L’Actualité Son emprisonnement choque l’opinion

DALILA TOUAT LA PASIONARIA DE MOSTA

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Samir OULD ALI Publié 19 Janvier 2021 à 22:58

© D. R.
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Pour beaucoup d’Algériens, la contestatrice Dalila Touat, condamnée lundi à 18 mois de prison ferme par le tribunal de Mostaganem, est née dans le sillage  de  la  formidable  vague  du  22  Février  2019  qui  a  permis  à de nombreuses personnes de se faire connaître par leur combat pour une Algérie démocratique fondée sur les libertés et la justice sociale. Mais, il n’en est rien. 

“C’est une femme qui a consacré tout son temps à se battre pour les droits de l’Homme, notamment celui au travail, le changement démocratique et une justice indépendante. Depuis que je la connais, et  cela  remonte  à plusieurs années, elle  n’arrête  pas  de  dénoncer  la  cherté de la vie, de combattre la ‘hogra’ et  toutes  les  espèces  d’injustice  qui  minent  le  quotidien  des Algériens.

C’est l’icône de la contestation à Mostaganem”, rectifie Me Farid Khemisti, avocat qui a eu à accompagner la  jeune  femme  au  cours  de  tous  ses déboires judiciaires. À commencer par son interpellation en avril 2011 pour un supposé attroupement alors qu’elle ne faisait que distribuer des tracts sur le droit au travail.

Car, en chômage malgré un mastère en physique en poche, Dalila Touat était tout naturellement devenue  la  porte-parole  d’une  association  de  défense des droits des chômeurs. Association qui regroupait de nombreux diplômés universitaires incapables de trouver un poste de travail dans une ville en proie à un chômage endémique.

“Dalila n’a pas hésité une seconde à organiser des actions de contestation dont la distribution des tracts devant la Grande-Poste de Mostaganem qui lui a valu sa première comparution  devant  la  justice”, poursuit  Farid  Khemisti.

Après 24 heures de garde à vue au commissariat, la jeune femme est présentée  devant  le  procureur  de  la  République  près  le  tribunal correctionnel qui la remet en liberté en attendant un procès qui a attiré de nombreux avocats venus défendre la porte-parole des chômeurs.

Ce 28 avril, des militants des droits de l’Homme venus de nombreuses wilayas d’Algérie, des représentants d’associations, des mouvements de jeunes, des délégués de partis politiques se sont rassemblés devant le tribunal de Mostaganem pour exiger  la  libération  de  la  jeune  femme.

“Le tribunal qui avait bien vu qu’aucune charge ne pouvait être retenue contre elle, a prononcé la relaxe”, se souvient notre interlocuteur qui a plaidé la cause de Dalila Touat avec de  nombreux  autres  avocats  de renom tels que Me  Nouredine Benissad  ou  encore  Me  Mustapha  Bouchachi.

L’arbitraire infligé à la militante des droits de l’Homme a également eu un écho international puisque le rapporteur spécial du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies pour la promotion et la défense des libertés d’opinion et d’expression, Franck La Rue, avait évoqué son cas au cours d’une rencontre avec des membres de la  CNCD  d’Oran  en  avril  2011.

Si les autorités judiciaires de l’époque avaient tenté  d’intimider  la  jeune femme, ils en ont eu pour leurs frais car Dalila Touat n’a jamais arrêté de militer pour ses convictions.

Fougueuse, n’ayant pas la langue dans sa poche, elle a participé et/ou animé de nombreuses rencontres sur les droits de l’Homme. “Je me rappelle une femme très volontaire qui n’avait pas peur d’exprimer ses opinions”, se souvient Abdennasser Boukhari, lui aussi militant de la démocratie à Oran qui a eu à croiser l’insoumise de Mostaganem.  

Avec le Hirak et les possibilités de lutte offertes  par  les réseaux sociaux, la notoriété de Dalila Touat — qui, entre-temps, avait réussi à trouver un poste d'enseignante dans un lycée de Mostaganem — a pris une autre ampleur, ce qui explique ses récents déboires judiciaires.

Ayant été de toutes les marches et  de  toutes  les  manifestations du “Hirak béni” (selon le mot d’Abdelmadjid Tebboune), c'est tout naturellement que les autorités judiciaires de Mostaganem se sont de nouveau intéressées à son cas.

D’ailleurs les autorités de tout le pays ont “foncé” sur les activistes les plus en vue profitant de l'interruption du Hirak pour les raisons sanitaires que l'on sait. Dalila Touat a d'abord été jugée en novembre pour tentative  de  perturbation de l'élection présidentielle  du 12  décembre  2019 et écopé  de  deux  ans de prison ferme sans mandat de dépôt.

Quelques semaines  plus  tard, soit  le 3 janvier 2020, elle  est  placée sous mandat de dépôt pour être jugée et condamnée à 18 mois  de  prison ferme.

Un verdict qui a scandalisé les Algériens, d'ici et d'ailleurs — si l’on se fie aux nombreux commentaires sur les  réseaux  sociaux —, ainsi  que  le milieu des avocats, des défenseurs des  droits humains, et en provoquant des réactions de stupéfaction dans le milieu politique.

Ainsi, Mohcine Belabbas a dénoncé une énième instrumentalisation de la justice. “(…) plus que par le passé, transformée (la justice) en instrument au service exclusif du régime et surtout des hommes forts du moment pour réprimer toute forme d’opposition”, s’est-il insurgé  dans  un  post  lundi à l’énoncé du verdict prononcé contre la jeune femme.

Alors que la défense s'apprête à faire appel du  lourd  verdict  infligé  à  la quadragénaire, beaucoup s'inquiètent du sort qui attend la vieille mère de Dalila Touat, de surcroît malade, qui vient  de  perdre  le  seul  soutien sur lequel elle pouvait s'appuyer. La vidéo diffusée sur les réseaux sociaux après l'énoncé du verdict donne la mesure du désespoir qui habite la vieille mère...
 

Par : S. OULD ALI

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