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A la une / Reportage

Reportage

L’identité nationale en danger

Jamais l’Algérie n’a connu un aussi grand massacre de ses biens culturels que celui enregistré de 2000 à 2012. Les “effaceurs” de l’histoire, de la civilisation et des traces remontant à des dizaines de milliers d’années  continuent de sévir dans l’indifférence totale.

“Les hommes oublient facilement la mort de leur père que la perte du patrimoine.” Cette célèbre phrase est de Nicolas Machiavel. Et pourtant ! Ce qui se passe sous le ciel algérien, un musée à ciel ouvert, dépasse la notion machiavélique. Les “effaceurs”, appelons-les ainsi, sévissent et bradent notre histoire et notre civilisation en France, en Tunisie, en Italie, aux États-Unis d’Amérique, ou encore au Moyen-Orient pour une bouchée de pain. Le rapport de la Gendarmerie nationale est accablant. On massacre en silence le patrimoine algérien et on dégrade les sites archéologiques sous le regard placide de la conscience nationale. Théoriquement, “les monuments et les sites historiques, qui témoignent, par leur diversité, de la continuité des cultures vécues dans le bassin méditerranéen, donc une richesse nationale est sauvegardée, protégée et conservée par un ensemble de dispositifs organisationnels et législatifs”. Pratiquement, seuls les services de sécurité, interpellés et mobilisés, semblent être concernés par cette protection.

495 pièces archéologiques récupérées  en 2012

L’année 2012 a connu un sinistre bilan, indique le même rapport. Ainsi, les services de la GN, en collaboration avec les cellules régionales de lutte contre les atteintes aux biens culturels de Souk-Ahras, de Tipasa et d’Oran, ont traité 25 affaires et qui ont conduit à l’arrestation de 43 personnes et la saisie de 495 pièces archéologiques. Ce déploiement a permis, par ailleurs, la découverte de 10 nouveaux sites archéologiques et qui ont été portés à la connaissance des autorités concernées. Ainsi, et selon l’étude analytique de la GN, les unités relevant du 5e CRGN de Constantine ont enregistré le nombre le plus élevé en matière de constatation des infractions liées aux atteintes aux biens culturels avec 16 affaires, soit un taux de 64% du nombre global. Du coup, l’Est algérien a enregistré une importante activité en matière d’atteinte aux biens culturels. Ceci est essentiellement dû à la richesse patrimoniale de la région de l’Est et l’intense activité de la cellule de Souk-Ahras. En revanche, les unités du 1er CRGN de Blida ont traité 3 affaires qui ont conduit à l’arrestation de 5 individus et la saisie de 31 pièces archéologiques et la découverte d’un site archéologique. Dans l’Oranie, les mêmes services ont constaté 5 affaires qui ont conduit à l’arrestation de 3 personnes et la saisie de 6 objets de valeur ainsi que la découverte d’un autre site archéologique. Dans la Saoura, à Béchar, aucune affaire n’a été traitée, et ce, au même titre que dans le Hoggar et le Tassili, à Tamanrasset. Quant au 4e CRGN de Ouargla, 2 affaires traitées ont conduit à l’arrestation d’une personne, la saisie de 23 pièces archéologiques et la découverte d’un site archéologique. Ainsi, on relèvera que le 5e CRGN de Constantine a traité 16 affaires, arrêté 34 personnes et saisi 435 pièces archéologiques. L’année 2011 a également connu une ascension en matière d’atteinte à ces biens. Ainsi, 23 affaires ont été traitées ayant conduit à l’arrestation de
27 personnes et la saisie de 278 pièces archéologiques. Les interventions opérées par les unités de la GN ont permis la découverte de 11 sites archéologiques. En ce sens, le commandement de la GN précise que “le trafic illicite des biens culturels comme une forme de criminalité spécifique prend de plus en plus d’ampleur, les trafiquants adoptant de nouveaux procédés et techniques dans un cadre structuré, ce qui lui donne l’aspect de criminalité organisée”.

Plus de 7 111 objets de valeur saisis  depuis 2006
Le rapport de la Gendarmerie nationale devient davantage accablant en abordant les missions confiées aux unités spécialisées, “à savoir la préservation des biens culturels, contre toute  tentative de détérioration, de destruction ou de vol”.
Ainsi, plus de 7 111 pièces archéologiques ont été saisies depuis 2006 lors des opérations menées par les unités de la GN détaillant le rapport, on relève que durant l’année 2007, plus de 917 pièces archéologiques ont été saisies, alors qu’en 2008, plus de 1 489 pièces archéologiques ont été saisies. Durant la période étalée entre 2009 et 2010, les différentes cellules de la GN ont réussi à récupérer 916 pièces archéologiques en collaboration avec les unités territoriales, et ce, lors des 56 missions d’appui technique aux unités qui ont, par ailleurs, découvert 42 sites archéologiques. Au total, ces unités ont récupéré, depuis 2000, plus de 10 455 pièces archéologiques, en traitant 109 affaires en collaboration avec les cellules régionales de lutte contre les atteintes au patrimoine culturel. Lesdites pièces archéologiques ont été remises aux différentes directions de culture et musées à travers le territoire national, alors que des enquêtes ont été engagées pour démanteler plusieurs réseaux, notamment aux frontières terrestres de l’Est algérien.

