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Les aveux d’Ouyahia provoquent une onde de choc

La “République” informelle

© Archives Liberté

L’aveu  lâché  par  Ahmed  Ouyahia  n’est  en  réalité  qu’un  bout  de l’étendue  d’une  dérive  mafieuse  de la caste qui a gouverné le pays durant des décennies. Choqués, les Algériens  sont  en  droit de tout savoir sur le mal infligé au pays.

Parce qu’elle sortait de la bouche d’un responsable qui prêchait la probité et la rigueur, qu’on présentait comme un grand commis de l’État et auquel on prédisait même un destin national, que la révélation n’a pas manqué de provoquer une espèce d’onde de choc chez nombre d’Algériens, Ahmed Ouyahia, énarque, qui a longtemps arpenté les arcanes du pouvoir, qui finit par avouer devant le juge avoir reçu des lingots d’or d’émirs du Golfe qui viennent chasser l’outarde en Algérie.

“J’ai reçu ces lingots d’or d’émirs du Golfe qui viennent chasser en Algérie, comme tous les responsables. Je les ai proposés à la Banque d’Algérie qui a refusé  de  les  prendre.  Je  les  ai  alors  vendus  au  marché  noir  pour 350 millions de dinars”, a lâché Ouyahia par visioconférence, depuis son lieu de détention  à  Abadla,  devant  une  assistance  qui,  selon  les  comptes rendus de  presse, était  incrédule.

Par  cette  révélation, Ahmed  Ouyahia  tentait  de  justifier  l’origine  des 30 milliards de centimes retrouvés  sur ses  comptes  bancaires. Mais pis encore, l’ancien  Premier  ministre  soutient  que  la  chasse  à  l’outarde,  dénoncée à l’époque par certains journaux privés et des citoyens de la région d’El-Bayadh, lieu  de  prédilection  de  ces  braconniers  venus  de  la  lointaine  Arabie — particulièrement au courant des années 2000 —, mais  qui  n’a  pas  eu   d’écho  auprès  des  autorités  officielles,  était  organisée  par  la  présidence   de la République.

Rien que ça ! On savait que le président déchu, Abdelaziz Bouteflika, était un ami de certains monarques du Golfe dont il voulait même, semble-t-il, imiter le choix du modèle de développement, mais nous ne savions pas que la chasse à l’outarde, une espèce protégée, était alors autorisée par le haut sommet de l’État en contrepartie de présents en… or.

On pensait aussi avoir “atteint  le  fond”   avec  les scandales de “Khalifa”, l’“autoroute Est-Ouest”, “Sonatrach” et bien d’autres encore de moindre envergure qui ont éclaboussé  certains  responsables, mais  avec  cette révélation d’Ouyahia, on “creuse”, pour paraphraser le comédien Mohamed Fellag. Et qu’il ne s’agit probablement que de la partie émergée de l’iceberg.

Mais au-delà des objectifs (politiques ?) recherchés par Ouyahia dont on sait bien qu’il doit être au parfum d’autres secrets, — ayant été chef de cabinet à la Présidence, mais aussi plusieurs fois chef de gouvernement et Premier ministre —, sa bombe lâchée devant le juge nous renseigne désormais sur la manière dont étaient gérées les affaires publiques par certains segments sous le règne de Bouteflika.

Une gestion qui ne s’encombre ni de morale ni de règles éthiques, encore moins  de  transparence,  et  qui  a  certainement  contribué  à  entacher grandement  et  gravement  les  institutions  de  la  République  avec  les résultats qu’on connaît aujourd’hui sur tous les plans et à tous les échelons.

Le plus spectaculaire est que la pratique contrastait avec tous les discours servis alors sur la volonté de l’État  à lutter  contre  l’informel, les pratiques frauduleuses et contre la corruption.

Que valaient, par exemple, les accusations formulées contre l’opposition ou des activistes d’être “financés” par l’étranger lorsque l’on découvre aujourd’hui que des responsables percevaient de l’or en entourant des braconniers de tous les égards ? Loin d’avoir livré tous ses secrets, le terrible aveu d’Ouyahia montre, si besoin est, qu’il n’y a point d’autorité sans morale.

Il  conforte  davantage  le Hirak  populaire  qui  ne  manquait  pas  durant les manifestations d’accuser certains responsables d’“avoir pillé le pays”. Sans la reconstruction  d’institutions  légitimes,  sans  justice  indépendante,  le rétablissement de la confiance risque de  se  révéler  comme  un  chantier fort laborieux.   
 

Karim KEBIR


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