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RUPTURE D’OXYGÈNE À L’EPH CHAÂBANE-HAMDOUNE

MARDI NOIR À MAGHNIA

© D. R.

Au milieu de ce malheur qui a frappé la ville frontalière, la solidarité n’est pas  un  vain  mot.  De  partout, les  aides  ont  afflué,  que  ce  soit  en numéraire ou simplement  par  une  présence  physique  de  bénévoles issus du mouvement associatif et de particuliers.

Jeudi 29 juillet, il est près de 14h30 lorsqu’une femme, vêtue d’une djellaba noire et la tête recouverte d’un foulard de la même couleur, sort en courant, les larmes aux yeux, de la porte du service des urgences de l’hôpital Chaâbane-Hamdoune à Maghnia. Dans sa main droite, une paire de claquettes usées. À peine 48 heures après la terrible et meurtrière journée de mardi que la ville a connue. La femme pleure un parent qu’elle vient de perdre, quelques instants plus tôt, dans l’une des salles du service transformé, une dizaine de jours plus tôt, en unité Covid. Sur les visages endeuillés, la douleur, la résignation, mais aussi la colère. La scène passe presque pour anodine tellement la mort était et est toujours présente en ces lieux.
Rencontré devant l’unité Covid, Maghnaoui Fouad, militant associatif sous la bannière de l’Académie algérienne d'action humanitaire et des droits de l'Homme, bureau de Maghnia, est encore sous le choc de ce qui s’est passé. “On pensait ne voir ces scènes que dans les films, mais aujourd’hui, on les vit en direct”, un résumé des événements qui ont commencé l’après-midi du mardi 27 juillet. “Il n’y avait tout simplement plus d’oxygène”, dit-il avant de raconter, en détails, cette fatidique journée. “Vers midi, on pensait que le débit allait diminuer mais qu’en parallèle, il allait y avoir un approvisionnement qui devait arriver incessamment de Sidi Bel-Abbès. Là-bas aussi, il n’y avait plus d’oxygène, à Oran non plus où on nous a dit qu’il y avait une terrible pression sur l’unité.” Se rendant compte de la complexité de la situation et devant l’insuffisance des bouteilles d’oxygène, “on a lancé un appel de secours”, toutefois, le drame était sur le point de se produire. “On a commencé à ramasser les morts.” La gorge nouée, la voix étranglée, pleine d’émotion, Maghnaoui Fouad se fait violence pour poursuivre son récit. “Tu vois une personne suffoquer devant toi et tu ne peux rien faire. Ce n’est pas facile, cette crise est terrible. Nous n’étions pas préparé pour cela.” La suite de la narration est glaçante.
“Après El-Asr (après 17h), les gens ont commencé à mourir entre nos mains, un par un, au deuxième étage du service Covid. Des jeunes patients, dont l’état n’était apparemment pas grave, sont décédés faute d’oxygène. Une jeune femme de 23 ans est ainsi morte, alors qu’elle devait se marier au courant de la semaine. On ne s’attendait vraiment pas à leur décès.” Au total, il évoque 22 morts pour la seule après-midi de mardi plus trois autres décès à l’aube du jour suivant. Ces chiffres sont corroborés par d’autres militants associatifs rencontrés à Maghnia, à l’image de Yacoubi Jawad, membre de l’association  Bassmet El-Khir, qui affirme qu’à cause de l’oxygène, “les gens mourraient devant nous, et nous, impuissants, on n’avait qu’à les accompagner avec nos prières”.
Pourtant, cette comptabilité macabre n’est toujours pas officielle puisque, pour Abdelkader Medjahed, directeur de l’EPH Chaâbane-Hamdoune : “On ne peut pas parler de chiffres car le DSP de la wilaya de Tlemcen est le seul habilité à donner le nombre de décès.”
Il remet même en question la cause médicale des décès, affirmant que “ce ne sont pas des morts Covid confirmés”, et précisant que “ce sont des cas suspects”. Le directeur de l’établissement hospitalier explique que “pour arriver à déclarer un décès covid, il faut que le patient soit déclaré positif après avoir fait le test PCR et le scanner”. Il ajoute que des malades sont décédés une demi-heure ou une heure seulement après leur admission dans le service, en concluant que “leur mort n’est pas liée au manque d’oxygène”.
