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A la une / Reportage

Reportage

Mumbai, la ville de tous les contrastes

S’il est une ville qui concentre en elle tous les contrastes, c’est bien Mumbai. Cette mégapole indienne ne laisse personne indifférent, que ce soit pour ses bons ou mauvais côtés.

Mumbai agit sur son visiteur, dans un jeu d’attraction-répulsion, elle l’emmène dans ses dédales, lui étale sa luxure et sa misère, le surprend par son génie et le saisit par son train de vie. C’est une ville où la magie opère, où le modernisme se conjugue avec l’archaïsme et où la richesse côtoie allègrement la pauvreté.
Dès que l’on atterrit à l’aéroport de Mumbai, l’on est saisi par le génie indien. Le terminal international, flambant neuf, construit en trois ans, est un joyau architectural cent pour cent “made in India”. Mais dès que l’on met le pied dehors, la chaleur et l’humidité étouffante de Mumbai freinent toutes les ardeurs.
Sur l’autoroute, les embouteillages sont à la mesure de la densité démographique de la mégapole. Ça klaxonne de partout, et les poids lourds mettent, tous, sur leur pare-choc arrière, la mention “please horn” (klaxonnez s’il vous plaît). Ici, les feux clignotants ne servent pas à grand-chose et tout le monde slalome, tout le monde se faufile comme il peut dans ce gigantesque tohu-bohu.
Dans cette ambiance cauchemardesque, les conducteurs indiens sont d’un calme olympien, pas de gesticulations ni de cris, ni de bagarres. Les tuc-tuc, ces taxis typiquement indiens, et les motos, sont les seuls à y trouver leurs comptes, en se faufilant comme ils peuvent pour échapper à l’enfer des embouteillages. Le métro aérien de Mumbai paraît, dans cet enfer des embouteillages, comme un simple décor, une goutte dans un océan. Et les autorités locales ont été contraintes d’interdire l’accès au cœur de la ville aux tuc-tuc et autres bus encombrants.
Alors que des tours modernes poussent comme des champignons et que des chantiers s’étalent à perte de vue, les “slums” (bidonvilles) sont omniprésents et les nombreuses familles qui vivent à même le sol, les enfants, nus comme des vers, les femmes qui préparent à manger sur les trottoirs, et les égouts à ciel ouvert, tandis que les corbeaux et les chiens errants se disputent les poubelles et les étals des marchés ambulants, finissent par planter le décor.

