L’Actualité Déroulement de la campagne de vaccination

Entre nécessité et méfiance

  • Placeholder

Nissa HAMMADI Publié 04 Mai 2021 à 23:20

© Yahia Magha/Liberté
© Yahia Magha/Liberté

Beaucoup de citoyens  éligibles  à  l’injection  retardent  l’échéance, préférant attendre d’y voir plus clair quant à l’efficacité des vaccins. Mais  d’autres  estiment   que  devant  le  risque  que  représente  la maladie, ils n’ont  d’autre  choix  que  de  se  faire  vacciner  le  plus rapidement possible. Témoignages.

En ce matin du mardi 27 avril, moins d’une dizaine de personnes se sont présentées au niveau de  l’établissement  public  de  santé  de  proximité (EPSP) de Notre-Dame d’Afrique pour recevoir leur première dose du vaccin le plus boudé dans le monde.

En Algérie, le vaccin AstraZeneca subit à la fois une certaine méfiance de la population et une limitation aux personnes âgées de plus de 55 ans, au risque de se retrouver avec des doses inexploitées. Beaucoup d’Algériens éligibles à l’injection retardent l’échéance, préférant en attendre un autre. Seuls les plus vulnérables et pressés d’être protégés acceptent volontiers l’AstraZeneca.

Entre le risque de contracter le coronavirus, s’exposer à une hospitalisation en soins intensifs et se faire injecter le sérum d’AstraZeneca, associé souvent à la formation de caillots sanguins, un effet secondaire pourtant rare selon les spécialistes, le choix a été vite fait par cette septuagénaire.

“Je suis venue en compagnie de mon mari. Quand on nous a appelés, on n’a pas hésité un instant”, nous confie-t-elle. Son époux renchérit : “Espérons que le vaccin sera efficace car il y a beaucoup de nos proches qui sont réticents. Ils attendent de voir si on ne développe pas des effets secondaires.”

Zahia, 68 ans, femme au foyer, souffre de troubles de la thyroïde et d’une pathologie cardiaque.Elle a rendez-vous la semaine prochaine. Contrairement à son entourage, elle est déterminée à se faire vacciner. “C’est le seul moyen de réduire les risques de complications en cas de contamination.”

Elle se pose néanmoins beaucoup de questions : “Dois-je être accompagnée le  jour  de  la  vaccination, prendre  les  transports  publics, m’occuper normalement de ma maison et mes enfants ou devrais-je rester alitée ? On ne nous donne pas ces informations quand on nous fixe rendez-vous.”

Début avril, le  pays  a  réceptionné 900 000 doses  du  vaccin  anglo-suédois dans le cadre du dispositif Covax. Cette livraison devait permettre de relancer la campagne de vaccination lancée le 30 janvier dernier. La vaccination avec ce sérum est ouverte à tous, à  partir  de 55 ans.  Mais  les  centres sanitaires déclinent des créneaux qui ne trouvent  pas  toujours  preneurs. “J’appelle les gens qui se sont inscrits sur la plateforme numérique du ministère de la Santé ou au niveau des polycliniques pour leur proposer un rendez-vous.

Quand je leur dis qu’il s’agit de l’AstraZeneca, certains refusent”, soutient le médecin-chef de l’établissement sanitaire de proximité de Notre-Dame d’Afrique. “Pourtant, précise-t-elle, depuis qu’on a commencé à vacciner avec l’AstraZeneca, nous n’avons enregistré aucune complication.” 

Dans la plupart  des  centres  sanitaires d’Alger, c’est  le  même constat : la vaccination peine à décoller. “Au début, on avait noté une réticence envers tous les types de vaccins : Sputnik V, Pfizer/Biontech, le chinois Sinopharm, ainsi que l’AstraZeneca. Puis soudainement, il y a eu une très grande demande sur le Sputnik.

Actuellement, on vaccine seulement avec l’AstraZeneca pour les plus de 55 ans. Il y a peu de postulants. On n’a  pas eu  de  soucis particuliers avec ce vaccin, mais les gens sont connectés maintenant et suivent ce qui se passe ailleurs”, relate  docteur  Daoud  Boudiba, médecin  coordinateur  des établissements de proximité de Bab El-Oued.

Les six points de vaccination de cette localité disposent, selon lui, chacun de 10 doses de vaccins par jour, en attendant que la campagne de vaccination se dynamise avec  la  réception  dans une dizaine de jours d’un lot de Spoutnik. Même avec  ce  nombre  réduit, les  volontaires  ne  se  bousculent  pas  au portillon. “On enregistre chaque jour  deux  à quatre  refus sur dix personnes contactées pour une vaccination avec l’AstraZeneca.”

