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Souffles

L’empire de la peur, une nouvelle citoyenneté universelle !

© D.R

Par : Amin zaoui
Écrivain

En 1998, j’ai publié un livre intitulé L’Empire de la peur (éditions Jean-Pierre Huguet, France) dans lequel j’ai tenté de décortiquer les racines de la peur en Algérie, engendrée à l’époque par les tueries sauvages perpétrées par la horde islamiste. Le sang. La haine. L’exode rural. L’exil des intellectuels.  

Aujourd’hui, un quart de siècle après, cet empire infernal est devenu une citoyenneté universelle ! Une autorité mondiale. Il n’est plus national mais transcontinental. La peur est devenue le dénominateur commun de tous les citoyens de la Terre. Elle s’est généralisée comme une pandémie incontrôlable. Nous tous, nous habitons la peur. La peur nous habite, nous tous. 
Dans des embarcations de fortune, des jeunes prennent le large par peur de vivre dans un pays sans avenir, un pays vidé de vie, un pays de peur. Ils ont peur de la mer. Ils ont peur de la mort, plutôt des morts multicolores. Ils ont peur des gens du Nord. Ils fuient leur pays par peur et une fois arrivés sur la terre des koffar, ils prient Dieu pour qu’Il sauvegarde la terre des musulmans, celle qu’ils ont fuie par peur de mourir de peur ! Déboussolés, les jeunes sont pris entre la peur de partir, la peur de rester et la peur d’arriver !
Les koffar, les gens du Nord, de leur côté, ont peur de ces vagues d’êtres humains débarquant sur leurs côtes, menaçant leur quiétude, menaçant de violer leur culture, de casser leur langue et de manger leur pain ! La peur est la citoyenneté des deux camps ! La communauté internationale est hantée par la peur du terrorisme islamiste. Nul n’en est épargné.  La Bourse tremble. Le prix du pétrole panique. Les banques s’affolent. La peur de la faillite habite les grands décideurs économiques du monde. Les pays pauvres sont assiégés. Un embargo qui ne dit pas son nom. Il le dit de temps à autre. Le pain se fait rare. Le lait pour bébés est un rêve. La peur de la famine engendre la haine. Génère la folie humaine. La peur devient la citoyenneté du riche comme du pauvre. 
Dans les pays du Sud, la population – les jeunes en particulier, –a peur du chômage. On vit sans avenir, sans vie, sans fêtes, sans noces, sans toit, sans eau et sans sourire, ou presque ! Dans le Nord, les multinationales ferment les usines, renvoient les travailleurs. Rouvrent des usines dans un autre pays où la main-d’œuvre est moins chère, instaurant l’esclavage moderne. Danone. Ford. Philips. Mercedes. Adidas. Nike. Puma. Nutella. L’avenir, s’il est assuré temporairement pour une poignée de nantis, est menacé pour la classe moyenne et ouvrière. La peur du chômage s’installe.
On crée des robots qui, de plus en plus, ressemblent aux hommes et aux femmes. Plus intelligents encore. Ils sont faits pour améliorer le travail et faciliter la vie du citoyen, assurer le bien-vivre. Mais de plus en plus, ces créatures font peur à leurs créateurs. Ils prennent de plus en plus de place. Ils s’ensauvagent. Incontrôlables. L’intelligence fait peur !  
On construit de grands hôpitaux pour bien soigner les malades. Pour faire face à la souffrance humaine. On crée de grands laboratoires avec des budgets qui dépassent les budgets annuels de quelques pays du Sud pour des recherches scientifiques afin d’éradiquer les maladies. Mais la peur est toujours là, en nous, parmi nous. Le monde est frappé par des épidémies et des pandémies, des anciennes et des nouvelles. La faucheuse fauche. Balaye. On se partage la citoyenneté de la peur de la pandémie nouvelle. Des variants de virus enfantent des variants de peur. Et on a peur des laboratoires. On a peur des chercheurs. On a peur de la science. On a peur de l’ignorance. Perplexité humaine !
On a peur pour la Terre qui meurt sous nos pieds et devant nos yeux. On tue les forêts par peur de la famine et on vit dans la peur de la nature qui se venge. Le pôle Nord meurt. Les poissons sont exterminés. La neige brûle. La folie humaine fait peur à tout le monde, mais persiste. On a peur de mourir de faim. On fabrique de la nourriture. On mange par peur de mourir. On a peur de ce qu’on mange. La nourriture tue, et la faim aussi. La peur est la citoyenneté partagée par ceux qui mangent mal, par ceux qui ne mangent pas et par ceux qui mangent à leur guise.On a peur de l’analphabétisme qui frappe cinquante pour cent de la population des pays du Sud, un peu plus, mais on a peur d’envoyer ses enfants dans des écoles où on enseigne l’art de la mort et l’art du fanatisme, qui est plus dangereux que l’analphabétisme lui-même. Perplexité ! Dans les pays du Sud, on a peur de Dieu au lieu de L’aimer et de Le vénérer, mais on a peur des fous de Dieu un peu plus. Et cette peur est une géographie partagée par les gens du Nord aussi. La peur n’est plus un empire national, mais une autorité internationale. Le monde est devenu fou par l’argent, pour l’argent, par le pouvoir et pour le pouvoir ! 


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