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Sport / Sports

Loucif Hamani à “liberté “

“On m’a menacé pour mon combat contre Hagler”

© DR

De passage à Oran, la légende vivante de la boxe algérienne, Loucif Hamani, a bien voulu répondre aux questions de Liberté. L’homme est peu loquace mais l’œil toujours vif, celui qui vous descend avant que sa droite ne vienne s’écraser sur votre menton. De sa vision de la boxe en passant par son combat perdu pour le titre mondial face à l’Américain Hagler jusqu’à son prochain jubilé, Loucif Hamani se livre. Un entretien exclusif, à bâtons rompus, plein de confidences et d’anecdotes.

Liberté : Avant toute chose, que devient Loucif Hamani ?
Loucif Hamani : J’ai arrêté la boxe en 1985, j’étais diplomate aux Affaires étrangères puis j’ai pris ma retraite, il y a cinq ans.

Qu’est-ce que vous faites actuellement ?
Rien du tout, je voyage à mon compte personnel

Quel regard portez-vous sur la boxe algérienne ?
Actuellement, il n’y a aucune organisation dans la boxe. Les boxeurs s’entraînent pour ne pas boxer, et un boxeur s’il ne combat pas ne peut pas s’entraîner continuellement, cela devient fatigant. S’il se prépare en perspective d’un combat oui, mais s’il s’entraîne matin et soir et il n’y a aucun organisme qui organise des combats… Il y a de grands champions en Algérie mais s’ils ne boxent pas, il y a un problème, ils ne peuvent pas s’entraîner éternellement.

Mais il existe des compétitions régionales, nationales et internationales. Est-ce que ces dates sont insuffisantes dans l’année d’un boxeur ?
C’est insuffisant, très insuffisant. Normalement tous les mois on doit programmer un combat. À part les championnats d’Algérie, interwilayas, et encore parfois on les organise pas parce qu’il n’y a pas d’organisateurs.

C’est la faute à qui ? A la fédération ?
Bien sûr que c’est la faute à la fédération.

Et les clubs n’ont pas leur mot à dire ?
Ils ne veulent pas dénoncer la situation. Ils ont peur ou je ne sais pas quoi.

Selon vous, comment peut-on remédier à cet état de fait ?
La Fédération algérienne de boxe doit travailler davantage avec les organisateurs de combats de boxe. Il existe beaucoup de promoteurs mais elle ne veut pas leur demander pour je ne sais quelle raison.

Cela exige de l’argent ?
Certainement que cela demande de l’argent. Les promoteurs ont de l’argent et ils peuvent financer des combats mais il n’y a pas de répondant de la part de la Fédération algérienne de boxe. Je le répète, j’ignore les raisons qui la poussent à agir ainsi.

En 2013, vous avez déclaré dans une interview que si on faisait appel à vous, vous vous donneriez corps et âme pour la formation des jeunes. Qu’en est-il depuis ? Est-ce qu’on a fait appel à vous ?
Non, on ne m’a jamais fait appel.

Pourquoi ?
Ils ne veulent pas engager quelqu’un qui s’y connaît en boxe pour leur dire que le travail c’est ça et c’est pas ça.

C’est peut-être parce que vous n’avez pas fait le pas vers la fédération ?
Ce n’est pas à moi de me présenter, c’est à eux de me téléphoner ou de m’inviter pour des séminaires ou des réunions. Ils ne veulent pas me contacter et je ne sais pas pourquoi ?

Mais est-ce que votre proposition reste toujours d’actualité ?
Moi si on m’appelle, je suis prêt à défendre la boxe algérienne et organiser des combats plus souvent qu’auparavant.

Selon vous, qu’est-ce qui différencie la boxe d’aujourd’hui de celle que vous pratiquiez à votre époque ?
À mon époque, il y avait davantage d’organisateurs et les jeunes boxaient, ils aimaient la boxe. La majorité des grands champions que la France a eus, en dehors de Georges Carpentier, étaient des Algériens, Halimi, Hamia et même Marcel Cerdan de Sidi Bel-Abbès.

Et sur le plan technique, est-ce que la boxe a évolué ?
Il n’y a eu aucune évolution depuis que j’ai abandonné la boxe. Il n’y a aucun combat ni promoteur pour organiser des combats.

