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A la une / Reportage

La cité El-Guemmas de constantine abrite 30 000 âmes

Une vie sous un toit d’amiante

© Liberté

Les habitants  de  cette cité, qui  compte  près de 2 350 chalets, sont exposés aux maladies qu’ils peuvent contracter à cause des chalets, construits avec de l’amiante, dans lesquels ils vivent depuis des décennies.

Bâtie dans les années 1980 suite à une calamité naturelle, la méga-cité El-Guemmas, abritant plus de 31 500 âmes, fait face depuis plus de deux décennies à de nombreux problèmes. Entre manque d’aménagement urbain, l’épineux problème des chalets construits avec de l'amiante et les promesses non tenues des walis qui se sont succédé à la tête de la wilaya, les habitants de cette cité, qui compte près de 2 350 chalets et située à moins de 10 km du chef-lieu de la wilaya de Constantine, prennent leur mal en patience et continuent de vivre dans des conditions lamentables, où ils sont exposés au risque permanent de contracter un cancer ou d’autres maladies dangereuses.

Le bras de fer entre les habitants des chalets de la cité El-Guemmas et les autorités de la wilaya continue concernant l’éradication des chalets construits avec de l’amiante. Un programme à la traîne depuis le début des années 2000 suscitant inquiétudes et questionnements des habitants qui ne sont pas près de voir le bout du tunnel, malgré les moyens humains et financiers engagés par les pouvoirs publics. 

En effet, il a été décidé le démantèlement desdits chalets par les habitants eux-mêmes. Ces derniers bénéficieront d'aides de 120 millions de centimes qui leur permettront de remplacer, sur le même site, leurs chalets précaires, érigés il a plus de 40 ans, par de nouvelles constructions. Une fois l’opération entamée, les locataires de cette cité se sont retrouvés seuls, abandonnés à leur sort face à de nombreuses difficultés. 

Rencontrés, les habitants de la cité en question affirment que la première tranche de l’aide financière estimée à 48 millions de centimes a été versée au profit d’une infime partie de bénéficiaires, soit à 250 familles seulement, et qui n’ont toujours pas reçu le montant restant, cela, sans explication aucune. “Nous avons rencontré beaucoup de problèmes bureaucratiques. La plupart des familles n’ont bénéficié que de la première tranche de la somme accordée par l’État, estimée à 48 millions de centimes. Une somme qui ne suffit même pas à accomplir les travaux de décapage.

Pis encore, près de 400 familles n’ont pas, à ce jour, obtenu l’aide financière promise, même si la majorité a finalisé les procédures administratives”, souligne Smaïl, président de l’association de la cité El-Guemmas. Et d’ajouter : “Plusieurs familles ont été contraintes de lourer une autre maison. Elles n’ont pas pu finaliser les travaux dans leurs chalets et n’ont pas obtenu la deuxième tranche de la somme accordée. Des familles entières souffrent dans le silence.”

Un autre problème se pose également avec acuité, ajoute notre interlocuteur : “La demande du permis de construire qui a été remplacé par un nouveau document appelé «autorisation de travaux» pour l'octroi de l’aide financière.

Le souci est que ce nouveau document (autorisation de travaux) n’est pas valable pour retirer de l’argent de la banque ni pour avoir le certificat de conformité, une fois les travaux de la maison achevés. Parmi les obstacles que nous avons également rencontrés, celui du retard flagrant dans la délivrance de l’acte de propriété. Cela fait plus de deux ans qu’une partie des bénéficiaires n’a toujours pas obtenu l’acte de propriété.”

Il convient de noter qu’à l’occasion de la commémoration du double anniversaire de l’offensive du Nord-Constantinois et du Congrès de la Soummam (20 août 1955/1956), 38 décisions d’attribution de l’aide financière seulement ont été affectées à leurs bénéficiaires. “Une réunion avec le chef de daïra est prévue prochainement dans l’espoir que ce dossier, qui n’a que trop traîné, soit clôturé dans les plus brefs délais”, espère Smaïl. 

Relogement dans des appartements, l’autre alternative bloquée 
Face à ces nombreux obstacles, la croissance de la population et les réclamations des jeunes mariés, d’autres habitants affirment avoir décliné l’offre d’aide financière proposée par les pouvoirs publics dans le cadre du projet de désamiantage des chalets. Ils préfèrent, selon Mohamed Hambli, un habitant d’El-Guemmas, un relogement dans des appartements : “Nous ne voulons plus vivre dans cette cité, surtout que de nombreux habitants ont opéré des changements dans leur habitation, ce qui a créé une anarchie urbaine indescriptible. Nous refusons leur option simpliste de résoudre notre situation. La reconstruction n’est pas à notre portée pour des considérations d’âge avancé, de moyens financiers, du nombre des membres de la famille sous le même toit et la configuration urbaine de la cité.” 

