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A la une / Reportage

Olivier Le Cour Grandmaison, politologue et enseignant à l’université d’évry à “Liberté”

“Nous assistons à une campagne de réhabilitation du passé colonial français”

Liberté : Vous avez contribué, en janvier, à la mise en ligne d’une pétition pour la reconnaissance des crimes coloniaux de la France. À combien de signatures en êtes-vous aujourd’hui ?
Olivier Le Cour Grandmaison :
Je rappelle que cet appel a été lancé par un groupe de personnes qui sont Patrick Farbiez du collectif Sortir du colonialisme, Mhamed Kaki, président de l’association Les Oranges, Louis Georges Tin, président du Conseil représentatif des Associations Noires et moi-même.
À ce jour, la pétition a reçu environ 3 000 signatures. Mais c’est moins le nombre qui nous paraît significatif que la qualité des signataires. Notre appel a pris une dimension internationale. De nombreuses associations européennes y ont adhéré. Des personnalités d’Algérie, du Mali, du Sénégal et de la RDC ont  aussi signé la pétition. Des élus français et européens l’ont également fait.
Dans la continuité de notre appel, nous organiserons un certain nombre de manifestations dont un colloque qui se tiendra le 29 mars à Nanterre. Pour le 19 mars, nous avons, en revanche, décidé de ne rien organiser car une grande manifestation contre les violences policières qui se tiendra ce jour-là va capter toute l’attention.

Pourtant, beaucoup de cérémonies de commémoration seront organisées pour mettre à l’honneur les anciens de l’Algérie française. Cela ne risque-t-il pas une fois encore de biaiser les célébrations ?
Ces commémorations interviennent d’une part dans un contexte politique très particulier, celui de l’élection présidentielle, et font suite d’autre part, aux déclarations d’Emmanuel Macron à Alger qualifiant la colonisation de crimes contre l’humanité. Il faut tenir compte, de ce point de vue-là, de la radicalisation d’une partie de l’électorat et des positions prises par certains dirigeants de la droite. Ce qui donne effectivement aux commémorations une connotation politique assez singulière. Le risque est que n’apparaissent que les victimes militaires et éventuellement civiles françaises alors même que les victimes algériennes et la Guerre d’Algérie ne seront pas mentionnées.

En parlant d’élection, pensez-vous que les déclarations de Macron à Alger étaient sincères ou motivés politiquement ?
J’ai quelques doutes sur la sincérité des déclarations d’Emmanuel Macron. Même si les termes qu’il a employés sont plus précis que ceux de beaucoup d’autres, je pense qu’il a voulu surtout faire entendre aux officiels algériens ce qu’ils voulaient entendre. Si Emmanuel Macron pense réellement ce qu’il dit, il doit rejoindre notre appel. Nous avons d’ailleurs décidé de le contacter pour l’inviter à signer la pétition.

La polémique déclenchée par les propos de Macron montre que la France n’a pas encore fait la paix avec son passé. Qu’en pensez-vous ?
La réaction de l’extrême droite et des Républicains était très attendue est convenue. Elle confirme une involution relativement ancienne qui consiste à mener des campagnes pour la réhabilitation du passé impérial français. Les propos tenus par François Fillon l’été dernier sur le transfert de culture le montrent assez bien.
Pour leur part, les réactions de la gauche sont, encore une fois, une déception dans la mesure ou Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon (respectivement candidats du parti socialiste et du parti de gauche) ont certes entrepris de critiquer les déclarations de Macron mais sans rien proposer à la place ; sans éventuellement estimer que la France doit reconnaître les crimes qu’elle a commis en Algérie. De ce point de vue-là, leur objectif était de faire en sorte que la question coloniale et celle de la Guerre d’Algérie en particulier ne soient pas inscrites dans l’agenda de la campagne présidentielle, pace qu’ils savent tous les deux que c’est un terrain risqué.
Cette position, hélas, laisse le champ libre aux responsables de l’extrême droite et de la droite, investis depuis des années dans la réhabilitation du passé colonial français.

Propos recueillis par : S. L-K.


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