Peut-être que la faute incombe au ministère de la Jeunesse et des Sports ?
C’est la faute à la fédération, c’est tout.

Les gens ont tendance à résumer votre carrière, ponctuée d’un titre de champion d’Afrique des super-welter, à votre combat perdu face à Hagler en 1980. Vous aviez déclaré qu’on vous avait menacé pour perdre ce combat. C’est qui ce “on” ? Peut-on connaître la véritable histoire de ce combat ?
Des gens sont venus à mon hôtel à New York et m’ont menacé. Ils voulaient que je perde, et moi je ne voulais pas marcher dans leur jeu. D’ailleurs, on a changé les juges, le lieu de la rencontre, l’arbitre central. Normalement c’était prévu que l’arbitre soit neutre, ni Africain ni Américain, selon le contrat. Quinze jours avant la tenue du combat, on nous annonce que l’arbitre désigné ne pouvait pas officier et ils ont ramené quelqu’un de chez eux. Le combat était prévu au Madison Square Garden et il s’est déroulé à la fin à Boston.

Selon vous, quelles sont les raisons de ces menaces ? Une question d’argent ou on ne voulait pas qu’un Algérien gagne le titre mondial ?
On ne voulait pas qu’un Algérien gagne un titre.

Mais vous n’aviez pas boxé pendant trois ans avant le combat contre Hagler...
Je n’avais pas boxé durant trois ans parce qu’on n’a pas voulu m’organiser de combat à Paris, soi-disant que je prenais trop cher. Je ramenais du monde, les gens m’aiment bien et apprécient ma boxe et je boxais à guichets fermés, alors je demandais ce que je voulais. Mon manager Benaïm me disait que je demandais trop cher, tu demandes ci, tu demandes ça et je lui répondais que je ne demande pas cher, je demande ce que je vaux.

Alors pourquoi avoir accepté ce combat ?
Je me suis dit qu’un championnat du monde c’est à prendre ou à laisser. Je vais signer le contrat, et si je perds, je perds, et si je gagne, je gagne, mais on ne refuse pas un combat pour le titre mondial.

Qui a financé votre déplacement aux États-Unis ?
C’est Alain Delon.

Vous le voyez toujours ?
En ce moment, il est un peu malade. C’est difficile de le voir.

Je pense que vous avez vu le combat entre Mayweather et McGregor comme tout le monde. Qu’est-ce que vous pensez d’un tel match d’exhibition ? Est-ce une bonne chose pour l’image de la boxe ou, au contraire, elle la dévalorise ?
C’est un spectacle avec un cachet extraordinaire avec en plus l’un des meilleurs boxeurs pieds-poings au monde et c’est une belle chose pour la boxe et que le meilleur gagne.

Vous vous attendiez à ce que Mayweather gagne ?
Moi je pensais qu’il allait gagner.

Selon vous qui est le meilleur boxeur algérien de tous les temps ?
Le meilleur boxeur que l’Algérie a eu, c’est Loucif Hamani.

Et au monde ?
Cela dépend de la catégorie. Mohamed Ali pour les lourds. Il a un jeu de jambes extraordinaire, il danse comme un papillon et pique comme une abeille. Pour moi, il est le meilleur boxeur de tous les temps.

Vous l’aviez rencontré ?
Bien sûr que je l’ai rencontré, et quand il venait à Paris, il passait pour me voir.

Et qu’est-ce que vous pensez de Tyson ?
Tyson est un fou de la boxe. Il a une frappe extraordinaire mais aucun style, un fonceur qui peut se faire battre par n’importe qui.

