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A la une / Reportage

Naouel Merazka, architecte, chef de département à l’Agence nationale des secteurs sauvegardés

“Le statut juridique des biens immobiliers constitue une contrainte”


Liberté : Les autorités nationales relancent le plan de sauvegarde de La Casbah. Où en sont les différents projets de réhabilitation engagés depuis presque trente ans ?

Naouel Merazka : Il y a une véritable volonté politique de sauvegarde du site à travers un plan d’action prioritaire, mis en place depuis 2014. Dans ce plan, environ 200 biens immobiliers sont pris en charge, dont des monuments majeurs (les palais et les mosquées) et des bâtis mineurs (des douérette, des parcelles vides et des ruines) dans 33 îlots. La première étape a concerné les procédures administratives et les appels d’offres. Les marchés ont été attribués. Les études sont en cours. Entre-temps, des projets de restauration pilotes ont démarré en 2016. Certains sont à environ 80% d’avancement, tels que le Palais du Dey, le Palais des Beys, le Palais Hassan-Pacha, la mosquée Barani à Bab Djedid, la maison historique de Bouhired et les deux constructions mitoyennes. D’autres ont été réceptionnés, à l’instar de la mosquée du Dey et d’une partie de la citadelle d’Alger. 

Est-ce que l’Agence a procédé à un recensement des biens immobiliers en fonction de l’état de conservation ?

Après l’effondrement d’une bâtisse au mois de juillet, une équipe du CTC a expertisé pratiquement tout le bâti de La Casbah. Elle a constaté que la plupart des constructions sont moyennement conservées ou sérieusement dégradées. Le problème se pose surtout pour les biens privés, qui constituent la plus grande partie du bâti de La Casbah. Il faut savoir que l’État ne peut pas injecter des deniers publics dans la restauration des propriétés privées. La réglementation autorise néanmoins des aides financières programmées, allant jusqu’à 70% du coût de la rénovation. Des aides sont octroyées aussi sur le fonds du patrimoine. 

Où se situent donc les blocages ?

Le département communication et relations publiques de l’ANSS a reçu en 2016 cinquante dossiers de rénovation ou d’aide financière, déposés par des propriétaires. Les procédures ont été enclenchées. Le projet n’a pas été, néanmoins, concrétisé à cause de la crise financière. Par ailleurs, le statut juridique de La Casbah, confus, constitue une entrave. La plupart des biens immobiliers sont privés, d’autres sont répertoriés comme des biens waqf. Il y a aussi les biens OPGI acquis partiellement par des particuliers. Ce qui leur confère un statut juridique mixte. Beaucoup de biens n’ont pas de propriétaires connus et d’autres appartiennent à des dizaines d’héritiers. Pour récapituler, les contraintes majeures sont : financement de la restauration des biens privés et statut juridique ambigu et compliqué. Sur le plan technique se présente le problème de la remontée des eaux. 

Le plan de sauvegarde inscrit des interventions ponctuelles de restauration, sans vraiment préconiser un projet de préservation du site dans sa globalité. N’est-ce pas la raison des échecs successifs ?

Une réflexion dans ce sens est en cours. Des enquêtes ont été réalisées pour actualiser les données du plan permanent. Nous avons proposé la réhabilitation d’un îlot pilote. Il a été choisi sur la base des critères suivants : la majorité des bâtisses sont en état de dégradation avancée ; les occupants sont généralement propriétaires ; sa localisation à la Haute-Casbah le rend accessible… Il est assez représentatif. Ce projet n’a pas abouti non plus.

La Casbah d’Alger a été classée patrimoine universel en 1992. Vingt-huit ans plus tard, le site s’est davantage dégradé, n’est-ce pas ? 

La Casbah existe toujours en tant que patrimoine. C’est vrai qu’au plan physique, elle a perdu des douérettes, mais elle a gardé son authenticité. Le site, dans son ensemble, peut être encore sauvegardé. En 2012, approximativement 2700 biens immobiliers ont été recensés, dont environ 1800 bâtisses. Aujourd’hui, il reste un millier de constructions. 

 

Propos recueillis par : Souhila H.


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