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Déchaînement de haine contre la kabylie

Dangereux amalgame

© Billel Zehani/Liberté

Occupée à panser ses blessures, la région, lourdement touchée par le sinistre, fait l’objet d’attaques haineuses par des apprentis sorciers qui surfent sur le drame de Djamel Bensmaïl.

La situation actuelle en Algérie doit convoquer toutes les différentes sensibilités du pays pour essayer de tirer le meilleur des Algériens en ces moments de grand doute. Ce qui s’est passé dans une commune de la wilaya de Tizi Ouzou ne doit, en aucune façon, être considéré comme la responsabilité directe ou indirecte d’une région gravement pénalisée par des feux de forêt meurtriers. Le bilan officiel, sans cesse revu à la hausse, témoigne du lourd tribut qu’a payé la Kabylie livrée à elle-même pendant plusieurs heures avant que le pouvoir central n’intervienne.

Pourtant, et si de l’avis général, les événements de Larbâa Nath Iraten restent circonscrits à un mouvement de foule hystérique, un phénomène plus grave et sournois est en train de s’installer à travers des profils anonymes qui se déchaînent sur les réseaux sociaux appelant à la vengeance et en stigmatisant l’ensemble d’une population doublement meurtrie. Ce déferlement de haine, parfois à visage découvert, s’inscrit dans une logique de surenchère populiste, régionaliste et savamment orchestrée par certaines officines en vue de provoquer une cassure entre les fils d’une même nation.

Face à cette ligne d’attaque, des citoyens et des collectifs invitent à la raison, à la retenue par le biais de ces mêmes réseaux, appelant à l’union sacrée. Une réponse, somme toute symbolique, donnée aux tenants d’un lexique belliqueux par le truchement d’initiatives citoyennes à l’image du projet “#zéro-raciste” lancé à partir d’Oran. Les exemples de contrepoids à ces manœuvres de déstabilisation fleurissent un peu partout comme l’explique Mohamed El-Morro, figure politique et sportive d’Oran, qui cite les publications des habitants de Derb, quartier populaire emblématique de la ville, qui rappellent les liens indéfectibles entre enfants d’un même pays.

“Heureusement qu’il y a des gens sages dans ce pays qu’ils soient au pouvoir ou pas pour appeler à la raison”, indique-t-il, tout en affirmant que cette démarche “est ce qui prime dans toute cette cacophonie”. Évoquant le comportement de la foule, un élément fondamental déjà expliqué par Gustave Le Bon en 1895 dans sa psychologie des foules, il précise que d’un point de vue sociologique, “tout ce qui a été généré par la foule en tant que tel, si on isole les éléments, on réduira l’acte à ces quelques éléments qui n’ont rien à voir ni avec les Kabyles ni avec les Arabes”. Mohamed El-Morro accuse une manipulation “qui est tombée au bon moment”, pointant du doigt “une grosse responsabilité de certains médias”.

Un coupable également désigné par Hakim Bendaha, chercheur en sociologie politique, qui estime que “la mémoire collective récente et plus ancienne n’est pas faite que de conflits et de haine qui ont été en revanche développés et encouragés par les médias”. S’il fallait retenir une chose de ce qui est arrivé, il plaide pour “les bonnes choses” expliquant qu’“il existe des populations à Tizi Ouzou, à Relizane, à Tamanrasset ou à Aïn Témouchent qui n’ont rien à voir avec ces conflits. Elles ont à voir avec les grandes catégories historiques : celles du vivre ensemble en paix”. Il s’interroge aussi sur les raisons qui poussent les gens à vouloir éluder cette vérité “juste pour faire plaisir aux ambitions personnelles qui cherchent le pouvoir à n’importe quel prix”.

Hakim Bendaha pense qu’il est temps de revoir cette culture de l’auto-enfermement dans des bulles idéologiques, de repenser le projet culturel et médiatique national prophétisant qu’“on ne peut pas rester comme ça”. Un raisonnement partagé par Mohamed El-Morro qui ajoute qu’“il faut être intelligent pour tirer le meilleur des derniers événements et mettre les choses à plat”. Pour lui, “quand on enlève les brebis galeuses qui véhiculent des messages de haine et de division, il reste une trame de fond qui appelle à la raison” en assurant que “l’Algérie s’en sortira plus forte”.

Pour Adda Guecioueur, docteur en économie, “c’est toute l’Algérie qui est meurtrie. La Kabylie fait partie de l’Algérie et l’Algérie fait partie de la Kabylie”, considérant qu’on ne peut stigmatiser une région. Il estime aussi que ces événements sont le “premier test réel pour le président de la République” l’exhortant à gérer cette situation “en protégeant la Kabylie et en sauvant l’Algérie”. Que retenir à la fin ? La mobilisation citoyenne n’a pas faibli et les collectes et l’acheminement des dons se poursuivent dans tout le pays pour venir en aide aux régions sinistrées quelles qu’elles soient.

 


SAïD OUSSAD


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