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A la une / Reportage

Désastre écologique à Tikjda

L’homme…, ce destructeur !

Ce lieu paradisiaque, par le comportement de l’homme, est devenu un vértaible dépotoir. ©Ramdane Bourahla/Liberté

Ce don de Dame Nature a été dénaturé, défiguré et cruellement agressé par la main destructrice de l’homme.

“L’Algérie est sans doute le pays le plus spectaculaire que j’aie jamais photographié.” On doit cette déclaration au célèbre photographe, reporter, réalisateur et écologiste français Yann Arthus-Bertrand. Il l’avait faite lors de l’avant-première de son film-documentaire, L'Algérie vue du ciel. Parmi les merveilles de notre pays, on citera le mont Tikjda. Ce dernier, culminant à 1 478 m d’altitude, est l’un des joyaux de la wilaya de Bouira et il ne cesse d’attirer les amoureux de la nature et quelque rares touristes. Tikjda, qui fut, durant de nombreuses années, le point de chute des touristes de tous les horizons et qui était surnommée, à juste titre, la “Gstaad” de la Kabylie, retrouve peu à peu son attraction et son charme légendaire, après des années d’abandon à cause de la décennie noire qu’a traversée le pays. Désormais, la sécurité y règne partiellement et des visiteurs, locaux comme étrangers, renouent progressivement avec le site pour profiter de sa beauté et sa splendeur. Mais… car, il y a un mais, ce don de Dame Nature a été dénaturé, défiguré et cruellement agressé par la main destructrice de l’homme. Ce dernier est défini par l’astrophysicien canadien, Huber Reeves, comme étant “une espèce des plus insensées. Il vénère un Dieu invisible et massacre une nature bien visible, sans savoir que cette nature, qu'il massacre, est ce Dieu invisible qu'il vénère !” En Algérie, rares sont les sites naturels qui ont échappé à la folie destructrice de l'homme. Même les sites qui sont supposés être protégés sont la proie “des ennemis de la nature”.

Des “montagnes” de déchets
Le massif forestier de Tikjda en est le parfait exemple. Ce site à haut potentiel touristique se meurt lentement, mais sûrement. En effet, dès qu'on dépasse de quelques kilomètres seulement la commune de Haïzer, à une dizaine de kilomètres au nord-est de Bouira, on se retrouve face, non pas à la majestueuse montagne de Tikjda, mais à une “montagne” d'un tout autre genre. Des amas de canettes de bière et autres boissons alcoolisées et des déchets en tous genres, qui s'entassent tout le long de la RN33, reliant Bouira à Tikjda. Un paysage des plus désolants s'offre au regard des visiteurs. Les bouteilles d'alcool en plastique et en verre et les canettes de bière se comptent par centaines, par milliers, voire par centaines de milliers ! Quand on sait qu'un simple mouchoir en papier met 12 mois pour se dégrader dans la nature, un petit papier bonbon met plus de 5 ans et une bouteille en plastique près de 1 000 ans, et pire encore, une bouteille en verre, similaire aux milliers qui s'entassent à Tikjda, près de... 4 500 ans à se biodégrader, l’on serait tenté de croire qu'au rythme où vont les choses, Tikjda disparaîtrait sous les ordures d'ici à une centaine d’années. Et ceci, ce n'est que la partie émergée de l'iceberg.

Une culture qui fait défaut
Sur les flancs de cette montagne, une véritable décharge s'est constituée au fil des années. Si par malheur l'envie nous prend de regarder en contrebas, on est tout de suite pris de vertige. Non pas de celui dû à l'altitude, mais de celui de l'immense dépotoir qui couvre l'horizon. La faute à qui ? Les coupables, il ne faudrait pas aller les chercher très loin. C'est nous. Tous. Certains auront tendance à jeter l'anathème sur les pouvoirs publics, les accusant de “laxisme”, mais en réalité, même si leur responsabilité est engagée, ils ne sont pas la clé du problème. En vérité et en ce qui concerne Tikjda, ce sont “les adeptes de Bacchus et leur penchant pour la dégradation de leur environnement qui posent problème”. En effet, tout le long des 33 kilomètres qui séparent Bouira de Tikjda, on retrouve des jeunes et moins jeunes d'ailleurs, une canette de bière à la main, “noyant” leur mal-être dans l'alcool. Ce qui est désastreux est le fait que ces jeunes laissent derrière eux des tonnes de déchets. Sous d'autres cieux où la consommation d'alcool fait partie des mœurs, la culture de ramasser ses déchets est clairement enracinée. Donc, d'une part, on fait face à “un défaut de culture”, mais de l'autre, il existe bel et bien un laxisme avéré de la part des autorités. Les commerçants illicites de boissons alcoolisées pullulent sur les accotements de la route menant à Tikjda.

