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Sport / Sports

Mounir Debichi, ex-SG de l’USM ALGER

“Abdelghani Hadi était au courant de tout”

© Billel Zehani/Liberté

Dans cet entretien, Mounir Debichi qui a démissionné de son poste, est revenu sur plusieurs sujets notamment l’affaire Ibara, la gestion de l’affaire du TAS, le groupe Serport et l’avenir du club. 

Liberté : Quel est votre statut actuel au sein de l’USM Alger ?
Mounir Debichi :
 Je suis encore sous contrat avec la SSPA/USMA, et ce, jusqu’au 9 août 2020. Actuellement je suis en congé jusqu’au 8 août prochain. Toujours est-il que je ne vais pas poursuivre l’aventure avec le club algérois, et ce, pour des raisons personnelles. J’ai informé d’ailleurs le président-directeur général du groupe Serport de cette décision. J’ai pratiquement tout fait, y compris la grande partie de la passation de consignes avec Mohamed Briki.

Vous avez fait partie de l’ancienne direction dirigée par l’ETRHB et vous avez aussi travaillé avec le nouveau propriétaire (Serport, ndlr). Le DG de l’USMA, Abdelghani Hadi, a affirmé que le club était géré comme une épicerie. Qu’avez-vous à dire ?
On ne peut pas gérer un grand club tel que l’USMA comme une épicerie ou une usine de fromage. Vous savez, le directeur général de l’USMA peut dire ce qu’il veut. Mais comparer la gestion de l’USMA à une épicerie est une dévalorisation d’un aussi grand club algérois. C’est aussi un manque de respect à l’histoire de ce grand club. 

Mais le directeur général actuel veut dire qu’il y avait une mauvaise gestion avant l’arrivée du nouveau propriétaire…
Il fallait être là pour connaître la véritable situation du club. Celui qui n’était pas là ne peut pas juger la gestion de l’époque car n’oubliez pas que les comptes du club ont été bloqués durant  huit mois. Toutes les portes ont été fermées devant nous en raison de la situation du propriétaire de l’époque en pleins déboires judiciaires. Comment voulez-vous avancer alors qu’il n’existe gpas de représentativité du conseil d’administration sachant au passage que le groupe ETRHB avait annoncé son désengagement de l’USMA et la mise en vente de ses actions. Mais heureusement qu’il existe des personnes amoureuses de ce grand club qui ont tout fait pour aider l’USMA à faire face aux échéances de l’équipe et à ses besoins.

Vous parlez des personnes qui ont aidé le club financièrement pour organiser ses déplacements en Afrique et d’autres dépenses nécessaires pour la bonne marche de l’équipe, c’est ça ?
Justement, vous me donnez l’occasion de poser une question ? Pensez-vous qu’une gestion comme celle d’une épicerie aurait permis au club de prendre part à la Ligue des champions d’Afrique ? Nous avons effectué les déplacements en Afrique le plus normalement du monde du Niger, en passant par l’Afrique du Sud jusqu’au Kenya sans parler des frais pour recevoir nos adversaires à Alger. L’équipe a assuré difficilement son déplacement en Afrique du Sud via deux compagnies différentes, et ce, même si nous avons pris le soin de réserver nos places à l’avance malgré le chamboulement du calendrier. Nous avons répondu présent à cette compétition. Ce n’est pas en claquant des doigts qu’on pouvait mettre en place toute une organisation.

Au contraire, des efforts ont été consentis pour permettre à l’USMA d’honorer ses engagements en compétition africaine et par là même éviter le forfait. Nous n’avions que de petits moyens, mais nous avons su gérer cette situation malgré toutes les entraves et tous les problèmes. C’est facile maintenant de critiquer une gestion, mais c’est difficile en même temps de vivre une période aussi délicate. Les gens oublient qu’en même temps nous avons joué les premiers rôles du championnat sous l’ère Billel Dziri. La preuve, nous avons même atteint le podium à la fin de la phase aller sans compter les trois points défalqués lors de cette histoire de derby.

Le club a vu le bout du tunnel après la venue de Serport. Qu’est-ce qui a changé ?
La venue de Serport était pour nous une bouffée d’oxygène pour le sauvetage du club. Nous n’avions pas les moyens de continuer comme ça sans l’aide d’un repreneur. À un certain moment, nous savions pertinemment que nous allions droit dans le mur. Après un contrat de sponsoring, chacune des deux parties a fait un rapprochement pour sceller un accord pour permettre à Serport de devenir le nouveau propriétaire du club. C’était pour l’USMA une occasion de souffler et, de ce fait, une occasion de repartir du bon pied avec de nouveaux projets en perspective.

