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A la une / Reportage

Une journée dans une ferme aquacole au large de Aïn Tagouraït

Les secrets des cages flottantes d’engraissement de poissons

Plateforme aquacole de l’EAM, située à près de 1,8 km des rivages. ©Zehani/Liberté

Les promoteurs affirment que l’élevage en pleine mer est une garantie supplémentaire pour un poisson de qualité vu qu’il évolue dans son milieu naturel.

Des bouées orange géantes flottent au large de Aïn Tagouraït. La mer est imperturbable ce jour-là et resplendit sous l’effet des rayons d’un soleil généreux. Ces bouées sont visibles depuis la route surplombant les rivages de Birar, l’ancien nom de cette localité marine. En dévalant la pente pour rejoindre ces beaux rivages du littoral de la wilaya de Tipasa, on s’interroge sur l’utilité de ces bouées géantes en pleine mer. En fait, c’est grâce à elles qu’un ensemble de filets est fixé dans le fond marin, formant ainsi une ferme d’élevage de poissons. Chaque filet fait office d’une cage flottante qui abrite une espèce particulière d’alevins, nous expliquent affablement le patron de la ferme aquacole d’Elevage Aquacole Méditerranéen et l’ingénieur Samir Arib. D’autres questions viennent inévitablement à l’esprit des profanes : qu’est-ce qu’une ferme aquacole en pleine mer ?
Les techniques d’alevinage diffèrent-elles de celles pratiquées en milieu terrestre, dans un étang ? Comment se fait le choix des espèces à élever dans un espace marin ou en eau douce ? De quoi se nourrissent ces espèces marines ? Sans trop tarder, nos hôtes nous ont alors invités à effectuer une balade au large à bord d’un zodiac pour visiter et percer les secrets des installations flottantes composant la ferme d’Elevage Aquacole Méditerranéen (EAM). La sortie en mer effectuée récemment nous a permis alors de saisir la manière dont sont élevés les poissons et découvrir les méthodes pratiquées en matière d’engraissement des différentes espèces en milieu marin naturel. Après une traversée d’environ 15 minutes, nous rejoignons la plateforme aquacole de l’EAM, située à près de 1,8 km des rivages. Elle s’étend sur 25 hectares, composée de huit entités d’élevages distinctes. Ces dernières forment une grande sphère ceinturée par plusieurs bouées géantes. Signalons au passage que la ferme EAM a été créée en 1989, spécialisée au lancement dans le Conchylicole, l’élevage des moules et des huitres.
Et depuis 2009, cette ferme a lancé une autre activité, la pisciculture en l’occurrence, l’élevage de la dorade et du loup de mer. Mais cette nouvelle activité n’a démarré qu’en 2016, en raison des blocages administratifs, confiera le patron de la Sarl EAM. Le sympathique Samir, le Raïs du jour, nous propose de marquer une halte au niveau de la cage flottante n°5 ou sont en “captivité” quelque 250 000 jeunes poissons loups, histoire de nous expliquer la teneur et le fonctionnement de l’exploitation d’élevage de poissons en off-shore. Cette plateforme est composée de 8 cages flottantes et le diamètre de chacune d’elle est de 25 mètres. Ces cages sont faites à base d’une matière dite PEHD, une sorte de PVC, souple et rigide à la fois. Les promoteurs de cette ferme ont grandement investi, puisqu’il s’agit de mettre en place des structures d’élevage en pleine mer pour élever deux millions de jeunes poissons dans des cages dont le prix unitaire avoisine les 9 millions DA. Les promoteurs affirment que l’élevage en pleine mer est une garantie supplémentaire pour un poisson de qualité vu qu’il évolue dans son milieu naturel.
Samir nous apprend à l’occasion que deux cycles d’élevages sont déjà lancés au niveau de cette plate-forme pour l’engraissement de la daurade et du poisson loup. Le premier alevinage, largué en décembre 2016, concerne un million de pièces de daurade, et le deuxième en août dernier avec 750 000 pièces de daurade et 250 000 pièces de poisson loup. Un simple calcul nous renseigne bien sur le volume de l’investissement consenti juste pour l’importation de bébés poisson à raison de 30 DA la pièce.

