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A la une / Reportage

3ème partie

Les pèlerins d’Abadiania

Une brise agréable souffle sur la Casa, des personnes en profitent pour méditer sur des bancs en bois sur lesquels sont apposées des plaques en forme de cœur. Ainsi, nous pouvons y lire des invitations au relâchement comme « Lâcher prise », « Gratitude et amour », ou les prénoms de certains des donateurs. (Voir photo 12 et 13)

Sur un des sièges situés face à la terrasse panoramique est assise Anna-Maria, une guide irlandaise originaire de Dublin :

« Mon groupe est parti il y a deux semaines, c’est un grand honneur d’accompagner des personnes à travers ce processus à Abadiania. Plusieurs d’entre elles viennent avec des maladies sérieuses, d’autres dans mon groupe – le groupe dernier – sont venues en quête de développement spirituel. C’est très émouvant de témoigner et d’être partie prenante de ce processus. »

Anna-Maria, la cinquantaine élégante, yeux clairs et cheveux d’un blanc éclatant, parle avec une douce intonation de sa première expérience à Abadiania :

« C’est très curieux. Je faisais partie d’un groupe de théâtre et nous avons eu un projet culturel à Rio. La conférence à laquelle on participait durait quatre jours. Je me suis demandé ce que j’allais faire après la conférence. Mes amis et le groupe allaient en Amazonie. J’avais déjà entendu parler de Joao de Deus dans le passé. Je suis donc venue toute seule pour rester une semaine. »

Ce séjour lui aurait apporté un réconfort spirituel qui ne l’a plus quittée :

« Cette expérience m’a ouvert le cœur. Je me suis un peu sentie dans ma maison spirituelle. Peu de temps après, je suis revenue pour un séjour de deux semaines. Et de façon très étrange, après ce séjour, j’avais fait des réservations pour y revenir. Entre-temps, on m’a diagnostiqué un cancer. Ça m’a profondément secouée parce que mon mari était décédé d’un cancer et j’ai pensé, voilà je suis ici en vie, y a-t-il un sens à tout ça ? Cela m’a éveillée à toutes ces questions existentielles, et peut-être poussée à vivre de façon différente. Même si j’étais déjà sur un chemin de quête spirituelle, d’une certaine façon j’étais préparée à revenir ici. »

Anna-Maria reconnaît toutefois avoir suivi un traitement conventionnel pour guérir de son cancer :

« Même si j’ai beaucoup hésité à suivre la médecine conventionnelle, j’ai néanmoins subi une intervention et un traitement en Irlande et suis ensuite venue ici faire plusieurs mois de méditation. »

Selon la guide irlandaise, la tête joue un rôle primordial dans la guérison :

« Vous avez deux personnes qui ont le même diagnostic. Si le médecin dit à l’une qu’elle n’a que six mois à vivre et à l’autre qu’il y a un potentiel de cure et qu’elle va recevoir le meilleur traitement possible, cette dernière aura une programmation mentale différente qui la poussera à faire de son mieux pour vivre. La tête a une très grande influence sur la guérison ou sur la récupération. Je crois à cela. Quand on vient ici avec une structure intellectuelle très académique ou scientifique, on est vite déstabilisé. »

Mais la guide nie vouloir convaincre les profanes de l’efficacité du traitement :

« Je pense qu’il faut recouper les informations pour arriver à ses propres conclusions. Je n’ai jamais essayé de convertir quiconque à quoi que ce soit. Je pense que les personnes ont besoin de venir expérimenter ce qui leur est proposé et après laisser les esprits faire leur travail. Mais je peux affirmer que toutes les personnes de mon groupe durant ces dernières années ont vécu une transformation dans leur vie. Et pas toujours d’un point de vue physique. J’ai aussi eu une amie très proche qui a eu un cancer et est décédée. Pourquoi ai-je survécu et pas elle ? Bon, à la fin, nous allons tous mourir… »

Elle ne semble cependant pas inquiétée par le caractère éphémère de ce nouveau type de tourisme religieux. La doctrine spirite est bien ancrée au Brésil.

« Je ne sais pas s’il y a un plan B. C’est une région très pauvre et tout un monde s’est développé autour du travail de la Casa. Mais je vois que le spiritisme fait partie de la culture brésilienne et j’imagine que quelqu’un d’autre prendra la relève. Il y a plusieurs centres de spiritisme au Brésil. On entend souvent parler des Philippines où il y a des personnes qui font des chirurgies spirituelles. Dans d’autres cultures comme en Irlande, le septième fils du septième fils reçoit le don de guérison et de seconde vue. »

Et de conclure avec une voix douce et assurée :

« Mon voyage continue même si maintenant je suis guérie, il y a un voyage intérieur perpétuel pour trouver Dieu. Aujourd’hui, une partie de mon parcours consiste à accompagner d’autres personnes et à les soutenir à travers ce processus. »

À l’entrée du hall, un groupe de femmes discute en français. Je me présente et pose une première question. Mouvement de recul et regards en coin, l’une d’elles semble plus disposée à parler. Croit-elle aux guérisons ? Cette jeune Parisienne aux cheveux bouclés et au visage diaphane répond de façon laconique :

« Je ne crois pas, je sais… »

Était-elle sceptique avant d’arriver à la Casa ?

« Non, je n’étais pas sceptique. J’ai entendu parler de Joao de Deus par le bouche-à-oreille. J’ai reçu beaucoup plus que je ne le pensais. J’ai aussi compris beaucoup de choses. De l’amour que nous devons nous porter les uns, les autres. Ici, on le ressent très fort, les gens sont souriants, il y a beaucoup de joie, beaucoup d’espoir, les gens ressortent transformés… »

Un sourire énigmatique met fin à l’entretien.

...à suivre

M.C