Mais avant l’opération de rachat des actions de la SSPA/USMA, le groupe Serport a engagé une expertise au mois de janvier 2020, n’est-ce pas ?
Bien sûr. C’est une démarche normale et obligatoire pour évaluer le patrimoine du club et les moyens humains sans oublier les dettes. Je peux vous dire que nous avons communiqué toutes les informations et les détails au cabinet chargé de l’expertise qui, à son tour, devait faire un état des lieux de la situation du club avant son rachat par le groupe Serport.

Selon nos informations, le cabinet d’expertise engagé par le groupe Serport comptait dans son personnel un certain Abdelghani Hadi, l’actuel directeur général de l’USMA…
Effectivement, M. Hadi faisait partie des trois experts de ce cabinet. Il était tout à fait au courant de la situation globale de l’USMA hormis peut-être quelques dossiers en instance à l’instar de celui d’Ibara, de Yekhelef et d’autres. Mais je peux vous certifier que ce cabinet d’expertise était au courant des dettes et des créances de l’USMA jusqu’au 31 décembre 2019.

Vous nous tendez la perche en nous donnant l’occasion de parler de l’affaire Ibara. Pouvez-vous nous retracer cette histoire ?
L’affaire Ibara a commencé le 29 mai 2019. L’avocat du joueur a introduit une mise en demeure pour informer la direction du club de deux salaires impayés. Auparavant le même avocat, Me Soumaria, a adressé une mise en demeure à la boite du DG de l’ETRHB pour informer le club du non-paiement d’Ibara qui réclamait deux mois de salaire (il percevait 180 millions de centimes, ndlr). La juriste du groupe ETRHB a pris en charge cette affaire tout en nous remettant en copie. Le même avocat a adressé une nouvelle mise en demeure à l’ETRHB en mai 2019, mais une défaillance technique a fait que nous n’avons eu connaissance de cette correspondance que le 15 juin 2019, c’est-à-dire, un jour avant l’expiration des délais accordés (14 jours). Nous avons réagi immédiatement et nous avons réussi à débloquer une certaine somme du compte bancaire pourtant bloqué grâce à un engagement de notre direction pour les services des impôts. Le joueur a été payé trois jours plus tard. Il a touché rubis sur l’ongle les deux mois de salaires impayés. Nous avons adressé un courrier à son avocat et au joueur avec justificatif de l’ordre de virement. L’administrateur a par la suite pris attache avec Ibara pour l’informer du virement mais aussi du début des entraînements de l’USMA. M. Briki a demandé à Ibara, en vacances au Congo, de rentrer en Algérie pour reprendre les entraînements prévus le 2 juillet.

Le lendemain, quelle n’a pas été notre surprise d’apprendre qu’Ibara a refusé de nous parler. C’est à partir de là que l’affaire a commencé puisque j’ai fait un rapport quant à son absence et à son abandon de poste, sachant qu’il est encore sous contrat avec le club. Son avocat m’a informé par la suite de ne plus entrer en contact avec son client et qu’une résiliation du contrat a été faite au niveau de la Fifa pour non-paiement des salaires dans les délais. Nous avons reçu un mail de la Fifa pour savoir notre position. Nous avons contesté la résiliation du contrat auprès de la Fifa qui a, par la suite, accordé une libération provisoire du joueur pour jouer en Belgique, en attendant le traitement de cette affaire. Le 3 mars 2020, la Fifa nous a informés que le joueur a été officiellement libéré et que l’USMA est dans l’obligation de payer la somme de 30 millions de dinars représentant ses salaires jusqu’à la fin de son contrat pour un joueur qui, de surcroît, joue aussi en Belgique. 

Mais il y avait une voie de recours qui est le Tribunal arbitral du sport…
L’erreur d’abord c’est de ne pas avoir payé à temps Ibara. La réglementation nous permet defaire un courrier à la Fifa pour savoir les motifs de cette décision pour ensuite pouvoir saisir le TAS de Lausanne en rédigeant un mémoire. J’ai transmis le mail à l’avocat et je lui ai expliqué la situation. Le juriste devait demander les motifs de cette décision dans un délai de 10 jours. Je lui ai même arrangé un rendez-vous avec la présidente du CRL pour rédiger le courrier, mais dans notre courrier, le motif de la décision de la Fifa n’a pas été mentionné. C’est une erreur que j’assume pleinement même si j’ai communiqué avec l’avocat sur cette question. S’en est suivie l’interdiction de recrutement prononcée le 20 juillet dernier.

Mais le DG de l’USMA affirme n’être pas au courant de cette affaire ?
Vous savez, je lui ai tout dit. Il était au courant de cette affaire. Je lui ai fait un rapport de la situation. Il a eu plusieurs entretiens avec l’avocat. Donc, je ne vois pas pourquoi on doit cacher la réalité.

