L’Actualité Évolution de la carte syndicale à l’aune de la nouvelle loi

Le défi des syndicats autonomes

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Arab CHIH Publié 13 Mars 2022 à 10:56

Nacer Djabi. © Archives Liberté
Nacer Djabi. © Archives Liberté

La doctrine syndicale est appelée à connaître une profonde mutation à la faveur de la nouvelle loi sur les organisations syndicales. C’est en substance ce que prédit le sociologue Nacer Djabi qui a coordonné une étude sur “le mouvement syndical dans le secteur privé”.   

“Avec ce nouveau texte, le monopole de l’UGTA va disparaître”, prédit le sociologue Nacer Djabi, invité, hier, au siège de la Fondation Friedrich-Ebert à Alger, pour présenter, en compagnie d’Abdelkrim Boudra et de Samir Larabi, une étude intitulée “Algérie : le mouvement syndical dans le secteur privé”. “Il se peut que sur le terrain, ils interprètent la loi comme ils veulent”, nuance-t-il, toutefois. Aux yeux du sociologue, la doctrine syndicale nationale, qui date des années 30-40, a besoin d’une réforme. “S'il ne trouve pas en face de lui le P-DG de son entreprise, un syndicaliste ne sait pas comment négocier”, schématise-t-il. Toujours critique, Nacer Djabi relève le fait qu’un grand changement s’est opéré chez les élites, laissant “le monde du travail orphelin”. “En Algérie, les mouvements sociaux ne s’inscrivent plus dans la modernité comme par le passé. Ils se sont ruralisés et sont devenus plus conservateurs.” Selon lui, “il y a une idéologie qui veut faire disparaître les travailleurs et les rendre non visibles”. 

Pour revenir à l’étude elle-même, l’équipe qui l’a menée a indiqué qu’“elle s’intéresse au mouvement syndical dans le secteur privé ignoré par la majorité des chercheurs.euses et des médias et méconnu par la plupart des acteurs sociaux, ainsi que des institutions”, alors que le secteur privé “représente l’essentiel de la population active en Algérie et est en pleine expansion depuis les réformes de 1989”. L’étude a pour ambition de comprendre les raisons à l’origine de la faiblesse de la représentation syndicale dans le secteur privé.

Même si elle connaissait la faiblesse de la présence syndicale dans le secteur privé, l’équipe de recherche s’est dit “très surprise” de constater “la disparition presque totale de l’activité syndicale dans le secteur privé en Algérie, à un moment où ce dernier domine le marché de l’emploi”. Pourquoi cette quasi-disparition ? Pour l’équipe de recherche, cela s’explique par plusieurs raisons, comme “la faiblesse du nombre d’entreprises de grande taille ou de taille intermédiaire, la domination du secteur des services et de l’informel, ainsi que des métiers indépendants, à un moment où l’expérience syndicale dans le monde s’est affaiblie”. 

Autres facteurs ayant entravé l’apparition d’une expérience syndicale conséquente dans le secteur privé : le caractère patrimonial de l’entreprise privée, le mode de recrutement dominé par la proximité familiale et géographique, la gestion traditionnelle et la culture paternaliste du patron vis-à-vis de ses employés. “Malgré le niveau d’instruction élevé chez la nouvelle génération de patron.ne.s gestionnaires du secteur privé, la gestion dans l’entreprise privée demeure dominée par l’implication directe des membres de la famille (enfants, frères et sœurs) avec un caractère plutôt archaïque et paternaliste vis-à-vis des travailleurs.euses. Cet état de fait empêche l’établissement de relations modernes au sein de l’entreprise et, par ricochet, le développement de l’action syndicale dans un secteur privé qui domine le marché du travail avec 60 % de la main-d’œuvre nationale”, déplore l’équipe de recherche dans son étude.

En définitive, celle-ci considère que “l’expérience syndicale demeure sous la houlette de  l’UGTA, malgré la diversité de la cartographie syndicale” qui se présente à trois niveaux : une expérience syndicale dans le secteur économique public sous la tutelle de l’UGTA, l’expérience des syndicats autonomes dominés par les salariés de la Fonction publique et l’expérience syndicale d’un secteur privé dirigé exclusivement par l’UGTA. Après avoir mis en exergue la corrélation entre le système politique et l’action syndicale, notamment durant les dernières années du règne de Bouteflika, l’équipe de recherche a formulé deux scénarios d’évolution du mouvement syndical en Algérie : le premier est tributaire d’une nouvelle orientation du pouvoir politique qui va puiser sa légitimité hors de ses bases traditionnelles comme la Centrale syndicale.

Ce qui permettra de libérer le champ d’action devant les syndicats. Le deuxième scenario est celui du maintien du statu quo politique et de la carte syndicale actuelle avec pour conséquence le règlement de conflits de travail par la violence plutôt que par la négociation. Pour Nacer Djabi et ses collègues, la réhabilitation de l’action syndicale passe nécessairement par l’émergence de nouvelles élites syndicales à même de dépasser la doctrine syndicale héritée du siècle dernier, mais aussi par le dépassement par la nouvelle classe ouvrière de la culture managériale dominante. 

 


Arab C.

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