Précarité 
“Certains habitants, ajoute M. Hambli, avaient déjà rasé leur chalet et construit une maison individuelle sur leur terrain. Des constructions anarchiques qui ont causé plusieurs désagréments ; ils ont fermé des passages, empêchant même la lumière de pénétrer dans les petites maisons avoisinantes.” Notre interlocuteur a affirmé qu’il a, à l’image de dizaines de locataires, déposé une demande de logement social depuis 2002 et a même signé un désistement de son chalet, mais jusqu’à ce jour il n’a reçu aucune réponse. Signalons que les habitants de cette cité observent, chaque semaine, un sit-in de protestation devant le cabinet du wali de Constantine pour dénoncer les promesses non tenues des pouvoirs publics.

En dépit des opérations d’aménagement urbain englobant l’opération d’éradication des 2 200 chalets et la mise en conformité de près de 800 constructions illicites ainsi qu’un programme visant la réfection globale des rues, la cité El-Gammas n’en finit pas avec la souffrance. Pourtant, la cité a bénéficié récemment d’une opération d’amélioration urbaine, mais il semblerait que ladite amélioration demeure minime, voire invisible dans certains lieux. Des projets sont abandonnés à leur début, notamment les travaux réalisés au niveau des accès entre les chalets, l’assainissement et la sécurisation des lieux contre les inondations.

Or, les routes de la cité sont totalement défoncées, des mares d’eau stagnante, de la gadoue un peu partout causant beaucoup de difficultés pour se déplacer, l’absence des moindres commodités dans les espaces publics telles les aires de jeux, des réseaux d’assainissement et d’AEP détériorés suite à la qualité médiocre des travaux réalisés dans certains lieux, tout cela a suscité la colère des habitants, notamment de ceux résidant au quartier Bouzehzah, situé dans les hauteurs d’El-Gammas. “Comme vous pouvez le constater, les routes sont pleines de crevasses et impraticables, aussi bien pour les véhicules que pour les piétons, engendrant une multitude de problèmes, et le réseau d’assainissement est totalement dégradé.

Plusieurs malfaçons ont été également constatées dans la réhabilitation de la chaussée, notamment aux derniers travaux de voirie récemment réalisés par les services de secteur urbain d’El-Guemmas”, fulmine Tahar, un des habitants rencontrés sur les lieux. Et d’ajouter : “Plusieurs habitations sont exposées aux risques d’effondrement, particulièrement celles situées dans des zones glissantes et inondables. Chaque hiver nous prions Dieu pour que nous ne soyons pas emportés par les eaux des intempéries.” 

Les locataires ont également soulevé le problème des déchets d’amiante jetés partout dans leur cité sans que les autorités s’inquiètent, surtout que cette matière toxique est très nocive pour la santé du citoyen et l’environnement. “Les déchets d’amiante sont jetés partout par les habitants qui sont en train de rénover leurs maisons. Aucun endroit n’a été désigné par les autorités, pourtant on nous a promis que la direction de l’environnement accompagnera les habitants pour l’enlèvement et le confinement de l’amiante jusqu’à sa destruction, mais la promesse n’a pas été tenue. Nous savons tous qu’il n’y a aucun remède pour un cancer dû à l’amiante, sachant que dans un gramme d’amiante il y a un million de fibres cancérigènes. Au niveau d’El-Guemmas, les gens meurent chaque année, tués par l’amiante”, affirment-ils.

Le cas de la localité d’El-Gammas figure parmi les dossiers les plus épineux qui est toujours un sujet d’actualité, où les habitants en question demandent la résolution de ce problème le plus vite possible. Nous avons tenté à plusieurs reprises de rencontrer le chef de daïra et le P/APC de Constantine, en vain, ces derniers étant absents, en mission, nous a-t-on dit, et aucun de leurs collaborateurs n’a pu nous informer sur l’état d’avancement du dossier en question, affirmant que seuls les concernés sont en mesure de nous communiquer plus de précisions.  
 

Réalisé par : INÈS BOUKHALFA


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