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A la une / Reportage

Mercuriale du mouton de l’Aïd variable à l’ouest du pays

Le faible pouvoir d’achat plombe les ventes

Le prix du mouton reste élevé. ©Billel Zehani/Archives Liberté

À quelques jours de la fête de l’Aïd el-Adha, la faible vente du mouton inquiète les éleveurs qui la justifient par la chute du pouvoir d’achat des familles.

À Oran, que ce soit au marché de bestiaux à El-Kerma ou aux différentes fermes des localités de Kehaïlia, de Toumiat, d’Oued Tlélat, connues par la qualité de leurs élevages, c’est le même constat. “Le client est prudent et raisonnable. Il attend une baisse des prix qui n’arrivera jamais car le coût de l’élevage est cher”, affirme B. N., un éleveur de père en fils, avant de préciser que “l’orge coûte 2 800 DA/q, le son 3 000 DA. Il faut ajouter à cela le maïs, le soja, les frais du vétérinaire et les salariés, le prix du mouton ne peut pas baisser”. En effet, le prix de l’agneau chez le boucher n’a pas connu de fléchissement et dépasse les 1 400 DA/kg. Aux différents points de vente cités, le prix d’un agneau de 30 kg varie entre 45 000 et 55 000 DA. Quant à celui de 20 à 25 kg, le prix oscille entre 35 000 et 40 000 DA. Pour les prix accessibles dans certains marchés aux bestiaux, les éleveurs sollicités justifient leurs prix. “D’abord, la qualité de la viande, puis l’engraissement d’une bête nécessite au moins 6 000 DA en moyenne pour une période de deux mois. Enfin, le client connaît la ferme et le propriétaire. En cas de pépin (santé de la bête, qualité de la viande), il peut réclamer et porter plainte si c’est nécessaire. Autre chose : le mouton est pris en charge par le fermier jusqu’au jour de l’Aïd et on peut lui assurer le transport s’il le désire”, affirme l’éleveur Berrefas d’Oued Tlélat. Et de conclure : “Si on pousse l’éleveur à vendre à perte, il risque de cesser son activité.”
Cependant, des familles ont décidé de faire l’impasse sur le mouton de l’Aïd, refusant l’achat à crédit. “D’habitude, je le fête à la maison, mais cette année, ce n’est pas possible faute de moyens financiers. La vente par facilité est souvent pénalisante”, confie un retraité qui, pour la première fois de sa vie, passera, avec sa petite-fille, l’Aïd chez son fils marié.

Tlemcen : les conséquences du verrouillage de la frontière
À travers la wilaya de Tlemcen, le mouton du sacrifice, cette année, est non seulement disponible en nombre important, mais également à un prix relativement à la portée des bourses moyennes contrairement aux années précédentes. Ce constat est principalement dû au fait que la frontière algéro-marocaine étant verrouillée, le cheptel, qui avait l’habitude d’être exporté frauduleusement, reste au pays. Les contrebandiers ont dans leur globalité préféré abandonner cette activité pourtant lucrative car craignant leur arrestation illico presto par les services des gardes-frontières et leur inculpation de crime économique sévèrement réprimé par la justice avec des peines de réclusion allant jusqu’à 20 ans de privation de liberté en sus de fortes amendes.
En 2015, des milliers de têtes de mouton ont pu traverser la frontière ouest à partir d’El-Aricha, par des chemins détournés, et surtout la nuit dans des camions circulant feux éteints. C’est ce qui a expliqué la flambée des prix sur les marchés à cette période précise. Au bas mot, pour cette année, c’est un gain d’au moins un million de centimes qui est réalisé par tête avec la possibilité pour chacun de varier son choix sans subir le diktat des éleveurs. À quelques jours de l’Aïd, au niveau des nombreux marchés du cheptel, le mouton de moyenne corpulence est proposé à environ 25 000 DA. Cette année, pour éviter toute menace d’épidémie de fièvre aphteuse, les autorités sanitaires ont contraint les maquignons à vendre leur cheptel exclusivement au niveau des marchés agréés avec la présence sur place d’un vétérinaire. La tendance de la vente s’est donc inversée, l’offre supplantant la demande avec l’effet direct sur le prix revu à la baisse. Ce n’est pas de gaieté de cœur que les éleveurs ont commencé à embarquer leurs agneaux et béliers sur les camions pour prendre la direction des cités urbaines. Ils sont dépités par la tournure pris par les événements qui ne servent pas leurs intérêts financiers.