Des bars à ciel ouvert !
Les packs de bière et autres bouteilles de spiritueux s'arrachent comme des petits pains. C’est un véritable business de l'alcool qui s'est constitué aux abords de la RN33. Lors de notre virée sur les lieux, pratiquement tous les accotements de la route, à partir du carrefour de Slim, jusqu'au lieudit Ifri n’Taklith, à proximité de la stèle commémorative dédiée aux martyrs de la région, étaient squattés par les vendeurs de boissons alcoolisées. Ces bars à ciel ouvert affichent leur marchandise sans même se soucier des patrouilles de la Gendarmerie nationale, qui sillonnent les alentours. “On ne fait rien de mal”, assurent-ils. S'agissant de la rentabilité de leur business, nos interlocuteurs affirment qu'il est “très florissant”, notamment en cette période de l'année. “Ceux qui vont vers le CNLST ou bien vers Aswel (le versant nord de Tikjda) achètent de grosses quantités de bière. On en a de toutes les sortes et pour toutes les bourses”, se vantera Hichem, un “spécialiste” en la matière. À travers ces faits, un constat des plus alarmants nous interpelle : le dangereux amalgame entre l'incivisme des uns et le laxisme des autres menace sérieusement l'ensemble de l'écosystème et la biodiversité propre au Djurdjura.


La nature n’est nullement respectée, elle est détruite. ©Ramdane Bourahla/Liberté

Les limites de la sensibilisation…
Face à cette situation préoccupante, voire désastreuse, que peut-on faire ? Hélas, pratiquement rien. Certes, des campagnes de nettoyage sont organisées par les services de l'APC de l'Esnam ainsi que ceux de la Conservation des forêts de Bouira, mais peut-on nettoyer tout Tikjda ? La réponse est certainement négative. D’ailleurs, le directeur général des forêts, Abdelkader Yettou, a plaidé, en juin dernier, lorsqu’il était en visite à Tikjda, pour “l’implication des citoyens” pour la sauvegarde de l’environnement et des espaces forestiers. Pour le DG des forêts, il est “impératif que les citoyens s’impliquent davantage” dans la politique de sauvegarde de l’environnement prônée par les autorités locales. “Les forêts sont notre héritage commun et il est de notre devoir à tous de les protéger et veiller à leur sauvegarde”, avait-il insisté. Pour leur part, les équipes de la Conservation des forêts se mobilisent fréquemment afin de tenter de redonner un tant soit peu de propreté à Tikjda. Cependant, et en dépit de leur bonne volonté, les agents croisés sur place disaient tous la même chose : “Comment voulez-vous qu'on nettoie toute cette montagne ? C'est impossible ! (...) On essaie juste de faire de notre mieux, sans se faire trop d'illusions”, ont-ils fait remarquer. Il est vrai que la tâche est colossale, titanesque même. Du côté des responsables du Parc national du Djurdjura (PND) de Bouira, officiellement, on évoque la “sensibilisation” comme seule et unique solution. Néanmoins, en “off”, certains cadres de cette institution n'y croient pas trop. Un cadre du PND lancera d'un air dépité : “On passe notre temps à sensibiliser les citoyens, mais pour quel résultat ?” Selon ce cadre, les autorités publiques doivent “agir en conséquence et appliquer des mesures coercitives à l'égard des contrevenants”.

R. B.


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