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A la une / Reportage

Pas d’écoles, pas de structures sanitaires, pas de loisirs

Tahihaout, un village au bout du néant

Situé au fin fond du désert, ce village  semble être rayé du plan de développement de la commune d’Idles ou de la wilaya de Tamanrasset. C’est un patelin qui est en manque de tout. Un grand néant à ciel ouvert

Situé à 680 km du chef-lieu de wilaya de Tamanrasset, le village de Tahihaout, qui se trouve à 430 km de la commune d’Idles, s’engouffre encore davantage dans les abysses de la précarité. Hormis les quelques petits projets qui ont été réalisés en 2000, en l’occurrence une bâche d’eau et une structure administrative de cinq blocs actuellement abandonnée, le village semble être rayé du plan de développement depuis onze longues années. De prime abord, un constat de tant de désolation s’offre à nos yeux à tel point que l’on s’interroge comment font ses habitants pour subvenir à leurs besoins les plus élémentaires dans un patelin qui est en manque de tout. Le grand néant. Toutes les commodités nécessaires pour la sédentarisation de cette peuplade sont inexistantes. Pas d’écoles ni de structures sanitaires. Alors, nul besoin de parler des aires de jeux ou encore d’une annexe administrative de la commune. D’ailleurs, nombre d’habitants ne sont pas inscrits au registre des naissances. Des sans-papiers qui préfèrent s’identifier sous l’acronyme des “oubliés”. “Nous avons exposé ce problème à maintes reprises. Toutefois, rien n’est fait jusqu’à présent. La plupart des habitants n’ont pas d’acte de naissance justifiant leur identité ou encore leur nationalité. Les autorités ne nous facilitent pas la tâche pour régulariser notre situation. On nous demande de fournir une liasse de papiers qui finit souvent par nous faire perdre dans un cercle bureaucratique écœurant. Nous avons saisi le chef de daïra de Tazrouk qui, de son côté, a promis de régler ce problème. Malheureusement l’attente ne fait que durer”, maugréait le représentant du comité de village avant de renchérir dans le même sillage : “Le chef de daïra a délégué une personne pour chapeauter cette opération qui obéit à une démarche judiciaire profonde avant qu’une commission installée à cet effet ne tranche en s’appuyant sur les rapports médicaux des intéressés. Mais on prend les choses à la légère, car aucun suivi n’est fait ne serait-ce que pour les mômes qui sont jusque-là privés de leur droit fondamental, qui est l’école.” Il ne faut aucunement s’étonner si l’on vous dit que dans notre Algérie qui ne cesse de se glorifier de ses exploits réalisés dans le secteur de l’éducation, il existe des enfants de 10 ans qui n’ont toujours pas eu la chance de connaître à quoi ressemble une école. “L’école primaire la plus proche est celle qui se trouve au village Amguid, à 220 km. L’absence de transport et du maillage routier ne nous permettent pas d’envoyer nos enfants au péril de leur vie. Alors on attend à ce qu’ils atteignent l’âge de 10 ans pour les laisser rejoindre ce primaire afin qu’ils apprennent la langue arabe et du coup réciter le Livre saint. Pour les enfants de 6 ans à 9 ans, on leur dispense gratuitement des cours en adoptant la traditionnelle méthode d’Akarbiche qui ne nécessite pas de gros moyens. Il s’agit simplement de réciter d’une manière répétitive les versets coraniques que l’on écrit sur les ardoises à l’effet d’apprendre les premières assises linguistiques. Et oui ! C’est toujours nos bambins qui font les frais de cet ostracisme dont on souffre éperdument”, ajoute-t-il, non sans dépit.