Entre le front de mer qu’on montre aux touristes, et les bas fonds de la mégapole, Mumbai chancelle et cherche sa voie
Officiellement, le nombre d’habitants avoisine les 15 millions, en ville, mais dans sa périphérie, ils sont beaucoup plus nombreux que cela. L’exode rural continue à faire son effet et à peser sur cette mégapole, ce qui donne une idée, non seulement sur les défis qui attendent les autorités indiennes, mais aussi sur l’ampleur de la misère dans l’arrière-pays.
Depuis 1996, Bombay est devenue Mumbai, la ville-capitale de l’État du Maharashtra. Son nom signifie “déesse mère”. Située au bord de l’océan Indien, la mégapole est un concentré de modernisme et d’archaïsme. Profondément ancrée dans ses traditions, la ville évolue à des rythmes totalement contradictoires. D’une part les grands buildings, les grandes firmes et les centres de recherche, et d’autre part, les bidonvilles, les artisans d’une autre époque. Mais, d’un côté, comme de l’autre, c’est un dynamisme à faire pâlir de jalousie les autres nations. Les Indiens sont d’inlassables travailleurs, d’une gentillesse et d’une disponibilité inouïes.
Classée parmi les dix plus grandes métropoles au monde, Mumbai est la capitale économique de l’Inde, son véritable poumon.
Les autorités de Mumbai cherchent à freiner sa croissance en favorisant la construction de villes nouvelles et la décentralisation. La ville nouvelle de Navi Mumbai (la plus grande nouvelle ville planifiée dans le monde, avec une superficie du 344 km2) a été aménagée par les autorités publiques dans les années 1970 et, aujourd'hui, d'autres villes périphériques sont en cours de réalisation. Mumbai, comme la plupart des villes de son agglomération, est formée d'une mosaïque d'espaces imbriqués très différents les uns des autres. On y trouve des zones planifiées et aménagées, des espaces au développement anarchique et des zones interstitielles qui abritent des bidonvilles, des terrains vagues et des lieux dédiés au travail informel.
Du point de vue économique, Mumbai est la métropole la plus riche de l'Inde. En effet, ville portuaire et industrielle, elle est également devenue une grande place financière et commerciale.
La ville dispose d'un port, qui est le plus puissant du pays. Il gère près de 40% du commerce maritime. 26 millions de tonnes de marchandises y transitent chaque année. De cette ouverture sur le monde, et notamment sur la mer d'Oman, Mumbai exporte du charbon, du coton, des graines, des céréales, de l'huile, du thé, du cuir, des peaux, de la laine et du minerai de manganèse et importe des produits chimiques et métallurgiques, de l'outillage de chemin de fer, du kérosène, du sucre et du bois de construction.
Mumbai est une ville industrielle depuis que les Britanniques ont commencé à y développer une industrie textile qui, longtemps, se révéla florissante. Aujourd'hui, plus de 40% des actifs de la métropole sont employés dans l'industrie et ces actifs fabriquent le 1/4 de la production industrielle du pays. Les secteurs les plus dynamiques sont ceux de l'industrie mécanique (qui fabriquent des machines et des véhicules), chimique (70% des usines chimiques et pétrochimiques indiennes sont installées dans la région) et agroalimentaire, les raffineries de pétrole, les pêcheries, l'aéronautique, les studios de cinéma et, construite au nord de Mumbai, une centrale atomique. À côté de cela, la métropole est également à la tête d'une puissante activité artisanale avec des secteurs particulièrement dynamiques comme l’orfèvrerie de l'or et de l'argent, la fabrication de pots et d'ustensiles en cuivre ou en laiton, le travail du bois laqué, les incrustations de bois de santal, etc. À elle seule, Mumbai contribue à hauteur de 5% du PIB (Produit intérieur brut) indien. Elle abrite les sièges sociaux de grandes entreprises, nationales et internationales ainsi que des instituts universitaires et technologiques.
Mumbai compte parmi les 10 plus importantes plateformes financières mondiales de par l'importance de ses flux de capitaux. Le centre concentre les activités du monde de la finance et abrite la Bourse de Mumbai, le Bombay Stock Exchange of India qui a une importance mondiale.
Comme dans les plus grandes métropoles des pays émergents, la croissance économique profite d'une part aux plus riches, mais également à une nouvelle classe moyenne qui émerge depuis une quinzaine d'années et dont les revenus leur permettent de profiter du développement culturel de la ville. Mumbai compte de nombreux théâtres, salles de concerts, musées et galeries d'art. Une partie de ses habitants participe à de nombreux festivals et événements extrêmement divers, et ce, quelles que soient ses castes, ses religions ou ses ethnies d'origine. Même limité, ce phénomène différencie Mumbai des autres métropoles indiennes dans une Inde où, même si le système des castes a été officiellement aboli, il n'en demeure pas moins encore très prégnant dans les mentalités.
Mumbai abrite les studios cinématographiques de Bollywood, célèbres dans le monde entier, et notamment dans les pays du Maghreb, du Moyen-Orient et du Sud-Est asiatique. Ces films s'apparentent au genre des comédies musicales.
La ville de Mumbai est un concentré de l’Inde d’aujourd’hui. Marquée par un rapide processus de développement, elle concentre également de profondes inégalités sociales et spatiales. Avec 13 millions d’habitants dans la ville et 21 millions en agglomération, elle est la ville la plus peuplée du pays. Mumbai est la première ville du pays, loin devant la capitale, New Delhi.
Ville multiculturelle et multiethnique, Mumbai berce paisiblement plusieurs religions : l'hindouisme en majorité mais aussi le christianisme et l'islam. Mais on y retrouve également d'autres croyants tels que bouddhistes, sikhs ou encore parsis. La diversité culturelle est renforcée par le nombre très élevé de langues parlées à Mumbai. À côté du marâthî, langue officielle, presque tout le monde parle l'anglais.
Celui qui atterrit à Mumbai doit, impérativement visiter ses sites incontournables, à commencer par la porte de l’Inde et le musée du Prince de Galles, ou encore Fontaine Flora, mais aussi le grand parc national de Sanjay Gandhi, au nord de la ville, mais également les grottes d'Elephanta et les Jardins suspendus juchés sur les versants de Malabar.

A. B.