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A la une / Reportage

Mission d’information de l’UFL deux ans après la chute de Kadhafi

Les Libyens ferment l’épisode du livre Vert (vidéo)

La Libye respire un nouveau jour. Malgré un fond de ruine et de désolation, elle s’offre dans une image inédite faite de joie et de plaisir de vivre sa liberté. Tripoli et ses villes périphériques, que la mission de journaliste du Sahel accrédités par l’UFL a eu à visiter, donnent à voir un autre visage qui contraste totalement avec les échos chaotiques distillés par les médias. C’est l’image du “peuple” en fête, qui fête sa liberté retrouvée. Une image que le simple citoyen autant que le responsable militaire ou politique, rencontrés, veulent transmettre. Des villes bien gardées par un dispositif de sécurité renforcé à cette occasion afin d’éviter “de probables intrusions des résidus du dictateur” pour gâcher l’ambiance de joie.

Pour le deuxième anniversaire de la révolution, les Libyens, dans un élan spontané, ont pris la décision de célébrer le 17 Février à leur manière avec un indescriptible spectacle et explosion de joie.
Tripoli, 14 février 2013. Descente à l’aéroport international dont on a gardé les dernières images de l’assaut des brigades de Kadhafi avant sa reprise par les révolutionnaires. Plus aucune trace de l’affrontement. Mais, tout le périmètre est bien gardé par des hommes en uniforme. En plus des douaniers et de la police des frontières, d’autres hommes en treillis sont visibles dans le hall des arrivées. Le mouvement, départ et arrivée, est cependant normal dans l’aérogare.
A la sortie, se dresse un barrage militaire qui contrôle et filtre les entrées et sorties. Hormis la forte présence des hommes en armes, policiers, militaires et volontaires, tout semble normal à Tripoli.
Les traces de violence n’apparaissent qu’à l’entrée de Tripoli. A Bab Al Azizia, fief d’El Kadhafi. Les bâtiments touches par les bombardements de l’Otan sont restés visible à l’état de ruines. Un peu plus loin, en forme de champignons ou d’un dôme, les bureaux du “guide” éliminé offrent à voir un décor de ruine ancienne éventrée. Les Tripolitains veulent garder ces “vestiges” comme témoin de leur révolution.
A chaque entrée est dressé un barrage. Y compris les accès à certains quartiers. C’est normal que toute la ville soit sécurisée, indique un chauffeur qui rappelle que cela coïncide avec le deuxième anniversaire de la révolution.
L’après-midi, la place des Martyrs est complètement investie. Enfants, femmes, vieux, en solo, en famille ou en groupe, un flot humain a convergé vers cet espace devenu “mythique” pour l’ère post-Kadhafi. L’endroit est inondé de monde, je cris de joie, de rires, d’explosion de pétards et de feux d’artifice, le tout entouré d’une multitude de drapeaux assortis de klaxons. On peut avoir droit même à une parade d’Harley Davidson superbement chromées.
Le boulevard Omar-El-Mokhtar où se trouvent les ministères de l’Intérieur et de la Justice en plein travaux de rénovation, est devenu à la fois route et piétonne. La place donne à voir une magnifique fresque mêlant sons et couleurs. Asma M’hamed et Amel Abdelmajed Bouraoui, deux amies d’El-Mansoura, non loin de Bab Al-Azizia, racontent leur soutien discret dans le quartier d’El-Kadhafi malgré leur peur des représailles. “Nous donnions de la nourriture, des boissons, aux révolutionnaires. Aujourd’hui nous sommes ici à Dahra (quartier central de Tripoli) pour défiler, exprimer notre joie et fêter le jour de notre libération”, disent-elles. Des “vigiles”, des militaires et des policiers sont postés en plusieurs endroits pour sécuriser “la fête”.

