Autres / Rétrospective 2016

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La justice annule une cession d’actifs d’El Khabar

Pour les médias de manière générale, l’année 2016 s’achève en laissant dans son sillage, comme une comète, cette odeur de scandale judiciaire dont l’acteur principal est l’inénarrable ministre de la Communication, aux avant-postes, missionné pour faire capoter l’opération de rachat de parts d’El-Khabar par Ness Prod.
Hamid Grine s’échinera à justifier son opposition à la transaction, qui était déjà enregistrée, quitte à empiéter sur la loi, cette même loi sur laquelle il bâtira son argumentaire surréaliste. Bien entendu, lui s’évertue à se montrer en défenseur de “la presse qui rapporte l’information vraie”, essentiellement, à défaut d’avoir un programme, un plan d’action, ou à tout le moins mettre en place les organes de régulation, comme le stipule la loi. Bien au contraire, il s’autorise le droit de se substituer à ces organes d’arbitrage et de contrôle. Aussi, dans son aveuglement, il mandatera un avocat révoqué du barreau, tordra le cou à la procédure, sous le regard passif de la justice et face à une mobilisation sans précédent de la corporation et de la société civile. De report en interjections, les avocats du groupe finiront par jeter l’éponge sachant que le verdict est déjà “plié”. Le ministre, voyant plus clair que le notaire, le registre du Commerce ou les impôts, avait bien dit que “l’opération est illégale”, mais se défend de vouloir fermer El-Khabar. Décodé, le message est clair : on mobilise la justice contre Ness Prod, pas contre El-Khabar qui a trouvé acquéreur pour sortir de la zone banqueroute. Pire, le directeur de Ness Prod est placé sous mandat de dépôt ainsi qu’une directrice du ministère de la Culture pour lui avoir accordé une autorisation de tournage et est licenciée bien avant l’issue du procès. Inédit ! Pourtant, des cas similaires à celui d’El-Khabar (nombre titres) ont été relevés ou pire, avec le cas d’une Eurl qui devient un conglomérat médiatique mais qui, selon le ministre “n’est pas la même chose”, ni pour les magistrats du tribunal de Bir Mourad Rais. Outre que ce procès illustre cette justice à deux vitesses, mais constitue un cas d’acharnement qui sera suivi d’un harcèlement en règle et d’un lynchage de Cevital, actionnaire dans Ness Prod, par des télévisions et des journaux qui ne seront jamais inquiétés alors qu’ils traînent des procès pour, entre autres diffamation, presque systématiquement reportés. La justice aura, dans le traitement de cette affaire, démontré que son indépendance n’est qu’un splendide slogan. Finalement, comme attendu, la transaction est annulée et le “victorieux ministre”, croyant la parenthèse fermée, va vaquer à ses occupations de séminariste et formateur en éthique et déontologie, deux concepts “virtuels” dont il détiendrait l’intime secret. L’instance chargée de l’éthique et de la déontologie, puisqu’impliquant les professionnels, peut attendre… tant qu’il est encore ministre. Tous les juristes ont relevé des contradictions, des violations de la loi et des incongruités dans la procédure qui, dans un pays “normal”, n’a même pas lieu d’être. Mais nous sommes dans l’Algérie du système opaque qui n’hésite pas à mobiliser tous les moyens contre “ceux qu’il n’aime pas”. Pour boucler cette année, exclusive par les dérapages de certains médias (couverts d’en haut), le harcèlement et les tentatives d’étouffement de certains titres de presse à travers l’Anep, les injonctions… RSF nous offre en dévoilant le contenu de son enquête sur la liberté de la presse en Algérie, un cadeau de fin d’année dont aucun pays ne s’en honorerait. Et l’affaire El-Khabar Ness Prod devrait être inscrite dans un chapitre de l’histoire du 4e mandat.


D. B.