Le vaccin AstraZeneca  se  conserve  six  heures  à  température  ambiante et quarante-huit heures après  ouverture entre 2 et 8 degrés.  Il  est  conseillé de planifier minutieusement les rendez-vous du jour, puisqu’un flacon contient dix doses qu’il faut utiliser impérativement dans ces délais.

Cette  réticence  des  Algériens  vis-à-vis  du  sérum  anglo-suédois  va-t-elle ralentir davantage la campagne de vaccination avec le risque de se retrouver avec des lots inutilisés, périmés ? En tout  cas, au  rythme  actuel, l’immunité collective ne sera pas atteinte avant  plusieurs  mois  et peut-être même pas avant 2022.

Pour Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens  de la santé publique, “la polémique chez nous a commencé avant  même  l’entame de la campagne de vaccination, du fait de l’accès à l’information et les échanges via l’outil informatique, les réseaux sociaux et les médias. Il subsiste des réticences par rapport à l’acte vaccinal, même chez les professionnels de la santé, et ça concerne tous les types de vaccins proposés par les structures sanitaires, bien que beaucoup se sont fait vacciner ou se sont inscrits en attendant de pouvoir le faire”.

Pourtant, insiste-t-il, “la plupart des pays européens, notamment ceux qui avaient suspendu l’utilisation de l’AstraZeneca suite aux cas  d’accidents thrombo-emboliques signalés, ont décidé de reprendre l’utilisation de ce vaccin après les conclusions des comités d’experts dans ces pays et l’aval donné par la haute autorité de santé européenne et l’OMS”.

Lyès Merabet pense que le déroulement de la campagne de vaccination est plutôt entravé par l’insuffisance des quantités de vaccins distribuées à ce jour. “Il est toutefois difficile  de  faire  une  évaluation  objective  en  l’absence de chiffres  et  de  données  statistiques  officiellement  communiqués  par  le ministère de la Santé, mais le constat  sur  le  terrain  fait  état  d’un  retard considérable par rapport à l’objectif de vacciner pas moins de 60 à 70% de la population.

Alors que depuis le mois de janvier, on est  à  peine  sur  350 000  personnes (deux doses/personne). Une situation qui a fait réagir le chef de l’État lors de sa dernière réunion avec le  comité d’experts  et  au  cours  de  laquelle, des instructions fermes ont été données pour accélérer la cadence de vaccination, y compris avec la fabrication du Sputnik V localement.”

Cette méfiance envers AstraZeneca, le pneumologue Nourredine Zidouni l’a notée  tous  les  jours  dans  le  cadre  de  ses  contacts  avec  les  malades. “Effectivement, en  Algérie, cette  réticence  à  se  faire  vacciner  par l’AstraZeneca a été largement constatée.

Pour pallier cette réticence, une très large campagne de sensibilisation doit être menée par les autorités sanitaires en utilisant divers médias en faveur du bénéfice  apporté  par  le  vaccin  AstraZeneca  qui  permet  de  réduire  la transmission du virus et d’éviter  les  formes  sévères  pouvant  conduire au décès.”

Et d’expliquer : “Le vaccin AstraZeneca est un vaccin à vecteur viral. Il a suscité et continue de susciter une polémique dans de nombreux pays, à cause du phénomène de thromboses (formation de caillots) survenus chez des sujets jeunes et d’âge moyen. C’est pourquoi la recommandation générale admise est de proposer ce vaccin aux personnes âgées de plus de 55 ans.”

Cependant, ces accidents, argumente-t-il, “sont très  rares”. “D’après  les dernières données rendues publiques, ces accidents surviendraient chez un cas sur deux cent cinquante  mille  personnes  vaccinées.  L’exemple de la campagne de vaccination menée en  Grande-Bretagne  par  ce vaccin chez plusieurs millions de personnes a montré  son innocuité, car il n’a pas été souligné de complications majeures”, assure-t-il. 

 

Nissa H.

  • Editorial Un air de "LIBERTÉ" s’en va

    Aujourd’hui, vous avez entre les mains le numéro 9050 de votre quotidien Liberté. C’est, malheureusement, le dernier. Après trente ans, Liberté disparaît du paysage médiatique algérien. Des milliers de foyers en seront privés, ainsi que les institutions dont les responsables avouent commencer la lecture par notre titre pour une simple raison ; c’est qu’il est différent des autres.

    • Placeholder

    Abrous OUTOUDERT Publié 14 Avril 2022 à 12:00

  • Chroniques DROIT DE REGARD Trajectoire d’un chroniqueur en… Liberté

    Pour cette édition de clôture, il m’a été demandé de revenir sur ma carrière de chroniqueur dans ce quotidien.

    • Placeholder

    Mustapha HAMMOUCHE Publié 14 Avril 2022 à 12:00