El-Bayadh : les éleveurs préparent leur riposte
Coïncidant avec la fin des grandes vacances et la rentrée des classes, la fête de l'Aïd el-Adha risque encore d'échapper à plusieurs familles dont le revenu est loin de répondre à une telle succession d'événements.
Ce constat survenant à chaque fois que la bourse est sollicitée, la population d'El-Bayadh assiste, impuissante, au déferlement de fêtes et d'événements liés à son quotidien. Pourquoi donc cette inquiétude à l'approche d'un rendez-vous religieux que la majorité des citoyens classe comme occasion singulière d'avoir enfin un petit bout de viande dans son assiette, à défaut de l'avoir tout le long de l'année ? La réponse est toute simple à partir du moment où la spéculation qui touche les viandes rouges dépasse l'entendement, à plus forte raison quand il s'agit d'attirer ces clients d'un jour ! À El-Bayadh, l'élevage ovin, qui, jadis, était une fierté de toute une région, tend à devenir une corvée pour la plupart des éleveurs tant le cheptel dépend exclusivement de l'aliment concentré, lequel se marchande parfois sous le manteau, et quand les maladies ne sont pas au rendez-vous.
Pour Hadj Hmidat, un des rares éleveurs authentiques de la région, le phénomène de la spéculation rend caduque toute stratégie d'élevage et, par conséquent, c'est à “l'État de prendre ses responsabilités” pour préserver aussi bien les intérêts des éleveurs que des consommateurs. Notre interlocuteur nous révélera que “cette année, aucun éleveur, digne de ce nom, ne pourra amortir les dépenses effectuées pour être au rendez-vous du sacrifice…”. Cette inquiétude affichée par notre interlocuteur a trait directement à la déchéance des prix constatés aux marchés du bétail, comme en témoignent nos différentes virées effectuées sur les grands marchés de la wilaya, à savoir celui du chef-lieu de la wilaya et celui de Bougtob.
En effet, les prix ne cessent de dégringoler au point que l'écart entre ceux pratiqués auparavant et ceux de cette année dépasse les 20 000 DA. À titre d'illustration, un bélier ne dépasse pas les 40 000 DA, au moment où l'agneau est cédé à moins de 25 000 DA. Cependant, bien que le consommateur trouve son compte dans pareille occasion, les professionnels de l'élevage ne se disent pas dupes, alertant les pouvoirs publics quant à une prochaine envolée des prix de l'ovin dès le lendemain des fêtes de l'Aïd, comme quoi la conjoncture actuelle n'est qu'éphémère. S'agit-il donc d'une simple coïncidence ou carrément d'un bradage ? Pour les responsables de la Chambre de l'agriculture de la wilaya, rien à voir avec ces deux suppositions. En fait, pour eux, les prix pratiqués en ce moment peuvent trouver explication par les faits de la sécheresse et des maladies qui ont sévèrement touché le cheptel ovin ces derniers mois, où des milliers de têtes ont péri.
Du côté de la Direction des services agricoles, la chute des prix serait conjoncturelle étant donné  qu'elle serait liée uniquement au déséquilibre entre l'offre et la demande, non sans citer le coup dur porté aux spéculateurs qui empruntent nos frontières. Enfin, le seul paradoxe relevé à travers les marchés hebdomadaires :  les prix des brebis d'engraissement et les génisses qui se sont envolés, atteignant les 35 000 DA. Là, l'index montre carrément l'éleveur qui prépare sa riposte pour les mois prochains, surtout que la majorité d'entre eux se dit prête à se sacrifier pour le jour de l’Aïd afin de rebondir juste le lendemain !

Mascara : le crédit du bêlement
Outre les marchés hebdomadaires de Mascara, Maoussa, Khalouia, Sig, Tighennif et Ghriss, de nombreux autres marchés de bétail non programmés se tiennent dans la région de Mascara, particulièrement en cette période de veille des fêtes de l’Aïd. Au lieudit “Souika”, rendez-vous des transactions, les prix des bêtes oscillent entre 30 000 et 55 000 DA avec une majoration de 500 à 1 000 DA liée aux frais de transport puisque le site est situé en dehors de l’espace urbain. Certains éleveurs ont leurs clients, principalement des enseignants et des petits fonctionnaires, auxquels ils cèdent des têtes de mouton avec des paiements fractionnés. Agent paramédical de son état, B. Benali reconnaît que cette pratique a un double effet : “Certes ces éleveurs nous facilitent l’acquisition des moutons, mais nous restons à leur merci quant aux prix pratiqués. La différence est souvent importante sachant qu’elle peut atteindre jusqu’à 10 000 DA, mais faute de moyens financiers, nous sommes contraints d’accepter sans marchander. Nous ne sommes pas dupes, et si nous nous rapprochons de ces éleveurs, c’est qu’en cette période, rares sont nos amis qui consentent à nous accorder des prêts.”
Hadj Ahmed a un surnom “Moul mal”, il est très connu dans le milieu et n’hésite pas à nous révéler : “Depuis mon jeune âge, je ne fais que ce métier. Je n’ai exercé aucune autre profession. Mon métier consiste à élever les agneaux et les revendre. Pour certains, nous gagnons beaucoup d’argent, mais ils ignorent que nous achetons des aliments de bétail pour nourrir les bêtes et de l’eau pour étancher leur soif, notamment en cette période estivale. Il y a les bergers à payer, le vétérinaire à rémunérer et les médicaments à acheter avec, en plus des travaux d’assainissement, des enclos à assurer. Tout cela nécessite des dépenses que nous engageons. Conscients des difficultés financières que rencontrent certains chefs de famille, nous avons décidé de faire un effort en leur faveur et leur accorder la vente à crédit. Nous ne faisons que récupérer notre argent et réaliser de maigres bénéfices.”
Dans le même tableau sont inclus les intermédiaires dont Hocine, 43 ans, marié et père de 3 enfants : “Je suis intermédiaire occasionnel. Mon travail consiste à me présenter tôt au marché et acheter entre 5 et 10 moutons à des prix raisonnables pour les revendre ensuite avec une marge sur chaque bête. C’est un travail presque légal qui se pratique au niveau de chaque marché.”
D’autres éleveurs estiment que les prix qu’ils fixent sont raisonnables mais évoluent à la hausse après l’entrée en scène des maquignons et des intermédiaires. Toutefois, de l’avis de tous les acteurs, comparés à ceux de l’année passée, les prix du bétail ont enregistré une légère baisse :  12 000 DA pour les béliers, 15 000 DA pour les agneaux et 18 000 DA pour les brebis.

Par :
N. Benabbou
B. Abdelmadjid
A. Moussa
A. Benmechta


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