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ELLE JUGE DRACONIENNES LES CONDITIONS DE VOYAGE VERS L’ALGÉRIE

La diaspora déroutée

© D. R.

Après le soulagement de l’annonce de la réouverture des frontières, 
les  Algériens établis à  l’étranger sont  douchés par  les conditions imposées pour leurs retour au pays. Beaucoup ont décidé d’annuler leurs voyage.

Une  semaine  après  la  décision  du  Conseil  des  ministres  de  rouvrir partiellement les frontières, c’est la douche froide. En France, les Algériens ont appris avec stupeur le contenu du programme des vols, validé lundi dernier par le chef du gouvernement, Abdelaziz Djerad, et les conditions sanitaires draconiennes et coûteuses prévues pour les voyageurs en venant de l’étranger.

“Ils auraient dû garder les frontières fermées. Ça au moins, c’était clair”, dénonce Ryad, étudiant à Paris et membre de l’Union des étudiants algériens de France (UEAF). Comme beaucoup de compatriotes établis dans l’Hexagone, il espérait pouvoir retourner en Algérie cet été.

“J’ai appelé mes parents hier au téléphone pour les informer que, finalement, je ne viendrai pas. À quoi bon les bercer d’illusions ? Je n’ai ni les connaissances ni les moyens qui me permettront de verser une chippa pour avoir un billet”, confie-t-il, très déprimé. 

Sur les réseaux sociaux, beaucoup d’expatriés dénoncent l’organisation d’une loterie et crient à l’arnaque. “Ils avaient annoncé six vols quotidiens. Il n’y en a finalement que cinq. Trois seulement depuis la France où vivent des millions d’Algériens”, commente, avec colère, Nessma, une des administratrices du groupe Facebook des Algériens bloqués dans le monde.

Depuis le communiqué du gouvernement, elle multiplie les posts pour demander aux Algériens de la région parisienne de rejoindre nombreux un rassemblement prévu samedi prochain devant l’ambassade d’Algérie à Paris. 

“Nous devons faire entendre notre voix et nous montrer solidaires. Y en a marre de la hogra”, préconise l’Algérienne. Comme Nessma, d’autres compatriotes pensent qu’il faut engager des actions de protestation fortes. Certains appellent au boycott d’Air Algérie, seule compagnie homologuée pour effectuer les vols annoncés.

“Air Algérie dit qu’elle n’a pas encore de plans de vols, alors qu’elle n’a jamais suspendu les réservations sur son site internet. Depuis l’annonce de l’ouverture des frontières, les prix ont flambé. J’ai même trouvé un billet aller-retour à 1 700 euros”, s’indigne Djamel, cadre associatif. L’Algérien accuse la compagnie aérienne nationale de vouloir renflouer ses caisses en exploitant la détresse de clients prêts à tout pour retourner en Algérie. 

“Elle profite de la situation pour afficher des prix indécents”, fait-il remarquer. Avec le nombre restreint de vols depuis la France, même les voyageurs qui avaient acquis des billets l’année dernière, avant le début de la pandémie, ne sont plus sûrs de partir. Certaines sources évoquent 500 000 personnes concernées. Nabila, qui devait se rendre en Algérie en juin 2020, s’interroge sur le sort qui sera réservé à son billet. “Il est impossible de modifier la réservation sur internet.

Au téléphone, personne ne répond”, confie la jeune femme. Son mari de toute façon a déjà renoncé à faire le voyage. “Il est tombé des nues en apprenant que tous les voyageurs seront soumis à une quarantaine obligatoire de cinq jours à leurs frais et payable à l’avance avant l’embarquement”, dit-elle. “C’est de cette façon-là que Tebboune veut récupérer l’argent volé et détenu à l’étranger ?” ironise, de son côté, Mustapha. 

Sur Facebook, le père de famille a publié la capture d’écran d’une réservation d’hôtel à Alger pour toute la durée de la quarantaine : 708 euros pour deux chambres au Mazafran (sur la côte ouest d’Alger) entre le 18 et le 23 juillet. “À ce prix, plus celui des billets et des tests, je préfère renoncer au voyage, quitte à ne pas revoir ma mère et à ne pas me recueillir sur la tombe de mon père qui vient de décéder”, dit Djamel, résigné. 

Très en colère, Nessma, de son côté, évoque le désespoir des plus démunis, des vieux retraités coupés de leurs familles depuis plus d’une année et qui n’ont pas les moyens de régler les frais inutiles d’un voyage en Algérie.

“À quoi servira une quarantaine lorsqu’on est négatif à la Covid ? Pourquoi demander aux voyageurs de refaire des tests à l’arrivée ? Tout cela est absurde”, souligne la jeune femme, qui dénonce le mépris exprimé par les autorités algériennes en direction des expatriés. “Nous continuons à être malmenés alors que nous sommes des citoyens algériens à part entière”, observe-t-elle, triste.
 

Samia LOKMANE-KHELIL

 


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