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A la une / Reportage

Oran

Pas de vacances pour les familles à faible revenu

Les familles oranaises doivent se munir de beaucoup d’argent pour pouvoir prétendre aux vacances d’été et profiter des bienfaits de la mer et du farniente. Qui sont les malchanceux qui ne vont pas faire leurs valises ? Les ménages aux revenus inférieurs à 70 000 dinars mensuels ne quittent plus leurs domiciles pour les congés. “Impossible pour moi et ma famille de quitter Oran pour une destination touristique en Algérie”. Mohamed, 42 ans, cadre dans une société publique de télécommunications, avoue que son salaire arrive tout juste à couvrir les dépenses du ménage. Avec trois enfants dont deux scolarisés, il trouve toutefois le moyen de grignoter sur le budget familial pour se rendre dans une plage du littoral oranais. L’argent est parcimonieusement compté et le moindre écart pourrait porter un coup au budget familial.
Comme beaucoup de familles oranaises à faible revenu, une sortie en bord de mer atténue la pression et permet aux enfants de souffler un peu. “L’équation du départ en vacances ne souffre d’aucune ambigüité puisqu’elle dépend plus largement du milieu social (…), et plus on monte dans l’échelle sociale, plus on gagne d’argent et plus on a de chance de partir en vacances pour les cadres supérieurs, alors que les cadres moyens et les smicards peuvent toujours rêver de vacances irréalisables”, affirme un sociologue.
Pour des milliers de familles parquées dans les immenses cités-dortoirs périphériques de la ville, il n’est pas question de vacances. Prendre le bus pout se rendre sur la corniche oranais relève de la performance. “J’ai quatre enfants qui restent cloîtrés dans le F3 que j’occupe avec mon épouse et ma mère malade. C’est à peine si j’arrive à rapporter du pain à la maison”, admet un père de famille déprimé. Ses enfants traînent à longueur de journée avec leurs camarades dans une nouvelle cité d’habitation perchée sur une colline à Gdyel.
Comme lui, de nombreux parents originaires de la ville d’Oran vivent dans l’expectative. Pour eux, il est hors de question de dépenser entre 2 000 et 3 000 dinars chaque semaine pour contenter les petits en les emmenant à la plage. “Tout compte fait, les autorités locales auraient mieux fait de nous laisser là où on était”, déplore un père de famille issu du quartier de Sidi Houari.
Il explique qu’il n’avait pas de mal à se rendre avec ses trois enfants se baigner à St Roch en empruntant le bus à l’aller et au retour. “Je pouvais dépenser en comptant chaque sou entre 1 000 et 1 500 dinars en frais de transport, de casse-croutes faits maison et de boissons.” Pour éviter la circulation routière, ils quittaient le domicile à 7h du matin et rentraient à 17h, avant la lente procession des voitures en direction d’Oran. Hamza est employé dans une société privée de ferronnerie avec un salaire mensuel net de 38 000 dinars. Mais pour lui, les vacances hebdomadaires ont été supprimées depuis qu’il a été relogé à Gdyel. “Il ne faut pas se mentir, les vacances ce n’est pas pour le commun des Oranais.” Son voisin, un ancien conducteur d’engins aujourd’hui en retraite, opine du chef.
Père de cinq enfants, il arrive difficilement à boucler ses fins de mois. Pour lui, et surtout ses enfants, les plages de la corniche oranaise étaient l’unique destination des vacances d’été. “J’en ai plus que marre de voir mes enfants traîner sous un soleil de plomb dans cette cité poussiéreuse à attendre nerveusement la rentrée des classes, car avec ma retraite, je ne peux rien faire dans cette agglomération-mouroir, sans espoir d’une vie meilleure pour les enfants”, déplore notre interlocuteur.
Ainsi, la conjoncture économique actuelle, ajoutée à l’érosion du pouvoir d’achat, contraint des milliers d’Oranais à demeurer chez eux. Ils resteront sur place, dans leur cité désarticulée, inesthétique et sans âme. “Les responsables ne prennent même pas la peine de réfléchir sur l’état d’interversion qu’auront à subir des populations citadines pour une nouvelle vie en milieu semi-rural alors qu’il est plus que nécessaire de répondre à des besoins modiques en pensant à accompagner ces gigantesques cités ghettoïsées par des infrastructures culturelles, ludiques et de loisirs sportifs en construisant des piscines et des aires de jeux”, observe un responsable d’une association sportive.
Cet état de fait se répercute durement sur le mental des enfants qui n’ont jamais voyagé avec leurs parents et vice-versa. Fouad, 10 ans, qui vient de réussir son examen de 6e, redoute déjà la rentrée scolaire. Il parle avec la vérité qui sort de la bouche des enfants. “Quelques-uns de mes camarades de classe qui sont partis en colonie de vacances m’ont promis de me raconter leurs escapades d’été.” Cela fait partie de la sociabilité, de l’image qu’on se renvoie et du milieu social modeste auquel on appartient…

K. R.-I.


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