Quand l’ostracisme rime
avec l’indigence !
Dans un enclavement et un isolement inqualifiable, les habitants de Tahihaout tentent désespérément de résister aux aléas d’une nature inclémente et rigoureuse. Situé au fin fond du désert, le village n’est toujours pas raccordé au réseau d’électricité. Les kits solaires installés il y a une décennie ne fonctionnent plus. Ce qui oblige les quelque 70 foyers à avoir sommeil au crépuscule avant que l’obscurité ne s’impose à coup sûr. Évoquant le problème sanitaire, le représentant du village a vu de la présence du wali qui s’est déplacé pour s’enquérir de leur situation, une occasion immanquable pour faire un compte rendu détaillé.
La donne est catastrophique. Point de médecin, point de personnel paramédical. Les habitants sont livrés à eux-mêmes. Pour les petits bobos, notamment dans une mechta où les contaminations et infections relatives à l’absence d’hygiène et à la malnutrition sont courantes, personne n’est habilité à prodiguer les premiers soins. Les malades improvisent et mettent en application des méthodes curatives de leurs aïeux. Si cette méthode s’avère inefficace et que l’état du malade s’aggrave, il sera transféré vers la salle des soins de la commune Bordj Omar-Idris (Illizi) à 250 km. Sinon et à défaut d’une ambulance, il trépasse en silence sans même penser à pleurer auprès d’un édile municipal qu’on n’a vu que le jour de sa campagne électorale. Le wali et le P/Apw se sont rendu compte de l’ampleur du problème en rencontrant la doyenne de Tahihaout (95 ans) qui souffre de douleurs lombaires acerbes sans pour autant pouvoir l’évacuer vers un établissement hospitalier par manque de moyens roulants.
Ce n’est qu’un cas parmi tant d’autres dont la responsabilité est endossée aux responsables locaux, cloués au pilori car tous les signaux sont au rouge à Tahihaout. Les puits ne sont pas entretenus depuis belle lurette et l’indifférence des responsables du service d’hygiène de la commune favorise les risques de maladies à transmission hydrique au grand dam des habitants. Loin des yeux, loin des autorités. C’est ce qu’ils déplorent vivement en se sentant laissés pour compte dans une commune qui les a complètement marginalisés. Depuis 2001, le village n’a bénéficié que de 14 tentes qui ne répondent, ont-ils invoqué, pas aux normes. L’absence de projets de développement a davantage exacerbé le problème du désœuvrement et l’hydre du chômage dont souffre la quasi-totalité des jeunes à l’exception de ceux qui ont la veine de travailler dans la wilaya d’Illizi. “Nous avons sollicité le P/APC pour recruter nos jeunes dans le cadre du dispositif filet social ou dans le cadre du contrat de réinsertion professionnelle. Cependant, il nous accuse une fin de non-recevoir.”
À ce titre, le P/APC n’a trouvé de justification devant le premier magistrat de la wilaya que de dire : “dans le cadre du dispositif pré-emploi, nous avons eu 150 postes que nous avons accordés aux postulants d’Idles suivant le critère d’ancienneté de leur demande d’emploi.”

La population de Tahihaout
en détresse
De Amguid à Tahihaout en passant par Adbel, Tidjamaine et Aramach, l’itinéraire a été un voyage au cœur de l’histoire paléolithique du Hoggar. Le parcours, long de presque 140 km, a été une chance de découverte en compagnie d’un wali attentif aux légendes et mythes des Imouhaghs (Touareg). Après plus de 4 heures de route à bord d’un véhicule 4x4 conçu pratiquement pour rouler sur ces pistes difficilement carrossables, nous avons découvert des monuments funéraires qui remontent à plusieurs années, communément appelés Adebnis. Selon notre guide El-Hadj Hamdi, employé à l’Office national culturel de l’Ahaggar : “Chaque Adebni est associé à une légende. Il s’agit d’un tombeau où est inhumée une personnalité légendaire des touareg avec tous ses objets de valeur, ses bijoux en particulier. Ces monuments font partie de notre patrimoine culturel et sont d’une valeur historique importante pour notre pays.” Au cours de cette visite, certains ont également eu l’occasion de contempler pour la première fois de près des gazelles qui nous fixaient étrangement du regard comme pour nous dire qu’elles n’ont jamais vu autant de voitures. Figées pendant un moment, elles avaient pris la clé des champs en se rendant compte qu’il s’agit d’un cortège de la délégation du wali qui roulait sous l’œil vigilant des escadrons de la gendarmerie. En effet, cette visite n’a pas seulement étonné ces animaux, mais aussi les villageois de Tahihaout puisqu’aucun wali depuis l’Indépendance n’y était parti, car il ne suffit pas d’avoir un sens de responsabilité pour y aller, mais aussi un courage et un sens d’aventure indescriptible. Ainsi, le wali a marqué un point décisif en visitant une localité inexistante sur la carte géographique de ses prédécesseurs. Tous les habitants de Tahihaout l’on salué pour cette démarche qui marquera positivement sa carrière au pouvoir en attendant la seconde étape qui consiste à prendre effectivement en charge leurs problèmes énumérés sur une liste remise à la fin de sa visite. Nous avons quitté Tahihaout, laissant derrière nous une population en détresse mais qui espère avoir fait entendre pour une première fois sa voix sans intermédiaire.