Dix mois déjà depuis que le journaliste Khaled Drareni est incarcéré à la maison d’arrêt de Koléa.
Fondateur du site d'information en ligne Casbah Tribune et correspondant de la chaîne TV5 Monde, Khaled, pour rappel, a été condamné à deux ans de prison ferme pour “incitation à attroupement” et “atteinte à l'unité nationale”. Rien, pour le moment, n’indique qu’il y aurait un geste d’apaisement à son égard, malgré les nombreux appels et la mobilisation suscités autour de son incarcération jugée “arbitraire”.
Son collectif d’avocats, qui a introduit un pourvoi en cassation, est toujours en attente d’une réponse qui tarde à venir. En attendant, des informations contradictoires circulent à propos de son état de santé et des conditions de son emprisonnement qui, selon Ramdane Taâzibt, cadre du PT, sont “intenables” et “inacceptables” : “Khaled Drareni est affaibli par plus de 300 jours d'incarcération absolument arbitraire, il a énormément perdu de poids.
Sa santé est pour le moins fragilisée. Il n'a pas reçu de vêtements chauds en temps réglementaire comme tous les détenus”, a-t-il confié, et dénonce sur sa page Facebook : “Khaled Drareni une victime d'une politique répressive aveugle.” Contacté hier par nos soins, Taâzibt persiste et signe : “Tout ce qu’il a publié est la pure vérité qu’il détient de la bouche même de personnes de l’intérieur de la prison et de ceux qui ont vu Khaled Drareni récemment.”
Taâzibt souligne que “rien ne peut justifier l'acharnement à briser des jeunes, des familles. Quel message renvoie-t-on à la jeunesse algérienne en jetant un jeune journaliste brillant, compétent, mrabi, fils de moudjahid, neveu de chahid en prison”. Il s’interroge, aussi, sur “tant d’injustice” qui “affecte Khaled, sa famille, celles de tous les détenus politiques et d'opinion, celles infligées à leurs proches amis collègues... ? Aucun détenu politique ou d'opinion ne doit rester en prison”.
Taâzibt ne manquera pas de faire remarquer qu’“il ne cherche pas la contradiction avec les avocats de Khaled Drareni ni à remettre en question ce qu’ils déclarent”. Il pose ainsi la question de savoir “s’il faut garder le silence sur ces conditions d’emprisonnement pour X raisons ou doit-on agir ?”. Le militant PT reste, toutefois, convaincu des efforts des avocats dont il salue le travail remarquable. Il se trouve que le collectif d’avocat de Khaled Drareni a un tout autre avis sur la question. C’est du moins le cas de Me Zoubida Assoul qui ne partage pas du tout ces informations jusqu’à les infirmer.
Contacté hier, l’avocate explique : “Les conditions dans lesquelles se trouve Khaled Drareni sont ce qu’elles sont et c’est normal. Il est en prison et non dans un hôtel 5 étoiles. Mais de là à dire qu’il subit un traitement inacceptable, je ne suis pas d’accord.” Elle poursuit : “Certes, je fais partie de son collectif d’avocats et je ne fais que répéter ce qu’il veut bien m’apprendre, mais je doute fort qu’il en soit autrement.”
Zoubida Assoul, dont la dernière visite à son client remonte à deux semaines, s’obstine à répéter : “Khaled ne s’est jamais plaint de mauvais traitements. Il a toujours dit que les agents de l’établissement pénitentiaire ont de la considération pour lui. Il a, certes, maigri, mais lorsqu’on est privé de sa liberté, il est normal qu’on en pâtisse, mais Khaled n’est pas dans une démarche alarmante.”
Nabila Saïdoun