Tripoli aux couleurs de la liberté

Adossés à des voitures, trois hommes en uniforme, armes en “berne”, l’œil vigilant, un large sourire sur les visages montrent qu’ils sont contents de leur rôle. “Nous sommes des volontaires. Après la révolution nous sommes restés mobilisés. Nous utilisons nos propres voitures, nos propres moyens. Car nous savons que des résidus de l’ancien régime peuvent s’infiltrer ici et perturber la fête”, lancent-ils, avant de poser pour une photo souvenir. A quelques mètres d’eux, deux soldats, fleurs aux canons, font le tour de l’esplanade. Belle image de pacifisme pour un pays qui vient de sortir d’une bataille d’une rare violence.
C’est une fête populaire, spontanément décidé par les Libyens, précise le général de police, Djemaa Mouchri. L’officier supérieur qu’après le 17 février, c’est la voie ouverte sur la démocratie, un gouvernement civil et bien entendu la sécurité comme priorité. L’avenir sera meilleur, tranche Khaled Abou Malek, un vieux retraité, barbe bien soignée, entouré de ses petits-enfants. “Les choses ne vont pas changer comme avec une baguette magique, il y a encore des mercenaires de l’ancien régime. Mais je suis optimiste pour l’avenir”, dit-il. Les enfants vont dans tous les sens, font exploser des pétards, lancent des feux d’artifice alors que les motards se livrent une concurrence autour des figures extrêmes. La nuit commence à tomber sur la placette, mais les familles continuent d’y affluer. Le ciel est illuminé par les lampadaires, les explosions de feux d’artifice et les ballons à bougies gonflés et laissés s’envoler.
Tajoura, grand quartier de la banlieue de Tripoli, tient son nom, paraît-il, d’une Italienne, Aura, connue pour être tout le temps coiffée d’une couronne, le taj en arabe. Elle veut elle aussi partager ce moment de joie en profitant de la présence d’une délégation de journalistes des pays du Sahel. Le décor est planté. Guirlandes, lumières, musique, drapeaux, des familles et surtout beaucoup de jeunes qui chantent, dansent et “s’éclatent” pour exprimer leur joie et la liberté de parole. Sur la scène érigée au milieu de la ville se relaient des artistes, des enfants, comme se relaient chansons et poésie au milieu d’une foule qui a oublié ses souffrances. La chaîne télé publique immortalise ces moments de joie et profite pour avoir le point de vue et leur sentiment sur la nouvelle Libye.  La Libye offre une surprenante image loin de ce qui est souvent rapporté par les médias étrangers. On présente la Libye comme un pays au bord de la guerre civile avec des milices autonomes qui dictent leurs lois dans toutes les régions.  Tous les agents des services de sécurité sont identifiés avec des badges portant le nom, le prénom, le permis de port d’arme et le type d’arme. Pour se faire plus rassurants certains exhibent leur badge pour le confirmer.



Zaouïa, martyre mais insoumise
L’aventure se poursuit en ce pays présenté sous l’image apocalyptique d’une zone enfoncée dans le chaos. Les seules images du chaos sont celles des bâtiments touchés par les obus à Zaouïa, Zouira au nord de Tripoli que nous avons visitées et Misrata, la ville rebelle au sud de la capitale. Toutes les bâtisses entourant la place centrale de Zaouïa sont touchées. La mosquée située au centre est complètement rasée alors que les bâtiments lui faisant face ont tous été touchés, éventrés, certains réduits en ruine. La banque est affectée, mais les employés ont repris le travail pour éviter de bloquer les salaires. Un groupe raconte comment une manifestation pacifique a été transformée par les snipers d’El-Kadhafi en boucherie. Ils ont commencé à tirer sur les fidèles. C’est le début du massacre.
La ville a été assiégée et les chars tiraient partout. Les premiers morts, selon les témoignages, ont été enterrés dans la placette mais les mercenaires les ont déterrés et jetés loin de la ville. Il aura fallu attendre la fin des affrontements pour les enterrer décemment. Il y eut 330 martyrs et 1200 blessés. Les jeunes résistants ont aménagé un rez-de-chaussée pour en faire un musée où sont exposés divers effets, photos, armes, douilles, munitions… certaines transformées en œuvres d’art. La vie a repris, mais les impacts de balles et d’obus donnent à voir “des plaies fraîches” et l’image d’une ville martyre.


Plus vers le nord, vers la frontière tunisienne, Zouira, ville berbérophone, souffre un peu plus que les autres. Interdite de sa culture, de son identité, la ville a vécu pendant longtemps l’exclusion et l’isolement. La région a été mise à la marge sur tous les plans, se plaint Yousef Al Hassaeri, un élu local. Dans son discours de 1973, Kadhafi a posé ses interdits en gommant toute spécificité liée à Zouira. Pas d’histoire, pas d’identité, la langue amazighe interdite, souffrances administratives, et bien entendu la suppression des langues étrangères dans l’enseignement, dit sur un ton dépité et amer Riad Sheali Saki, un autre membre du conseil local. Zouira réclame d’emblée le gel des lois contenues dans le discours de 1973 et la prérogative de la gestion des structures locales, éducation, santé, contrôle et supervision du budget au conseil local. La visite s’achève sur l’air de la liberté retrouvée dans une grande salle où est organisé un concert haut en couleur. Et beaucoup de notes d’espoir. Espoir d’abord d’avoir retrouvé sa langue maternelle.

