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LA RÉGION EST SANS NOUVELLES D’UN GROUPE DE HARRAGA PORTÉ DISPARU

Choc et angoisse à Seddouk

© D. R.

La  paisible  localité  de  Seddouk  (Béjaïa)  est  plongée  dans  une indescriptible angoisse. Pour cause, une dizaine de ses jeunes ont disparu depuis quelques jours en Méditerranée.

Un sentiment de tristesse pèse sur Seddouk, ce village enclavé sur la rive droite de la Soummam. En ce dernier mardi de septembre, peu après l’annonce de la disparition tragique d’un groupe de jeunes partis à l’aventure par voie maritime en tentant une traversée de la Méditerranée à bord d’une embarcation de fortune, la population de cette daïra, sise à 60 kilomètres au sud-ouest de Béjaïa, dont est originaire ce groupe, est toujours sous le choc.

Une profonde tristesse mêlée d’appréhension est assez visible sur nombre de visages des citoyens rencontrés dans les différents villages de cette région montagneuse des Ath Aïdel, perchés sur les collines surplombant la Soummam.

L’affaire de ces jeunes harraga, portés disparus depuis le 17 septembre dernier, semble hanter leurs esprits et leurs nuits. Le sujet est devenu presque tabou. Rien qu’à l’évocation du sujet, les Seddoukois se montrent méfiants, voire craintifs, à l’égard de tout interlocuteur étranger à leur environnement immédiat.

La majorité des citoyens rencontrés évite d’aborder la question de ces harraga, un sujet qui semble susciter appréhensions et spéculations parmi les habitants de la région. “Rien d’officiel n’a filtré pour le moment au sujet de nos jeunes portés disparus en mer”, se contentent d’affirmer certains d’entre eux, tandis que d’autres refusent tout bonnement de répondre à nos questions, arguant que “l’affaire est très délicate, voire complexe”.

Selon certaines indiscrétions, ce sentiment de défiance, considéré comme légitime, s’explique par la vaste opération de recherches et d’investigations déclenchée par les services de sécurité dans le cadre de l’enquête sur les ramifications de ce réseau de passeurs qui recrutent des candidats potentiels à la harga parmi les jeunes désespérés de la région.

À ce titre, on évoque le nom d’un jeune homme originaire de la commune de M’cisna, relevant de la daïra de Seddouk, qui jouerait le rôle de “rabatteur” et qui compte parmi les éléments les plus recherchés par les services de sécurité.

Ce recruteur de candidats à l’émigration clandestine, qui fait partie d’un réseau de passeurs basé à Oran, aurait amassé, ces derniers mois, une somme colossale d’argent auprès de ses “clients”, avant de disparaître dans la nature. Nous avons appris que son frère cadet avait été interpellé par la police pour être auditionné à propos de cette affaire de “racket déguisé”, avant d’être relâché.

80 millions pour une traversée à haut risque
Comme nombre de jeunes à travers d’autres localités, la tentation pour certains, sans perspectives, de se lancer dans l’aventure est grande en dépit du prix qu’il faut débourser.

Plusieurs témoignages de citoyens de Seddouk affirment que le prix moyen d’une place pour une traversée vers les côtes espagnoles est estimé à 80 millions de centimes, payables à l’avance. Et face à l’explosion du nombre de candidats à la harga, nombreux sont ceux qui se font passer pour des intermédiaires entre les passeurs et leurs futurs “clients”, nous a-t-on affirmé.

Une façon de faire fortune sur le dos de ces jeunes chômeurs que rien ne semble retenir. Parfois, l’aventure débute par des tracas : beaucoup de victimes, en effet, se font arnaquer par des faux passeurs et autres filous qui découvrent un nouveau filon, perçu comme une source de gain facile. Deux membres de ce réseau de passeurs qui organisent ces traversées illégales viennent d’être pris dans les filets des services de sécurité à Oran.

Il s’agit d’un gérant d’une agence de voyages basée dans la ville des Hammadites et d’une autre personne originaire d’Oranie, en fonction dans la wilaya de Béjaïa. Les deux mis en cause, qui étaient à bord d’une voiture immatriculée à Béjaïa, ont été arrêtés par la police la semaine dernière, alors qu’ils s’apprêtaient à rejoindre un groupe de harraga qui devaient prendre la mer le lendemain matin.

Présentés devant la justice, ils ont été placés en détention provisoire en attendant leur comparution devant le juge. Selon notre source, ces deux chargés de recrutement de candidats à l’émigration clandestine par voie maritime auraient encaissé des sommes d’argent auprès de nombreux “clients” de la wilaya de Béjaïa.

5 jeunes de M’cisna portés disparus
Mais malgré la peur et la tristesse, à Seddouk, les parents sont à l’affût de la moindre information sur le sort réservé à leurs enfants. Selon, le P/APC de M’cisna, Karim Kaâbache, cinq jeunes âgés entre 22 et 25 ans, tous natifs du village Ighil Ouantar, à une dizaine de kilomètres de Seddouk, sont portés disparus depuis le 17 septembre passé, date de leur embarquement à partir d’une plage oranaise à destination des côtes espagnoles.

Les familles des jeunes harraga disparus, qui se trouvaient dans le bureau du P/APC, ont toutes refusé de faire une quelconque déclaration. D’après le maire, il y a quatre jeunes émigrés en France et originaires de sa commune qui se sont déplacés en Espagne pour tenter d’identifier les corps de leurs compatriotes.

En vain. “On leur a présenté plus d’une quarantaine de photos de victimes, mais ils n’ont pas pu reconnaître les leurs. Les visages sur ces photos sont méconnaissables”, raconte-t-il, en précisant que les autorités ibériques ne les ont pas autorisés à accéder au centre de rétention des migrants clandestins pour vérifier si ces jeunes de M’cisna s’y trouvaient. 

Chose énigmatique : aucun des cinq jeunes de son village, qui ont tenté la harga, n’est chômeur. “Bien qu’ils soient célibataires, ils ont tous un emploi, et l’un d’eux travaille au Sud.”

Il dément, toutefois, les “fausses” informations circulant sur les réseaux sociaux, selon lesquelles, une jeune femme et son enfant originaires de M’cisna feraient partie des harraga portés disparus en mer. En attendant d’hypothétiques nouvelles, la tristesse et le choc règnent à Seddouk et ses environs. 
 

KAMAL OUHNIA

L’Espagne ne pratique pas l’incinération des corps
■ Afin d’apaiser la douleur des familles de harraga n’ayant pas donné de signe de vie, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (Laddh) a tenu à informer l’opinion publique, à travers sa page Facebook, que les autorités espagnoles “ne pratiqueront pas l’incinération des corps non encore identifiés”. “Nos contacts en Espagne ont tenu à préciser que pour ce qui est des harraga disparus ou morts en mer, les procédures d’identification prennent parfois des mois, et entre-temps, leurs corps sont conservés dans des morgues”, notent les responsables de la Laddh.

Enfin, il y a lieu de signaler que la présidente et fondatrice du Centre international pour l'identification des migrants disparus (CIPIMD), Mme Marie-Ange Colsa, a fait savoir, lors de son intervention avant-hier, dans le journal télévisé de la chaîne Berbère Télévision (BRTV), que “pas moins de 1 700 harraga algériens ont réussi à atteindre les côtes espagnoles durant les deux derniers week-ends”. Selon l’intervenante, l’enquête menée par les autorités espagnoles, en vue d’identifier les corps repêchés ces derniers jours, risque d’être longue.
 

K. O.

 


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