L’USMA avait la possibilité de parler directement avec l’avocat d’Ibara qui, selon nos informations, était disposé à négocier, non ?
Tout à fait. Il s’avère que notre avocat Me Bonnet est un ami de l’avocat d’Ibara. Celui-ci est entré en contact avec Me Bonnet. Effectivement nous avons contacté l’avocat d’Ibara qui était disposé à négocier mais aussi à fixer le montant à 100 000 euros. J’ai fait un rapport détaillé à mon supérieur, M. Hadi tout en insistant sur les risques d’une interdiction de recrutement à laquelle l’USMA pourrait être confrontée. J’ai tous les documents en ma possession prouvant tout ce que je suis en train de dire.

Ibara a-t-il été payé ?
La procédure de paiement aurait été faite il y a quelques jours via la FAF.

Et concernant l’affaire du TAS de Lausanne, comment en est-on arrivé là ?
Nous avons décidé de recourir au TAS de Lausanne le 5 janvier dernier même si j’étais sceptique au départ en raison des difficultés financières. Mais nous avons reçu le soutien des amoureux de l’USMA dont un ancien joueur, Mohamed Hamdoud, qui m’a présenté Mohamed Sellam qui s’est engagé à aider l’USMA financièrement, mais aussi sur le plan juridique, puisqu’il était un ami de l’avocat Bonnet. Nous avons fait enregistrer l’affaire par notre avocat algérien. Ensuite, Me Sellam a pris le relais et a procédé au paiement de 1 000 euros représentant les frais d’inscription. Par la suite, nous avons préparé un mémoire d’appel sur plusieurs pages car c’est une affaire pas du tout facile. Nous avons bien défendu notre dossier arguant l’article 29. 

Nous avons contesté la programmation qui est en porte-à-faux avec la réglementation de la FAF. Me Bonnet a fait une plaidoirie de haute facture. Ses honoraires sont de l’ordre de 13 000 euros versés en deux tranches : 50% juste avant le dépôt du mémo et le reste avant l’audience. J’ai pris le soin de virer de mon propre argent personnel 6 500 euros, on ne pouvait pas faire machine arrière. Me Sellam a, par la suite, payé les frais d’arbitrage de cette affaire à la fin du mois mars. Et un autre supporter connu, Karim Bouhelal, a payé de son propre argent les frais dont la LFP a refusé de s’acquitter pour que nous puissions aller au bout de cette affaire et qui sont de l’ordre de 22 000 euros. 

Un geste fort de la part d’une personne qui a accepté de nous aider. C’est tout à son honneur. Mais sincèrement, ce qui m’a blessé le plus, c’est que je me suis engagé avec ces personnes tout en me portant garant que ces dettes allaient être remboursées par le nouveau propriétaire. Le plus grave est qu’aucun dirigeant de Serport n’a daigné remercier ces personnes qui ont énormément aidé l’USMA pour faire valoir ses droits. Tous ces paiements sont justifiés noir sur blanc. Des ordres de virement existent. Tout est justifié. Il y a une traçabilité de toutes les opérations bancaires et le paiement des frais du TAS. J’ai demandé au groupe Serport de leur faire des reconnaissances de dette, ce qui n’a pas été fait à ce jour. Et ce qui m’a encore le plus choqué, c’est le comportement du DG qui a affirmé à Me Sellam n’être pas au courant des frais de l’avocat, ainsi que des dettes des frais d’engagement que Me Sellam a payées de sa poche.

Pouvez-vous être plus explicite ?
Et bien, j’ai eu une discussion avec le DG de l’USMA alors que je m’apprêtais à envoyer un dossier complet au président du conseil d’administration sur les frais et les justificatifs de l’affaire du TAS, ainsi que les dettes des personnes qui nous ont aidés. Il a été informé de tous les détails. Il a tout vu de ses propres yeux. Et après, il déclare qu’il n’est pas au courant, ce n’est pas normal. 

Il ne faut pas oublier de coller les mauvaises étiquettes et faire semblant de n’être au courant de rien. La moindre des choses est d’appeler les personnes concernées, les gens qui réclament leur argent tout en leur expliquant la situation, en attendant leur régularisation. J’avoue que Serport a voulu faire un virement pour rembourser les dettes à Me Sellam et à d’autres, mais cela n’a pas été accepté. Aux dernières nouvelles, la direction aurait saisi la FAF justement pour régulariser ces personnes via son compte en devises. Le plus important est que nous avons réussi à aller au bout de cette affaire.

 

 

Entretien réalisé par : Nazim T.


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