A la une / Soleil HEC/Réd-Num-"Liberté"

#LibertéVENDREDI

Les dépenses explosent : boulimie alimentaire en vue!

©D.R.

A une semaine du ramadan, l’engouement pour l’arrivée de ce mois sacré est à son comble : achat d’aliments en tout genre, stockage de quantités qui frôle l’indécence, certains vont même jusqu’à préparer les plats du mois entier à l’avance … Mais quand cessera donc cette frénésie ? Cette fièvre acheteuse qui ne rime à rien du tout et qui, chaque année, bat des records assez conséquents.

Depuis un certain temps, les marchés et hypermarchés grouillent de consommateurs, avides de nourriture, qui ne pensent qu’à rentrer chez eux munis de provisions pour le mois de jeûne. Entrainés par leurs envies effrénées, ils se ruent littéralement sur les étalages et augmentent considérablement leur niveau de consommation en prévision du mois sacré, allant même jusqu’à recourir aux crédits de consommation.

C’est donc un mois d’enjeu stratégique pour les vendeurs qui ont bien compris le système et encouragent donc le citoyen à dépenser encore et encore pour des achats qui iront, pour la plupart d’entre eux, directement à la poubelle.

Ainsi, nous avons constaté l’année passée que les ménages dépensent pendant le mois sacré un tiers de plus en alimentation (+ 37%) par rapport au reste de l’année. Cette augmentation de la dépense alimentaire touche toutes les catégories de la population et s’accroit bien évidemment selon l’échelle du niveau de vie.

 Nous nous retrouvons donc face à un paradoxe des plus intolérables : en ce mois où abstinence et piété sont censées être les maitres mots, l’aspect religieux a  été relégué au second plan, au profit d’habitudes plus festives, liées notamment au stockage de nourriture, et où le gaspillage atteint des summums. Les ménagères surestiment psychologiquement la capacité de l’estomac du jeûneur et cuisinent des quantités conséquentes par pure gourmandise .On estime aujourd’hui que 40% des plats préparés, au cours du mois sacré, sont jetés.

« Mangez de ces aliments délicieux que nous vous offrons et évitez tout excès par peur d’encourir ma colère, car quiconque encourt ma colère sera perdu sans retour. » (Coran 20/81)

Est-il concevable que des sans-abris et des pauvres malheureux cherchent à se sustenter dans les poubelles, tandis que leurs concitoyens se débarrassent de produits et plats encore frais ? Ne sommes-nous donc pas devenus des tubes digestifs sur pattes, ayant les yeux plus gros que le ventre et ne pensant qu’à se goinfrer, au lieu de profiter des vertus non seulement spirituelles mais aussi thérapeutiques du jeûne ?

Selon une étude menée il y a trois ans de cela, sur les 4.1 milliards de baguettes de pain consommées pendant le ramadan, 120 millions partent aux ordures. Pour le lait, ce fut 12 millions des 150 millions de litres achetés qui finissent aux égouts. Enfin, les algériens jetteraient au total plus d’un demi-million sur 10 millions de quintaux de légumes achetés.

Suite à ce constat alarmant, l’état devrait ouvrir les yeux aux gens, au moyen de campagnes de sensibilisation, visant à faire prendre conscience aux citoyens face à leurs dépenses surdimensionnées et les pousser ainsi à modérer et à rationaliser leur consommation pour éviter toute sorte de gaspillage.

Yasmine BOURAS

(Soleil(HEC)/Rédaction Numérique de "Liberté")