Ces plongeurs qui veillent au grain
Les gros canaux en PVC ceinturant les cages flottantes nous ont servi de terrasses pour s’imprégner des techniques d’élevage aquacole. “Les alevins sont placés dans cette structure d’engraissement n°5 depuis août dernier seulement. Le poids de chaque espèce tourne autour de 50 grammes, son âge est maintenant de 6 mois et demi. Quand on les avait ramenés, ils ne pesaient guère plus de 17 g. La période d’engraissement prendra fin en septembre 2018. Ils atteindront alors leur taille d’adulte et vont être vendus sur le marché. Le poids de commercialisation est de 300 à 350 g”, expliquera l’ingénieur Samir. En attendant, toute une armada de plongeurs et d’agents aquacoles sont à pied d’œuvre chaque jour que Dieu fait pour veiller au maintien des caractéristiques du milieu naturel dont a besoin le petit poisson pour devenir adulte.
La “traversée” est encore longue, pour paraphraser Mahieddine Mohamed, plongeur de son état, dans cette ferme depuis 1990. Cet homme-grenouille vient de remonter à la surface, une grappe de moules à la main, après une plongée sous-marine.
“J’ai plongé pour vérifier l’état du filet qui est primordial pour maintenir en vie ces fretins. Chaque matin, les plongeurs contrôlent l’état des huit cages flottantes. S’il y a des filets colmatés par les algues, on doit impérativement les changer. Parce que des nasses colmatées obstruent l’oxygénation de l’espace marin des jeunes poissons qui n’ont pas seulement besoin de nourriture pour rester en vie. L’élément d’oxygénation est très important et nous devons combiner entre la profondeur de la cage et le courant pour garantir une bonne oxygénation aux poissons. Nos tâches sont nombreuses et exigent un personnel qualifié”, dira, après avoir repris son souffle, Mohamed, 49 ans, enfant de Birar. Poursuivant la virée autour de la plateforme, nous avons marqué une autre halte au niveau de la cage 6 où sont placées 250 000 jeunes daurades dont le poids avoisine les 200 grammes la pièce.
Au niveau de cette unité d’engraissement, la brigade de contrôle et de surveillance de la plateforme, composée de deux plongeurs et deux agents aquacoles, était sur les lieux depuis le lever du jour. “À la surface de chaque cage, un filet anti-oiseaux est mis en place pour protéger les poissons des mouettes et autres oiseaux”, fera remarquer Samir, diplômé universitaire en sciences de la mer.
Interrogé sur les conditions de travail sur cette plate-forme en offshore, Rais Bouzerti Kamel, 49 ans, originaire de Khemisti, rétorquera : “Aujourd’hui on est bien gâté. Le soleil est au rendez-vous. Nous souhaitons toujours accomplir nos tâches dans des conditions climatiques favorables, mais le marin pense déjà au jour où le temps sera mauvais.” Confortant les dires de son collègue, le plongeur Rabah Haddouche, 31 ans, rappellera que les agents aquacoles prennent beaucoup de risques les jours de tempête pour nourrir ou contrôler les filets et s’imprégner de la situation des moules au bas fond marin.
Les plongeurs qui côtoient au quotidien les alevins sur le bien-être du poisson, insisteront sur l’importance de cet aspect. “La moindre défaillance dans la chaîne d’élevage risque d’être fatale. La mission est loin d’être aisée, pour ainsi dire, et nous veillons au petit grain.” Deux brigades font la rotation et chaque équipe compte deux plongeurs, deux agents aquacoles et un mécanicien. Ces derniers assurent quotidiennement le suivi de la vie des poissons dans des cages flottantes durant tout le cycle de production.


La daurade, l’une des espèces élevées sur le site. ©Zehani/Liberté

La nourriture demeure le maillon fort
Les agents aquacoles s’occupent également de la nourriture des poissons, deux fois par jour (matin et l’après-midi), nous explique notre guide du jour, Samir, qui fera savoir à l’occasion que la nourriture demeure le maillon fort dans la chaine de dépenses de la gestion de la ferme aquacole EAM. Samir a rappelé la nécessité de créer des usines de production de l’aliment, si l’on veut réellement développer l’aquaculture puisque les quantités utilisées à présent viennent d’outre-mer. “La nourriture du poisson est complètement importée de l’étranger. Cette nourriture proposée sous forme de micro-granulés est composée de 60% de farine de céréale noble, de maïs et de blé, des huiles, de minéraux, de vitamine et autres additifs alimentaires. Ces granulés sont importés à raison de 260 DA/kg. À titre d’illustration, une cage qui produit 60 tonnes de poisson, soit 60 000 kg, a besoin de 100 tonnes d’aliments, soit 100 000 kg de granulés, pratiquement le double. Au total, il faudra investir 2,6 milliards de centimes pour nourrir 250 000 alevins. Les loups ou les daurades se nourrissent de micro-granulés de différents diamètres, en fonction de la taille et du poids de l’alevin. Un poisson de 50 à 100 grammes a besoin d’un aliment de 3 millimètres de diamètre. Au-delà de 100 grammes, et jusqu’à la ‘taille commerciale’, il mange un granulé de 4,5 millimètres de diamètre”, expliquera encore l’ingénieur. L’aquaculteur n’est pas à l’abri de pertes sèches en cas, de problèmes qui peuvent survenir tout au long du cycle d’élevage. Le risque zéro n’existe pas, dit-on, dans cette activité qui s’avère complexe et qui exige d’énormes investissements et de l’endurance. À la fin de cette virée en mer, nous avons demandé à Samir Arib si la direction de la ferme aquacole a reçu des propositions d’achat de ces quantités de poissons, d’autant que la première pêche, environ un million de daurades, est prévue en février prochain. “Effectivement, on a été contacté par des mandataires qui ont déjà passé des commandes, même pour la deuxième pêche prévue en septembre 2018.” L’aquaculture reste l’une des solutions qu’il faut développer pour subvenir aux besoins du marché national qui se situe autour de 300 000 tonnes, alors que la production nationale de la pêche ne dépasse pas les 100 000 tonnes. L’alevinage en espace marin ou en eau douce produit 3000 tonnes par an. L’écart reste ainsi important.

Reportage réalisé par : Hanafi h.


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