Comment avez-vous commencé la boxe ?
Ça a commencé à l’école. J’étais un bagarreur, et ma maîtresse se plaignait souvent de moi à mon père et lui a demandé de m’envoyer faire du sport. J’avais commencé dans le foot, mais après quatre ou cinq matches, je me suis sauvé du club où je jouais, à Choisy-le-Roi. Après, mon choix s’est porté sur la boxe, mais il me fallait un équipement, une culotte, des chaussures et de l’argent pour payer les cotisations dans une salle. J’ai fait ça en cachette de mon père parce qu’il ne voulait pas que je fasse de la boxe. C’est mon oncle qui m’a emmené à la salle, et tous les soirs je m’entraînais en cachette de mon père. Dès que l’entraîneur m’a vu, il m’a dit que si je ne fais pas de toi un champion du monde je ne suis pas Julien Tessonière. Moi, je pensais qu’il disait ça pour rigoler. Alors il m’a demandé si j’avais déjà fait de la boxe et je lui ai répondu que c’était la première fois que je mettais les pieds dans une salle de boxe. Il m’a dit que j’ai les qualités d’un super champion : les gestes, les esquives, l’œil. Je me battais contre des boxeurs qui avaient 50 ou 60 combats et je les ridiculisais.

C’est vrai que l’une de vos caractéristiques était l’esquive…
L’esquive et le jeu de jambes.

Je pense que vous étiez un des sparring-partners d’un champion américain qui a dit que…
Non, Carlos Monzon, le champion du monde argentin. Il leur a dit que la prochaine fois que je viens à Paris, apportez-moi un boxeur, pas un fantôme. Il m’a payé pour six rounds. Il s’est énervé à la fin. Il y avait des journalistes, des photographes, et il n’arrivait pas à me toucher ni de la gauche ni de la droite.

Si vous deviez refaire votre carrière, est-ce qu’il y a des choses que vous ne feriez pas de la même manière ?
Si je devais refaire ma carrière, je ferais la même chose.

Même le combat contre Hagler ?
Même ce combat, je l’aurais fait. Il y a un vainqueur, un perdant. Peut-être que j’aurais pu me préparer mieux, mais Allah ghaleb. On m’a proposé de boxer Hagler et j’ai accepté. Sincèrement, je ne le regrette pas. J’ai revu plusieurs fois Hagler et il m’a avoué qu’il a eu peur de moi et que s’il avait dépassé le quatrième round, je l’aurais battu aux points.
Mais derrière, il y avait la maman, Allah yerhamha.
Elle n’a pas assisté à deux combats, et les deux je les avais perdus. La veille du combat contre Hagler, elle m’avait appelé et m’a dit qu’elle avait rêvé que j’avais perdu la rencontre, c’est ce qu’elle m’a raconté.

À l’époque, quelle était ta relation avec Boumediene ?
Il m’aimait comme son fils. D’ailleurs, j’entretiens toujours de bonnes relations avec son frère et ses sœurs, et c’est lui qui m’a recruté au consulat comme diplomate. Je pouvais m’entraîner quand je veux et travailler comme je veux. J’ai travaillé à Paris, à Tunis et N’Djamena au Tchad où je ne suis pas resté longtemps.

Loucif, une dernière anecdote que tu n’as racontée à aucun journal…
C’est concernant mes relevés de notes. À la fin du mois, je les faisais signer à mon père en lui disant que les enseignants écrivaient que j’étais un très bon élève, travailleur et tout.
Une fois, il a apporté le carnet chez son ami de l’usine qui lui a dit la vérité et que les observations portées attestaient que j’étais un mauvais élève, insupportable. Dès qu’il est rentré le soir, il m’a tout interdit, le cinéma, la télé que je regardais dans un café à côté de chez moi puisqu’on n’avait pas de poste de télé à la maison. Que la Miséricorde de Dieu les accompagne. Comment faire alors pour rectifier le tir ? On sortait en récréation, et j’ai dit à la maîtresse que j’avais oublié quelque chose en classe et c’est là où j’ai subtilisé un carnet de notes vierges. Les premiers temps, je rapportais sur le faux carnet les notes qu’on me donnait en vrai et au bout du cinquième mois, j’écrivais “Loucif très bon élève”, le montrant à mon père tout en gardant le vrai carnet…                                  

                                          
S. O

“Il y aura du beau monde pour mon jubilé”
 Loucif Hamani prépare son jubilé, mais la date n’est pas encore arrêtée. “La préparation du jubilé est en bonne voie et on va ramener du beau monde avec Alain Delon, Belmondo, Hagler, Pierre Richard, Marlène Jobert…, alors il faut convenir d’une date qui arrange tout le monde, c’est pour cette raison qu’on n’a pas encore fixé de date”, dit-il.


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