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Elle procédait il y a un an à l’inauguration fictive du câble ALVAL/ORVAL

Le bidonnage d’Imane Houda Faraoun

© D.R

L’information relative à la mise en exploitation effective du câble sous-marin met à nu une véritable tromperie, orchestrée, il y a plus d'une année, par le département d’Imane Houda Faraoun, encore ministre de la Poste et des TIC à cette époque.

L’annonce faite à l'APS mardi dernier par le ministre de la Poste et des Télécommunications, Brahim Boumzar, quant à la mise en service du système de câble sous-marin en fibre optique Alval/Orval reliant l'Algérie à l'Espagne au 31 décembre, avait été précédée, il y a plus d'une année, par une inauguration fictive et en grande pompe du même système. L’information relayée par l’agence officielle de presse plus de dix jours après la mise en exploitation effective du câble Alval/Orval met à nu une véritable tromperie, orchestrée, il y a plus d'une année, par le département d’Imane Houda Faraoun, encore ministre de la Poste et des TIC à cette époque.

En effet, depuis Valence, l’ex-ministre proche du cercle restreint du chef de l’État déchu, mais néanmoins reconduite dans le gouvernement de Noureddine Bedoui et même pendant l’intérim assuré par Sabri Boukadoum, avait procédé, le 5 décembre 2019, à l’inauguration de ce même système en compagnie de l'ambassadeur d'Algérie en Espagne, Toufik Milat.

Une inauguration en grande pompe puisque, simultanément, le P-DG d'Algérie Télécom à cette époque présidait en même temps au lancement présumé de la station d'Oran au moment où des cadres de la tutelle et d’Algérie Télécom tenaient une cérémonie pour “la mise en service” de la station d'Alger. Retour sur un bidonnage instrumenté par une ministre rattrapée par les scandales de corruption. Elle qui se retrouve actuellement sous le coup d’un mandat de dépôt, et ce, depuis le 8 décembre dernier après son audition par la chambre d’accusation près la cour d’Alger pour une affaire de contrats liés aux activités des frères Kouninef, notamment la filiale Mobilink de leur groupe KouGC qui avait obtenu un accord juteux d’Algérie Télécom, pour l’installation de cabines téléphoniques publiques Horia, non sans avoir causé d’énormes préjudices financiers à l’opérateur public de téléphonie.

Officiellement, Arval/Orval est le premier système sous-marin géré à 100% par l’Algérie. Son coût serait de l’ordre de 27 millions de dollars et est à même de fournir “une totale indépendance au pays, en particulier avec la création, en 2016, d’Algérie Télécom Europe en Espagne, afin de représenter l'Algérie dans la mise en œuvre du système et son exploitation économique”. D’une capacité de 40 térabits par seconde et d’une longueur de plus de 770 kilomètres, le câble sous-marin à fibre optique Alval (Alger-Valence) et Orval (Oran-Valence) relie le réseau de communication national à partir de la station d’El-Djamila à Alger et celle d’Aïn El-Turck d'Oran, au réseau européen, au niveau de la ville de Valence.

Lancé, en mars 2015 avec la signature d’un contrat avec le groupement Alcatel Submarine Networks (ASN) et I.T International Telecom Marine SRL pour la réalisation de la liaison à fibre optique Orval, ce projet est accompagné, la même année, par la signature d’une notification d’accord par le ministère de la Poste et des TIC, autorisant Algérie Télécom à se greffer au projet Orval à travers la réalisation du projet Alval, financé sur les fonds propres d’AT. Les travaux de pose de ce câble sous-marin, l'aménagement et l’installation de tous les équipements des deux stations d’Oran et d’Alger avaient débuté en décembre 2015, pour être finalisés en juin 2018.

Curieusement, c’est à la veille de l’élection présidentielle du 12 décembre 2019 que la ministre Imane Houda Faraoun a enfin daigné annoncer avec faste la mise en service de ce projet, le 5 décembre 2019. Poudre aux yeux ou opération de com à la veille d’un rendez-vous électoral incertain dans le contexte de l’époque, Imane Houda Faraoun, qui assistait à un scénario inimaginable sous peu, celui des arrestations en cascade de hauts responsables de l’État et membres des gouvernements dont elle a fait partie depuis mai 2015, espérait vraisemblablement échapper à la justice conséquemment aux soupçons qui pesaient déjà sur la gestion de son secteur.

Au lendemain de cette fausse inauguration, le 9 décembre 2019, elle reviendra à la charge sur les ondes de la radio publique sur l’historique de ce câble et la “prouesse” de sa réception avec, déjà, 18 mois de retard. Affirmant que les travaux de réalisation des stations au niveau d’Alger et d’Oran n’ont démarré qu’à la fin 2015, elle justifiera ce retard par “la découverte” au niveau d’Algérie Télécom d’un contrat engagé avec une entreprise étrangère, “probablement de peur d’avoir à gérer un projet complexe”, pour une infrastructure sous-marine nationale réalisée avec des deniers publics.

“Autrement dit, ce câble aurait été algérien dans ses atterrissements ici, à Alger et à Oran, et étranger au niveau de Valence quoiqu’il fût quand même réalisé à 100% sur fonds publics. Ce fut donc, poursuivait-elle, une bataille administrative, juridique, organisationnelle que nous avons menée en Espagne, afin de résilier ce contrat avec une entreprise française implantée sur place et de créer un opérateur national, une branche d’Algérie Télécom en Europe qui s’est chargée de créer une station, alors que les équipements terminaux de notre câble étaient déjà chez le prestataire étranger et il fallait les déménager et les réinstaller à nouveau…”

Elle ajoutera surtout qu’“aujourd’hui, on peut se féliciter d’avoir une infrastructure 100% algérienne et gérée par notre opérateur, et nous avons gagné, en plus d’un câble, une station qui pourrait faire atterrir des dizaines d’autres câbles, c’est-à-dire que nous pouvons désormais prester d’autres opérateurs qui disposeraient de leurs propres câbles, mais également, nous disposons d’un opérateur de droit espagnol qui pourrait prester en Europe”. Ce qu’Imane Houda Faraoun ne dira pas, ce sont ses affabulations autour de ce projet qui était loin d’être fonctionnel.

C’est ce que tente, d’ailleurs, de justifier l’annonce de sa mise en service rendue publique avant-hier. “Ce système, qui devait être lancé en décembre 2019, n'a été mis en service que le 31 décembre 2020 à cause de contraintes d'ordres financier, juridique, administratif et technique”, lit-on dans la dépêche de l’APS. Des vérités que beaucoup de cadres d’Algérie Télécom ont tues depuis la “fumeuse” inauguration. Il aura fallu d’ailleurs qu’une mise en demeure des services du Premier ministre Abdelaziz Djerad soit adressée à Algérie Télécom au mois d’octobre dernier, l’intimant de solutionner la mise en service du câble Alval/Orval pour que les choses s’accélèrent.  

 


Kamel Ghimouze


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