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Le quotidien d’une Colopathe : Vivre avec un fantôme au ventre.

©D.R.

Rayen, la vingtaine, est une jeune étudiante studieuse et pleine d’ambitions, affichant toujours un sourire radieux aux gens de son entourage.

Rayen, malgré les apparences, se doit de surmonter de rudes épreuves. Un chemin long et sinueux se dresse devant elle, parsemés d’embûches et de contraintes auxquels elle est bien obligée de faire face.

Rayen, la vingtaine, jeune fille pas si différente des autres, ou presque. Rayen est colopathe.

Dans le jargon médical, le terme de colopathie fonctionnelle est associé aux maladies du côlon. Elle touche également le côté psychologique de la personne, la projetant ainsi dans un état nerveux très délicat et affectant sa qualité de vie.

Anatomiquement parlant, le côlon ne représente aucune anomalie, c’est son fonctionnement qui est pathologique. Mais son origine reste à ce jour inconnu, bien qu’il a été mis en hypothèse que des causes principalement psychologiques en soient responsables, tel que le stress. Les plus affectées sont les femmes, dont Rayen.

« Manger, c’est le début du bonheur ». Un slogan de publicité très révélateur. Cela dit, pour Rayen, « manger », c’est le commencement d’un violent cauchemar, d’un calvaire incessant et douloureux. Ou du moins, lorsqu’elle ne choisit pas méticuleusement les aliments qu’elle consomme. Les symptômes sont nombreux, Rayen en a fais l’expérience : d’insupportables maux d’estomac très récurrents, des troubles digestifs, des ballonnements et des brûlures au niveau du ventre. Le degré de douleur varie d’une simple gêne abdominale à une crise aiguë, et cela se ressent immédiatement après un repas. A noter que pour d’autres, cela peut causer des pertes d’appétit, de l’anorexie et des nausées répétées. Des mesures diététiques sont donc préconisées, mais il n’y a pas de régime adéquat déjà prêt pour un colopathe.

Rayen est devenue son propre cobaye, soumise à des expériences sur elle-même. Elle a du procéder par élimination : manger et reconnaître les produits qui ne lui sont pas nuisibles.

Elle ne peut pas consommer les produits laitiers, le chocolat, les gâteaux, les artichauts, les bananes, les pommes, le couscous, les jus, les épices, les fruits secs, les pâtes, le miel, les champignons… Et la liste est encore longue. Mais que mange-t-elle alors ? Et bien, elle se contente du strict minimum. Elle apprécie pourtant la nourriture à laquelle elle n’a pas droit, mais elle sait pertinemment  que cette dernière représente un véritable poison pour son organisme. Rayen se retrouve prisonnière de son corps.

Les douleurs intestinales s’accompagnent de migraines, d’insomnies et de troubles émotionnels. Un colopathe est plus sensible à la pression comparé à une personne « normale ». On parle là d’'hypersensibilité, ça désigne un état de réactivité plus élevé que la normale. Rayen quant à elle, subit des états d’anxiété et d’angoisse permanents, parfois même confrontée à des situations peu affolantes.

Cela représente un frein pour sa vie estudiantine, elle manque de concentration, et en période d’examens, elle perd tous ses moyens sous l’effet du stress qui lui provoque automatiquement des crises de côlon. A ce moment là, tout ce qui l’entoure devient irritant et énervant.

Peu de gens le savent, mais ce sont les cellules de l'intestin qui produisent 80 % de la sérotonine qui se trouve dans notre corps (hormone de la bonne humeur). Un côlon irritable, peut être la cause de nombreux troubles d’humeur, ces derniers peuvent amener à éviter les engagements sociaux, dans la plupart des cas parce que la personne a du mal à expliquer à son entourage ce qu’elle ressent, et se retrouve incomprise. Les effets de la colopathie donnent l’impression qu’on ne profite pas de la vie au maximum, ce qui conduit au découragement, voire la dépression. Mais ce n’est pas une généralité, ça dépend toujours de la personne.

Souffrir de colopathie fonctionnelle et nerveuse, n’est pas une expression très courante. A vrai dire, beaucoup de spécialistes considèrent la colopathie comme étant un simple trouble ou syndrome quelconque, plutôt qu’une maladie chronique. Et pourtant, quand on est clairement conscient de sa maladie, on a recours à des médicaments bien définis. Cela implique que ce « trouble »  est assez complexe et donc très dangereux car le colopathe se retrouve perdu sans aucun repère. Dans certains cas (les plus extrêmes du moins) il est question de cancer du côlon. Pour le reste, ça devient un handicap auquel il faut s’habituer et dont la gravité n’est toujours pas très soulignée, voire même totalement ignorée. Rayen en a eu l’aperçu, un jour, en consultant son médecin : « On ne peut rien faire pour vous. » A-t-il dit.

La cause de la colopathie étant non identifiée, il est de ce fait impossible de prescrire un médicament bien précis pour en guérir. En effet, s’il n’y a pas de « maladie », il n’y a forcément pas de traitement, donc pas de guérison, aucune sortie de secours à l’horizon.

De plus, les cas varient d’une personne à une autre. Les gens qui en sont atteints ne réagiront  pas tous de la même manière à un traitement s’il y en avait effectivement un de disponible, tout simplement parce que chaque patient souffre indépendamment de l’autre. C’est un combat individuel où personne ne peut intervenir que livrent les colopathes au quotidien, et il n’est pas aisé de trouver un remède miracle, adapté à chacun selon sa situation.

Les solutions proposées déçoivent les patients car ils ne font que contourner le réel problème. Il s'agit de procurer un confort, et un sentiment de soulagement temporaire avec des antidouleurs, des laxatifs et des antispasmodiques. Cependant, ces médicaments fatiguent le corps. Il faut par ailleurs tenir compte aussi de l’aide d’un psychologue et de la nécessité d’avoir une bonne hygiène de vie.

 Le plus curieux à propos cette incommodité, c’est le fait de subir plusieurs examens médicaux et de se retrouver avec des résultats négatifs partout. « Vous êtes en bonne santé » disent-ils. Logiquement, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Un signe de réjouissance mais qui, paradoxalement, plonge la personne dans un état de frustration infini, car le mal-être est toujours présent.

C’est une sorte de « maladie fantôme » : mystérieuse, effrayante, mais surtout, auquel personne ne croit ou est vraiment capable de comprendre et d’expliquer précisément. La colopathie, hante le corps et l’esprit.

                                                                                          Rania CHAIB

(Soleil HEC/Rédaction Numérique de "Liberté")

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