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Souffles

L’Algérie, entre la colonisation halal et la colonisation haram

© D.R

En campagne électorale présidentielle, les déclarations hâtives du président français, Emmanuel Macron, à propos de l’Algérie ont suscité un débat houleux sur les réseaux sociaux. Venant de tous les horizons politiques et de toutes les sensibilités idéologiques, les participants à ce débat bouillonnant sont : des universitaires, des politiques, des étudiants, des journalistes et même le citoyen lambda. Ce débat reflète le niveau intellectuel de la société algérienne. Miroir d’une psychologie purement algérienne. Il est caractérisé par l’enthousiasme, le patriotisme des années cinquante, la colère, l’insulte et le populisme. Au point que c’est difficile, dans ce débat, de distinguer une publication d’un universitaire d’une autre d’un simple citoyen. Le même bain, le même langage.

Le débat a tourné autour de deux points : la colonisation et la langue du colonisateur. 
D’après ce débat marqué par le populisme élémentaire, la nation algérienne a connu deux sortes de colonisation : une colonisation halal et une colonisation haram ! 
Dans l’imaginaire algérien construit sur une lecture faussée de l’Histoire de son pays, il existe une colonisation méchante et une autre douce ! Aux yeux de l’Algérien, la colonisation ottomane-turque de notre pays et qui a duré plus de trois siècles est une colonisation douce, sucrée comme le baqlawa ! Et que la colonisation française qui a duré presque un siècle et demi est une colonisation dure, sale comme un porc !  
Certes, et sans nuance aucune, la colonisation française est une colonisation sauvage, oppressive, violente et injuste, mais la colonisation ottomane-turque, elle aussi, était une colonisation de viol, de vol et de violence. N’oublions pas que la colonisation ottomane-turque a offert notre pays à la colonisation française sans aucune résistance et sans regret !

Nous avons mal écrit notre Histoire.  Nous avons mal enseigné notre Histoire
Dans l’imaginaire algérien, parce que la colonisation française est chrétienne, donc elle est  méchante. Et parce que la colonisation ottomane-turque est musulmane, donc elle est adorable ! De ce fait, on condamne la colonisation chrétienne et on pardonne à la colonisation musulmane. On énumère les atrocités de la première et on ferme les yeux sur les atrocités de la deuxième. Qu’importe la colonisation, elle demeure un acte barbare contre l’humanité. Qu’importe la religion du colonisateur, ce dernier demeure un violeur de la dignité du peuple colonisé. Devant les droits humains universels, toutes les colonisations sont égales.   

Et suivant cette logique illogique : il y a une colonisation avec une langue abjecte qu’il faut combattre et il y a une autre colonisation avec une langue belle et civilisationnelle. Toute langue colonisatrice essaie d’effacer la langue originale de la nation occupée.     
Dans ce débat houleux sur les réseaux sociaux, et en réponse aux déclarations du président Macron, des voix ont appelé à l’interdiction de l’enseignement du français à l’école algérienne et à le remplacer par l’anglais. D’autres ont même appelé à le remplacer par le turc ! Oubliant que l’anglais est aussi une langue du colonisateur britannique et de l’impérialisme américain ! Même si on remplace la langue d’enseignement par une autre, il faut le faire dans une vision stratégique, scientifique et bien étudiée et non pas sur un coup de crise de colère !
Face à ce débat houleux et passionné, les intellectuels critiques sont appelés à ne pas tomber dans la paresse ou dans le populisme intellectuel qui nourrit le populisme politique. 
Les intellectuels libres et critiques, des deux rives, ensemble comme à l’époque de la guerre de Libération de l’Algérie, sont appelés à œuvrer pour un avenir de liberté, de démocratie et du respect de la mémoire de la nation. En tant qu’intellectuels, nous sommes appelés à condamner clairement ces déclarations d’un chef d’État qui sèment la haine entre les deux peuples algérien et français, en niant l’Histoire d’une nation qui a enfanté Apulée de Madaure, saint Augustin de Thagaste, Juba 2, Massinissa, l’émir Abdelkader, Cheikh El-Haddad, Fathma n’Soumer, Ben Badis, El-Khaldi, Benmsayeb, Benkriyou, Si Mohand u Mhand… Nous sommes appelés aussi à faire barrage aux idées qui sèment le trouble dans notre histoire et perturbent l’avenir de nos enfants. L’Algérie est menacée, et le monde vit une ère des blocs économiques, militaires et politiques. Et ce qui est sûr, c’est que l’Algérie a besoin d’alliés forts, et qu’aucun pays ne pourra vivre seul sans l’appui d’un bloc. 

 

Par : Amin zaoui


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