L’Actualité L’étude réalisée par le cread révèle l’explosion du phénomène de la migration

La saignée !

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Meziane RABHI Publié 28 Août 2021 à 10:43

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La fermeture des frontières en raison de la crise sanitaire a renforcé les voies de passage clandestines donnant au phénomène de la harga une ampleur inquiétante comme le démontre l’étude menée par le sociologue Mohamed Saïb Musette (Cread), spécialiste du fait migratoire.

L’étude menée par le spécialiste du fait migratoire qui s'appuie sur une revue documentaire menée sur 20 ans de réflexion et d’enquête sur les mouvements migratoires en Algérie et dans la région du Maghreb montre la tendance croissante du phénomène. Mohamed Saïb Musette a relevé un nombre record “de traversées” entre l’Algérie et l’Espagne. Il observe trois pics dans la dynamique migratoire entre janvier 2020 et juin 2021. 

Le premier est en septembre 2020, et les deux autres en 2021. Les données compilées de Frontex indiquent près de 13 000 tentatives déjouées par les gardes-côtes des pays de la rive nord, la plupart durant le deuxième semestre. Cette année, de janvier à juin, le volume de tentatives a augmenté de 37% par rapport à la même période en 2020. Pour leur part, les gardes-côtes algériens affirment avoir intercepté 8 184 harraga algériens et démantelé 190 réseaux de passeurs en 2020. 

Au total, en 2020, plus de 20 000 tentatives de migration illégale par voie maritime ont été avortées. “On ne connaît pas le nombre de harraga qui ont pu arriver sains et saufs, ni encore le nombre réel de morts ou de disparus durant la traversée de la Méditerranée”, indique Mohamed Saïb Musette. Se basant sur des données algériennes fournies par le ministère des Affaires étrangères (2018), le sociologue fait état de 2,3 millions de ressortissants algériens enregistrés auprès des consulats à l'étranger, soit un taux de 0,7% de la population algérienne en 2019.

Une forte concentration est observée en Europe avec 87%, majoritairement en France. Les autres destinations sont principalement les pays arabes du Golfe ou encore d'Amérique du Nord, selon les données des Nations unies (Undesa, 2019).  “Les migrants algériens en situation irrégulière à l'étranger sont davantage identifiés en Europe. Les données de l’Eurostat font mention d’une moyenne annuelle de 18 600 Algériens en résidence illégale dans les pays de l’UE durant les dix dernières années (2008-2017), avec près de 25 000 en 2017”, note le chercheur. 

Le nombre de demandeurs d'asile algériens est assez faible 
Selon les données du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), il y avait 10 375 enregistrés en 2018 dont plus de 50% en France et en Allemagne, et dont certains attendent la reconnaissance de leur statut de réfugié. La migration estudiantine est une composante particulière des flux migratoires, indique le sociologue. “Le nombre d'Algériens étudiants à l'étranger est passé de 20 000 en 2014 à près de 30 000 en 2018 (ISU/Unesco, 2020), répartis dans plus de 40 pays, avec une concentration de 83% en France”, souligne-t-il. Les données administratives sur les titres de séjour des étrangers en Algérie ne sont pas accessibles, fait remarquer Mohamed Saïb Musette. Néanmoins, des estimations (Undesa, 2019) évaluent le nombre d'étrangers en Algérie à 249 000, soit 0,6% de la population algérienne. 

La plupart des travailleurs étrangers proviennent de Chine, tandis que les employeurs proviennent des pays voisins (Maroc et Tunisie). Une part des étrangers est composée aussi par les migrations estudiantines. Et une part importante par des réfugiés et des demandeurs d’asile ayant besoin d’une protection internationale (à savoir territoires palestiniens occupés, territoire contesté du Sahara occidental ou encore de Syrie). “La plupart de ces étrangers sont des résidents légaux en Algérie”, affirme le chercheur. 

Les migrants étrangers en situation irrégulière en Algérie, ajoute-t-il, proviennent de plus de 40 pays, selon les données des interceptions par les services de sécurité (2018). L’essentiel de ces interceptions provient de trois pays voisins (Mali, Niger et Maroc), selon les données publiées par la Gendarmerie nationale ces 5 dernières années (2012-2017).

Accélération de la migration des cadres de haut niveau
Quatre types de questions en lien avec la migration sont d’actualité en Algérie, souligne Mohamed Saïb Musette. La première concerne les migrations irrégulières dans les deux sens, soit de pays tiers vers Algérie, soit de l'Algérie à l'Europe ; la deuxième question concerne les envois de fonds des migrants vers l'Algérie ; la troisième est liée à la mobilité des compétences ; et, enfin, la quatrième concerne les réfugiés et les demandeurs d'asile. Les envois de fonds de la communauté nationale à l'étranger sont estimés à 1,1% du produit intérieur brut (PIB) en 2020 par la Banque mondiale, forcément en baisse depuis la pandémie de Covid-19.

L’essentiel des transferts est effectué par les institutions, notamment sous forme de retraites. Les transferts personnels sont insignifiants. Après plus de 10 années de baisse, Mohamed Saïb Musette observe une reprise à la hausse des transferts de fonds depuis 2014. “L’Algérie tente de substituer les transferts d’argent par l’investissement de la diaspora et l’intégration des compétences nationales à l’étranger dans le processus de développement local notamment”, note le chercheur. Évoquant la mobilité des compétences algériennes, le sociologue fait état d’une accélération de la migration des cadres de haut niveau, notamment les ingénieurs et les médecins. 

“Une étude récente indique un fort désir de migrer de la part des diplômés de l'enseignement supérieur. Un diplômé algérien sur deux affiche son intention de quitter l'Algérie”, selon Mohamed Saïb Musette. Ceux qui veulent partir sont principalement des diplômés des filières scientifiques et techniques qui ont déjà trouvé un emploi. Les résultats d'une enquête du Cread, auprès des étudiants algériens en France, font ressortir que 78% des étudiants déclarent ne pas avoir l'intention de retourner en Algérie à la fin de leurs études. 57% d'entre eux envisagent de s'installer en France, tandis que 21% se préparent à partir pour un autre pays. Seuls 22% envisagent de retourner en Algérie.

 


Meziane Rabhi

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