L’Actualité Pr Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie

“Le Spoutnik V a montré une grande efficacité”

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Hanafi HATTOU Publié 02 Janvier 2021 à 00:07

© Louiza Ammi/ Liberté.
© Louiza Ammi/ Liberté.

Liberté : Le choix porté par le gouvernement sur le Spoutnik V est-il lié à sa  compatibilité  avec  le  système  de  vaccination  national  ou  y  a-t-il d'autres raisons ? 
Pr Kamel Djenouhat :   Ce  qu’il  y  a  lieu  de  savoir  quant  aux  moyens logistiques et de conservation, c’est que  nous  n’avons  pas opté pour les vaccins qui se conservent à -20 °C à -80 °C. C’est déjà un point rassurant du fait que la conservation entre 2 et 8 °C ne pose aucun souci en Algérie. Ce système de conservation est disponible à travers tout le territoire national.

L’organisation vaccinale ne sera pas différente de celle adoptée par d’autres pays. Sur le plan scientifique, le vaccin russe Spoutnik V a montré une grande efficacité qui, d’ailleurs, est supérieure à celle d’Astra Zeneca ou de tous les vaccins chinois. Elle est de 91,5% et elle avoisine celles de Pfizer-BioNTech et de Moderna.

Comment peut-on présenter ou expliquer les bienfaits du vaccin russe afin de rassurer la population sur les éventuelles contre-indications du traitement en
question ?

Il est important de souligner que l’institut Gamaleya en Russie dispose d’une grande expérience en matière de production de vaccins à base d’adénovirus humain  comme  vecteur.  Gamaleya  a  d’ailleurs  été  parmi  les  premiers laboratoires dont le vaccin anti-Ebola a été approuvé. Pour mieux vulgariser, il faut savoir que le corps humain est habitué à ce type de virus qu’on contracte lors des épisodes de rhume.

Ce  virus  atténué, qui  est  dépourvu  du  gène  de  reproduction,  est  donc incapable de reproduire ou de provoquer les signes de la maladie. Ce vaccin transmet l’information aux cellules pour produire la protéine spike S, contre laquelle le système immunitaire va répondre par la production d’anticorps et de cellules T.

Mais qu’offre de plus le Spoutnik V en termes d’efficacité, alors qu’il est qualifié de  vaccin  classique  par  rapport aux autres vaccins innovants, tels que celui de Pfizer/BioNTech ou celui d’Astra Zeneca ?
Les autres vaccins, notamment allemand et américain, se basent sur une technologie complètement différente en utilisant des ARN messagers qui pénètrent dans le cytoplasme de la cellule. Alors que le vaccin d’Astra Zeneca est basé pratiquement sur le même principe que le Spoutnik V à l’exception de deux différences principales : la première réside dans le fait qu’Astra Zeneca-Oxford utilise un vaccin adénovirus de chimpanzé comme vecteur et non pas un adénovirus humain.

La deuxième différence réside dans le fait que le même vaccin est utilisé lors des deux doses, alors que le produit russe utilise dans la deuxième dose un adénovirus différent de celui qui a été utilisé lors de la première dose, et cela, pour éviter ce qu’on appelle les interférences immunitaires, c’est-à-dire une réponse immunitaire non souhaitée dirigée contre le virus lui-même, ce qui peut affecter l’efficacité du vaccin.

Aussi, l’efficacité du vaccin Spoutnik V reste supérieure à celle d’Astra Zeneca approuvé par les instances compétentes anglaises (62% pour Astra Zeneca et 91,5% pour Spoutnik V). D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle les responsables d’Astra Zeneca ont engagé, tout récemment, un projet de partenariat avec l’institut russe Gamaleya 

Comment peut-on réussir une telle campagne de vaccination à grande échelle ?
La réussite de la campagne vaccinale dépend en grande partie d’une bonne campagne de communication et ce, pour expliquer aux citoyens ce qu’est ce vaccin. Il a montré son efficacité dans plusieurs autres maladies, il est très efficace, il l’est à 91,5%, ce qui a largement dépassé le seuil conditionné par l’OMS (supérieur à 50%).

Ses  effets  secondaires  sont   acceptables  et  sont  représentés  par  ceux habituellement  observés  avec  les autres vaccins.  Aussi faudra-t-il compter sur le fait que la vaccination anti-Sars-CoV-2 constitue l’unique solution pour en finir avec cette pandémie, en gardant bien sûr au moins pendant quelques mois les mesures barrières. En conclusion, il faut informer le citoyen que cette vaccination est synonyme d’un retour à une vie normale.

Combien  d'Algériens  doit-on vacciner  pour  atteindre  le  niveau d’une immunité collective ?
L’immunité collective sera atteinte si 70% de la population est immunisée par le vaccin ou par la Covid-19. Par conséquent, on doit soustraire, au début du calendrier, la catégorie des personnes âgées de moins de 18 ans et tout le reste est concerné par la vaccination selon un calendrier déjà préétabli par la tutelle.

Il faudra certainement commencer par les populations prioritaires, à savoir le personnel soignant, les sujets âgés et les sujets vulnérables, c’est-à-dire les personnes qui ont des pathologies pouvant être à l’origine de formes sévères de Covid-19 ou celles présentant un grand risque de contracter le
virus.

Quelle est l’organisation vaccinale à même de mener à bien l’opération dans des délais acceptables ? 
La  réussite  de cette  campagne est  tributaire d’une  bonne  organisation logistique par rapport à la multiplication du nombre de sites de vaccination avec  le  respect  des  gestes  barrières. 

Une  communication  claire  et  transparente  organisée  par  le  Comité scientifique de suivi de cette crise ou par le personnel médical habilité en matière de vaccination, via les médias lourds ou à travers des débats, doit impliquer également les associations à caractère social et humanitaire pour une grande adhésion de la population.
 

Entretien réalisé par : Hanafi HATTOU

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