De la complicité interne à la… main  étrangère
Et si les “effaceurs” algériens sont nombreux à opérer, le rapport de la GN indique que des étrangers sont impliqués dans ce trafic à grande échelle, sans pour autant préciser leurs nationalités. Il ressort que depuis l’année 2000, jusqu’à 2010, 132 personnes ont été arrêtées, dont 14 ressortissants de différentes nationalités. L’étude analytique de la GN le dit : “La mondialisation a engendré de grands changements dans les domaines scientifiques, sociaux et technologiques. Elle eut un impact direct sur les valeurs culturelles et sur l’identité nationale. Et devant la disparition des frontières, le patrimoine est devenu le seul garant de la culture des peuples. À ce titre, la protection du patrimoine culturel contre les actes de vandalisme a suscité un intérêt particulier du commandement de la Gendarmerie nationale, qui, pour lutter contre ce fléau, a engagé d’importantes mesures par la création des cellules spécialisées dans la lutte contre les atteintes aux biens culturels.” Selon ledit rapport, “la création de 7 cellules et un bureau central a nécessité une formation spécialisée de
22 gendarmes en matière de lutte contre les atteintes aux biens culturels”. Ce dispositif spécialisé offre un appui technique aux unités territoriales en matière d’enquêtes liées à ce domaine.

Comment les cellules de la GN traquent  les pilleurs
Il s’agit d’une démarche qui tend à garantir une intervention efficace des unités de la GN à travers les sites archéologiques, les monuments et les sites historiques. Ainsi, précise le document de la GN, “l’étude analytique des procès-verbaux en matière de lutte contre les atteintes aux biens culturels est basée sur l’exploitation quantitative et qualitative de 106 procès-verbaux en la matière, élaborés par les unités de l’arme sur la période de 2000 à 2010. Cette étude a pour objectif principal l’assistance et l’orientation des unités territoriales de la GN dans la lutte et la prévention de cette criminalité émergente, tout en ciblant plusieurs objectifs”.
Il s’agit, notamment d’examiner l’application des lois par les enquêteurs dans ce genre de crime spécifique, de consolider les enquêtes par les nouvelles techniques d’audition et d’investigation, d’élargir les dimensions de l’enquête sur les personnes impliquées par l’introduction des variables (âge, sexe, niveau d’instruction et culturel, situation sociale et professionnelle, etc.), d’éclairer le processus criminalistique dans la scène de crime dans ce genre de crime, d’examiner le rapport des enquêteurs avec les experts en matière de  protection du patrimoine culturel et la nature des demandes et réquisitions exprimées par les enquêteurs, aussi étudier les rapports d’expertise délivrés et faire ressortir leur conformité par rapport aux lois et, enfin, schématiser le réseau, le trafic et les sites archéologiques ciblés par les trafiquants. Aussi, l’action de la GN est orientée vers la sensibilisation à travers l’élaboration et la diffusion d’un “guide pratique de l’enquêteur en matière de lutte contre les atteintes aux biens culturels”, destiné aux spécialistes, la préparation d’un programme de formation sur la protection du patrimoine culturel, au profit des stagiaires, à l’École de police judiciaire de Zéralda et la collecte des données du patrimoine culturel national pour la réalisation d’une base de données sur un système d’information géographique.


REPÈRES :

Plus de 10 455 pièces archéologiques ont été saisies depuis 2000 à ce jour.
132 personnes ont été arrêtées, dont
14 ressortissants de différentes nationalités.
Les enquêteurs de la GN s’intéressent davantage au profil des pilleurs.
106 procès-verbaux ont été élaborés sur la période de 2000 à 2010.
En 2012, 25 affaires traitées ont conduit à l’arrestation de 43 personnes et la saisie de 495 pièces archéologiques.
Le trafic illicite des biens culturels prend l’aspect de criminalité organisée.
Les unités de la GN ont découvert
10 nouveaux sites archéologiques et qui ont été portés à la connaissance des autorités concernées.
La région du Constantinois domine la tendance du trafic avec 16 affaires et la saisie de 435 pièces archéologiques.
Il existe dans chaque région des cellules de la GN chargées de protéger les biens culturels.
Le commandement de la GN a formé 22 gendarmes en matière de lutte contre les atteintes aux biens culturels.



F. B.