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Pollution du littoral annabi

Les prémices d’une catastrophe écologique

Des eaux usées déversées dans la nature, un vecteur de toutes les nuisances. © D.R.

Pour les experts en matière de pollution, le danger aujourd’hui à Annaba s’appelle l’oued Seybouse qui déverse des quantités de déchets toxiques, lesquels ont transformé surtout le littoral de la zone de Sidi Salem, où se jette l’oued, en véritable dépotoir de nuisance mortelle.

Cette partie du rivage annabi a été désignée par de hauts responsables centraux comme étant le plan d’eau le plus pollué du pays actuellement. Selon les différentes études établies à ce sujet par Safege Algérie, à la demande de nombreuses instances (ministère de l’Environnement, ministère de l’Intérieur, direction de l’hydraulique, ministères du Commerce, de l’Industrie, etc.), il a été relevé un constat accablant. La quasi-totalité des eaux résiduelles de l’oued Seybouse, un bassin de 6400 km2, qui prend ses sources à partir des hautes plaines de la région d’Aïn Beïda, vont à la mer sans avoir été épurées. Cependant, l’origine du mal est ailleurs. Les plus grands débits de rejets polluants de toutes sortes (urbains, industriels, etc.) sont enregistrés particulièrement du côté de Guelma, Souk Ahras et Annaba du fait d’une industrialisation importante (cycles, céramique, carrelage, levurerie, lait et métallurgie). Ainsi, le bassin de la Seybouse est confronté chaque jour à plusieurs polluants industriels et urbains émanant des différentes villes, dont la population dépasse actuellement 1 800 000 habitants, répartis en 72 communes, dont 33 sont entièrement et immédiatement limitrophes du bassin, et 7 wilayas (Constantine, Skikda, Oum El-Bouaghi, Annaba, El-Tarf, Guelma, Souk Ahras). L’agglomération de Annaba représente 18% de la population autour du bassin. Cependant, les wilayas situées sur le versant de la Seybouse, à savoir Annaba, El-Tarf, Souk Ahras et Guelma, sont considérées comme les plus polluantes. Selon l’enquête menée par Safege et ayant ciblé les réseaux de 635 établissements implantés dans différentes zones industrielles, ceux des acteurs économiques, situés sur les deux rives de l’oued Seybouse, ainsi que les réseaux des zones urbaines sont généralement de type unitaire, et par conséquent susceptibles de collecter des eaux pluviales de toitures, de parking et de voirie, pouvant lessiver et véhiculer de fortes charges polluantes accumulées, qui se déversent en mer par le biais de l’embouchure de la Seybouse. La pollution a atteint, selon lui, un degré si élevé annonçant les prémices d’une catastrophe écologique réelle. Il a révélé, dans ce contexte, que “sur les
7,5 millions m3 de polluants industriels rejetés quotidiennement dans cette rivière,
3 millions de m3 sont des huiles usagées”. Le premier constat de l’enquête relève que 71% des établissements industriels du bassin versant sont situés dans la wilaya de Annaba, dont 87,52% situés dans des zones industrielles ou d’activités de la wilaya. La wilaya d’El-Tarf représente, quant à elle, 4,72% du tissu industriel du bassin versant, tandis que 22,76% reviennent à la wilaya de Guelma, 22,76% à la wilaya de Souk Ahras et 2,47% et pour les autres wilayas. À Annaba, plusieurs “gros pollueurs” dont les eaux se jettent dans la Seybouse ont été relevés : le lac Fatzara et certaines installations du complexe sidérurgique d’El-Hadjar. En effet, en raison des agissements néfastes de nombreuses sociétés polluantes et lesquelles échappent pour le moment à tout contrôle, le lac Fatzara représente un véritable catalyseur de déchets de toutes sortes. Nous sommes en présence d’un conglomérat de liquides visqueux et vaseux renfermant des vecteurs de maladies infectieuses, surtout que l’oued Seybouse est alimenté en partie par les eaux du lac Fatzara par l’intermédiaire de canaux (l’un sur l’oued Boudjemia et l’autre sur l’oued Meboudja). Son cours est très irrégulier, avec un débit variant de 0 à 100 m3/s mais peut atteindre les 630 m³/s pendant les périodes de fortes averses. Au mois mars dernier, l’entreprise Protuil, implantée dans la zone industrielle de Berrahal, a été fermée pour atteinte à l’environnement. Naftal, située dans la même zone, a été mise en garde après les résultats d’analyses faisant état de la présence d’huiles usagées dans le périmètre de Fatzara. Les prélèvements effectués à la sortie du complexe sidérurgique d’El-Hadjar, qui représente à lui seul 15 unités industrielles distinctes, ont mis en évidence un taux de pollution élevé. Même constat pour les unités de Fertial, même si cette dernière a déployé des efforts dans le cadre de contrat de performances environnementales. Certes, ces unités industrielles sont presque toutes équipées d’équipements de prétraitement, mais ces derniers sont pour la plupart inefficaces. Pour la direction de l’environnement de wilaya, il ne s’agit pas de pointer un doigt accusateur vers tel ou tel acteur de pollution, mais de lutter contre ce phénomène en aval. Et c’est d’ailleurs dans ce cadre qu’elle a lancé un cycle de réunions avec les opérateurs économiques des différentes zones industrielles, à l’effet de préciser le type de traitement approprié des eaux usées industrielles, avec remise d’un cahier des charges précis. De même que la mauvaise utilisation des engrais par les agriculteurs a un impact négatif qui reste en principe strictement du ressort du ministère de l’Agriculture et du Développement rural. L’embouchure dans la baie de Annaba pose beaucoup plus de problèmes du fait des rejets domestiques et industriels des différentes zones industrielles et d’habitations implantées dans ce secteur géographique (cas notamment d’oued Boudjemia où les rejets urbains de la zone ouest de la ville se déversent toujours, en attendant l’achèvement des travaux de raccordement des différents collecteurs). Des stations d’épuration des eaux usées ont été construites ces dernières années pour le traitement des effluents domestiques (Guelma, Annaba, Sedrata) ainsi que d’autres stations en cours d’étude pour les autres zones qui ressortent sur les schémas directeurs d’assainissement des wilayas de Annaba, El-Tarf et Guelma pour diminuer les charges de pollution rejetées dans l’oued. Les stations déjà réalisées sont notablement sous-chargées et présentent par conséquent un potentiel important pour des effluents biodégradables ou à faibles facteurs d'inhibition. Il est utile de rappeler qu’en novembre 2005 a été réalisée une étude commandée par le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, le “Plan d’action national pour la réduction de la pollution marine due à des activités menées à terre”. Il s’inscrit dans le Programme d’action stratégique (PAS) visant à combattre la pollution due à des activités menées à terre, programme adopté par les parties contractantes à la Convention de Barcelone qui se sont fixé comme objectif stratégique la réduction dans une première phase (2015) et l’élimination à long terme, à l’horizon 2025, des rejets contaminants et polluants dus à des activités menées à terre.


B. B.