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NATIONALISATION DE SOCIÉTÉS APPARTENANT À HADDAD ET AUX KOUNINEF

Des entreprises à la dérive

© D. R.

Sans une relance de la commande publique, des entreprises, telles que KouGC et l’ETRHB, ont peu de chances de retrouver le chemin de la performance.  

Alors que le gouvernement fait montre de sa volonté de faire aboutir la restructuration du secteur public marchand et l’ouverture du capital des entreprises publiques, l’État en surprend plus d’un et décide de reprendre à fonds perdus des entreprises privées dont les patrons font l’objet de poursuites judiciaires.

Pour légitimer son action, l’Exécutif agite tantôt le spectre d’une perte d’emplois par milliers, tantôt l’impératif de rentabiliser les prêts bancaires accordés à ces entreprises. 

En plus des perfusions financières permanentes administrées aux entreprises publiques, l’État affirme vouloir donner un nouveau cap à l’héritage encombrant des Haddad, Kouninef et autres. Les entreprises ETRHB, Nutris et Cogral ont ainsi changé de propriétaire pour être désormais dans le giron de l’État.

Ce plan était sur les tablettes de l’Exécutif peu avant le prononcé des peines définitives infligées aux propriétaires de ces entreprises ; l’administrateur judiciaire de l’ETRHB annonçant aussitôt la nationalisation du groupe d’Ali Haddad. Suivra la reprise de Nutris, spécialisée dans la trituration des graines oléagineuses, et de Cogral, toutes appartenant aux frères Kouninef.

Outre l’objectif de préserver les emplois, l’État se fixe le but de rentabiliser les dettes contractées par ces entreprises, importantes de surcroît, aussi bien en amont qu’en aval, sous formes de crédits d’investissement et d’exploitation. 

Cette reprise soulève, néanmoins, moult questionnements sur la viabilité économique de ces entreprises, sur leurs passifs au niveau des banques, ainsi que sur la perspective que l’État compte leur offrir au moment où nombre d’entre elles peinent à sortir la tête de l’eau.

Dans la reprise de ces entreprises par l’État, Farouk Nemouchi, analyste financier, y voit une “contradiction” avec la politique de privatisation via la Bourse, voire “une nationalisation qui est davantage déterminée par une logique sociale qu'économique”. 

De l’avis de cet économiste  contacté par Liberté, “le coût de cette opération est élevé car l'État doit assainir ces entreprises dont certaines sont endettées vis-à-vis des banques. Le rachat des créances détenues par les banques sur ces entreprises par le Trésor impacte le budget de l'État qui connaît déjà un fort déficit”.

Un pas en avant, deux en arrière
En somme, l’Exécutif reproduit des pratiques qui ne tiennent pas compte du coût d'opportunité concernant la reprise d'entreprises privées. C’est un imbroglio dont il faut sortir en envisageant “une politique de restructuration industrielle qui doit s'inscrire dans un cadre plus global, celui des réformes structurelles”, suggère Farouk Nemouchi.

Du point de vue pratique, même si aucune option n’a encore émergé quant à la gestion des passifs bancaires de ces entreprises, bien que l’idée de leur rachat par le Trésor se précise, “le groupe Madar tente de parachever les travaux de construction de Nutris et renégocier les contrats avec les anciens prestataires”, alors que le groupe public Agrodiv, nouveau propriétaire de Cogral, “s’affaire à remettre les machines en rodage, afin de pouvoir redémarrer la production”, apprend-on d’une source très au fait du dossier. 

Les autres entreprises des frères Kouninef continuent, quant à elles, à se démener dans le flou total, faute de perspectives, même si, à en croire notre source, KouGC négocie actuellement avec des entreprises publiques du secteur de l’hydraulique pour son éventuelle reprise.

Les choses se sont corsées davantage au niveau du groupe ETRHB, puisque “tous les contrats de réalisation ont été résiliés et l’entreprise ne dispose plus que d’un seul compte bancaire qui sert à faire transiter l’argent destiné à payer les salaires”, nous confie une source syndicale de l’entreprise, soulignant que contrairement aux engagements pris à l’annonce de la nationalisation du groupe, “les salaires sont versés au compte-goutte et les travailleurs en fin de contrat sont renvoyés systématiquement”. 

Sur le projet de restructuration annoncé par l’administrateur judiciaire, notre source affirme que le groupe s’enfonce dans le brouillard et toutes les demandes d’entrevue adressées par le syndicat à l’attention de la direction finissent sans lendemain. 

En tout cas, sans une relance significative de la commande publique, des groupes, à l’instar de KouGC et de l’ETRHB, très dépendants de l’investissement budgétaire de l’État, ont peu de chances de se voir remis sur le chemin de la performance.  
 

Ali TITOUCHE

 


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