Zouira reprend son thamazighth
Dernière escale à Misrata, au sud de Tripoli. Cette ville a eu également sa part de répression. Elle est la ville natale de celui qui a tenté le premier coup d’Etat contre Kadhafi. Il le fera payer à toute sa population. Quarante-deux ans d’exclusion. La capitale économique du pays ne sera qu’une grande ville commerçante. Un port au ralenti, une zone franche sans activité et un aéroport financé par les contribuables locaux. Ceux-ci réclament une part de la gestion des infrastructures mais ils refusent l’atteinte “à l’intégrité du pays”. “Nous nous sommes soulevés sous le signe "Avec toi Benghazi"”, dit Smaïl Chekhaoun, président du conseil qui rappelle la charte de Misrata où ils réitèrent leur attachement à la légitimité et l’Etat de droit. Dehors, le décor est sur fond de stigmates de grands affrontements. Misrata a gardé des cicatrices sur tous ses flancs. Sur un côté de l’avenue principale sont exposés différents véhicules militaires, des chars, des armes, des lance-missiles, des roquettes, des voitures calcinées, différentes munitions juste en face d’un grand local transformé en musée où l’on peut voir des photos de victimes, des documents, des effets personnels de Kadhafi récupéré à son domicile d’El-Azizia, des spécimens de faux billets (dollars, dinars libyens et euros) avec lesquels il payait les mercenaires. On y a entrepris des travaux d’extension pour en faire le musée de la révolution.
Retour enfin à Tripoli et son nouveau défi, le front politique. Sur ce plan les choses semblent évoluer doucement pour la raison qu’il s’agit d’une nouvelle expérience pour les autorités. Un apprentissage de la pratique démocratique. “Les Libyens sont conscients que la transformation démocratique a besoin d’un regard froid et de patience”, a indiqué Dr Salah El-Makhzoum, 2e vice-président du Congrès général (Assemblée nationale).  Pour la sécurité, la Libye, selon lui, compte sur l’Algérie et la Tunisie pour atteindre l’objectif de la sécurité de toute la région. Préoccupation, mais l’urgence est dans la gestion de “cette situation exceptionnelle”, a-t-il estimé. En plus de l’accord avec les pays voisins, son pays a pris des mesures pour sécuriser ses frontières. Le congrès a d’ailleurs adopté une décision pour renforcer la sécurité dans la région sud avec une surveillance permanente. De son côté, le 1er vice-président du Parlement, M. Giuma Ahmed Atigha, reconnaît l’existence de petits problèmes de sécurité, mais “cela ne représente pas une menace pour le pays ou les voisins. Il a dénoncé par ailleurs l’exagération des informations sur la circulation des armes. Les défis sont d’autant plus grands que, comme l’a souligné le doctreur Al-Makhzoum, les autorités ont hérité de ruines et qu’elles ont sur les bras la construction des institutions de l’Etat, la rédaction de la Constitution. Elles ont heureusement une manne qui sert déjà à absorber le chômage et prendre en charge les blessés et toutes les victimes de la révolution. Décision est déjà prise pour accorder une allocation mensuelle pouvant atteindre les 2000 dinars libyens, un logement et un véhicule aménagé pour tous les “thouars” handicapés.

Misrata, la rebelle, apaisée

La Libye est aussi préoccupée par la situation dans le voisinage. Le terrorisme qu’elle rejette autant que l’extrémisme religieux. “Nous les combattons par tous les moyens”, dit Dr Giuma. Même s’il est contre l’ingérence, il a considéré que l’intervention au Mali est une réponse au danger. Il a d’ailleurs appelé à la mobilisation des forces de la région pour lui faire face. La frontière temporaire des frontières est, selon lui, une des mesures qui s’est imposée. Comme il a appelé à dynamiser les mécanismes communs, notamment l’UFL qui est un instrument régional utile et important pour tous. “Nous voulons une relation utile, importante, dynamique et naturelle et soutenons avec force et tous les efforts visant à coordonner entre nos pays pour faire face aux menaces”, dit-il en rappelant que “le terrorisme n’a ni nationalité ni religion”. Saluant le travail effectué par l’UFL dans la région du Sahel, le second homme du Parlement a souhaité une coopération plus étroite dans le cadre de ce mécanisme, notamment à travers “l’entraide et la coopération en matière de moyens”. Idem, selon lui, sur le plan médiatique dans la mesure où l’unité agit également au niveau de l’information en rapportant la vraie image sur la situation qui prévaut comme en Libye qui nécessite ce genre de mission pour revaloriser son image écornée par des médias “hostiles”.
Les autorités du pays tablent sur une refondation de leur relation avec le continent. “Une relation plus approfondie avec l’Afrique, pas comme l’a exploité” Kadhafi”, dit notre interlocuteur. Car, a-t-il précisé, nous faisons face aux mêmes défis. Et il a appelé à une coopération et coordination pour les surmonter ensemble.
Dehors la fête se poursuit, comme promis jusqu’au 25. Dix jours de fête populaire, décidée à l’unisson. Les pétards se font encore entendre jusque tard dans la nuit. Tripoli ne dort plus. Elle vit. Sa nouvelle vie.


D. B.