant une nouvelle clientèle, familiale cette fois. Et c’est justement du côté de Monastir, la ville du regretté Bourguiba (son mausolée et un musée aménagé dans l’ancienne résidence d’été de Skanès s’y trouvent) que cette perspective a pris forme et s’est développée jusqu’à devenir une marque de fabrique. Slim Dimassi, le président de la région de Monastir de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie, explique à ce propos que “de plus en plus d’hôteliers ont investi dans les parcs aquatiques et les loisirs pour enfants pour attirer les familles”. Même si l’idée n’est pas foncièrement inédite, elle a pris forme avec les Allemands, et les professionnels comptent cibler davantage de clients algériens (majoritairement en famille) pour concurrencer les deux destinations phare des touristes, Sousse et Hammamet Yasmine. Si le tourisme tunisien est ce qu’il est aujourd’hui, c’est parce que l’État s’est désengagé de la gestion et des investissements parfois lourds dans le secteur, préférant se reposer sur la Fédération, créée en 1965, et sur des formules de partenariats hybrides (capitaux privés et participation publique) en gardant un statut de régulateur. La Fédération tunisienne de l’hôtellerie, qui compte neuf régions, les pôles touristiques par excellence (Djerba, Sousse, Tunis, Tabarka, Mahdia, Monastir, Hammamet, Sfax et Tozeur) participe dans les plus grandes commissions au sein de l’Office tunisien du tourisme pour tracer la stratégie marketing et les budgets, “donc nous, nous sommes partie prenante avec l’Office du tourisme, à Tunis, même des choix stratégiques au niveau des destinations à développer et à aider”, précisera Slim Dimassi. La Fédération a également son mot à dire dans le classement des hôtels en veillant au respect des lois et de la qualité à travers le suivi quotidien des établissements hôteliers. À propos du marché algérien “qui n’est pas nouveau pour les Tunisiens”, notre interlocuteur affirme qu’à partir des trois, quatre dernières années “on a eu un boum, un excellent retour” pas exclusivement concentré sur la haute saison mais avec une reprise “extraordinaire” du tourisme médical. Malgré une relative concurrence de la Turquie, les Algériens sont de plus en plus nombreux à se rendre dans les cliniques à Tunis, Monastir et Sousse profitant du rapport qualité-prix, de la proximité géographique et de l’atout de la langue et des agences de voyages se sont même spécialisées sur ce créneau. Si certains professionnels en parlent ouvertement, d’autres par contre estiment que ce segment est complémentaire aux formules touristiques classiques, mais qu’il ne faut pas en faire ouvertement sa promotion. El Habib Amar, le P-DG du port El-Kantaoui, à Sousse, expliquera que la réputation du secteur médical tunisien est avant tout due à la qualité des soins qu’on y prodigue.

Le transport aérien en question
Monastir et Mahdia où tourisme rime avec “qualité” et “tranquillité”, deux destinations que Saâd Khemiri compte promouvoir pour les futurs visiteurs en provenance de l’Ouest algérien et, pour y arriver et convaincre les voyagistes de la région, il s’appuie sur l’éventualité d’organiser entre juillet et août des vols charters à partir de l’aéroport international Ahmed-Ben Bella d’Oran en direction du tarmac de Monastir. Il faut reconnaître que le premier problème que rencontrent les professionnels des deux pays quant à ces promotions est le transport. En effet, si on compte quatre vols hebdomadaires d’Oran vers l’aéroport Tunis-Carthage, assurés par Tunisair, avec un taux de remplissage maximal, la nature même des voyageurs, des pèlerins en transit, fait qu’il reste peu de place aux touristes. Un constat établi qui fait dire à Slim Dimassi que les professionnels des deux pays ne profitent pas pleinement de ces heures de vol. Et c’est pour cette raison que la mise en place de vols charters devient nécessaire pour relier ces deux villes sinon renforcer les dessertes qui sont déjà programmées. Là aussi, la donne n’est pas simple puisque le volet du transport aérien est qualifié, par nos interlocuteurs, “d’éternel problème algéro-tunisien”. Il faut savoir que les professionnels du secteur sont contraints de composer avec des quotas de 48 vols à se partager entre Air Algérie, Tunisair et le dernier arrivant Nouvelair (une compagnie tunisienne privée). La Fédération, consciente du manque à gagner induit par ce paramètre, a multiplié les approches en direction des trois compagnies aériennes pour programmer davantage de rotations entre les deux pays en formule charters ou vols réguliers. Si les Tunisiens s’inscrivent dans une démarche offensive, prêts à rompre avec les réflexes hérités de l’ancienne gestion, réfléchissant à de nouveaux axes de développement de leur industrie touristique, ce n’est malheureusement pas le cas en Algérie où l’on s’accroche désespérément, et peut-être par manque de compétence, à des schémas directeurs qui sont passés depuis longtemps de mode. Les fameuses zones d’extension touristique (ZET), chères à nos responsables, n’ont rien apporté au tourisme sinon un bradage en bonne et due forme d’un foncier à forte valeur ajoutée. Tant qu’on continue à penser le tourisme comme un ministère exotique et les sites naturels et archéologiques comme des décharges à ciel ouvert, il est dit que les Algériens préféreront toujours passés leurs vacances ailleurs. En Tunisie, c’est encore mieux ! Rappelons que la Tunisie compte accueillir huit millions de touristes en 2018 dont plus de 2,5 millions d’Algériens.
Avant le printemps arabe en 2011, la destination accueillait plus de 7 millions de touristes étrangers par an. Après avoir déserté la destination après l‘attentat du musée du Bardo à Tunis en mars 2015 qui a fait 21 morts, et l’attaque d’une plage de Sousse en juin 2015 qui a coûté la vie à 39 touristes dont 30 Britanniques, la plupart des grands tour-opérateurs européens ont commencé à revenir. Avant les attentats, le nombre de touristes en Tunisie était en 2014 de 7,1 millions pour dégringoler ensuite en 2015 à 5,3 millions. Puis, en 2017, la reprise s’est amorcée puisque 6,73 millions de touristes ont visité la Tunisie.

Réalisé par : Saïd OUSSAD


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