Rappelons que l’unité Covid-19 de l’EPH de Maghnia a été créée récemment, soit “il y a dix à 12 jours au maximum sur décision du DSP”. Si le rôle positif du premier responsable de l’hôpital a été souligné par nombre de nos interlocuteurs, il n’en demeure pas moins que le reste des autorités locales a été mis à l’index, notamment par leur absence manifeste sur le terrain et particulièrement en ce mardi apocalyptique. Même s’ils s’en remettent à la volonté divine, les militants associatifs ainsi que les Maghnaouis restent, néanmoins, partagés entre leur soumission au “destin” et la colère contre la passivité de ces mêmes autorités. “On demande aux responsables d’assumer leurs rôles”, insiste Maghnaoui Fouad qui met le doigt sur le nœud du problème qui réside dans l’approvisionnement en oxygène, plaidant pour une organisation plus rigoureuse dans sa distribution.
“On a ramené hier (mercredi, ndlr) une citerne de 3 000 litres et elle est loin de suffire. Si tu jettes un coup d’œil à l’aiguille, tu trouveras qu’elle est en dessous de 30 à 40 % de sa capacité”, précise-t-il, qualifiant la situation actuelle à laquelle “nous faisons face” de “catastrophique”. À ce propos, Abdelkader Medjahed lie ces ruptures d’approvisionnement en oxygène à la règle économique de l’offre et de la demande qui “crée une tension sur le produit”. Il confirme l’approvisionnement des évaporateurs d’oxygène de son établissement avec 3 000 litres lesquels, malheureusement, ne peuvent tenir que 36 heures. “Une autonomie calculée d’après la tendance d’hospitalisation actuelle”, explique-t-il encore, préférant rester optimiste en indiquant que “d’autres arrivages sont attendus”. Il reconnaît, néanmoins, que cela reste insuffisant, privilégiant, pour sa part, “des quantités minimes, mais quotidiennes”, assurées par les autorités locales. Toujours à ce sujet, il déclare que des missionnaires de l’hôpital ont été envoyés aux unités de Linde Gaz de Sidi Bel-Abbès et d’Oran pou multiplier les sources d’approvisionnement.
Pourtant au milieu de ce malheur qui a frappé la ville frontalière, la solidarité n’est pas un vain mot. De partout, les aides ont afflué que ce soit en numéraire ou simplement par une présence physique de bénévoles issus du mouvement associatif et de particuliers sur place pour porter assistance à ceux qui sont dans le besoin. “Les gens nous aident à laver les morts, nous ramènent les linceuls, nous approvisionnent en eau et en nourriture. Un citoyen a même proposé des lits pour les malades”, nous informe Maghnaoui Fouad en nous montrant du doigt un lit déjà installé au service des urgences. “Des gens se déplacent de leur propre chef pour proposer leurs services et des familles se relayent pour apporter de quoi manger aux malades et à leurs accompagnateurs”, ajoute un agent de sécurité de l’hôpital.

Solidarité, quand tu nous tiens
“En tant que société civile, on a le pouvoir d’influer sur le cours des choses”, professe encore le membre local de l’Académie algérienne d'action humanitaire et des droits de l'Homme.
Pour la petite histoire, et suite au drame de l’EPH de Maghnia, un appel aux dons a été lancé par les associations phares de la ville pour l’acquisition d’un générateur d’oxygène pour l’hôpital. “En l’espace de 12 à 14 heures, on a pu réunir 4,264 milliards de centimes, sans compter les promesses de dons”, confie-t-il. Moins de 24 heures plus tard, la sommé récoltée avoisinait les 6,6 milliards de centimes. “Notre objectif premier était d’acquérir une centrale à 1,7 milliard, mais avec la somme qu’on a pu réunir, on va équiper l’hôpital du meilleur générateur en Algérie dans un temps record, et ce qui va rester de l’argent servira aussi à le pourvoir en équipements manquants.” Pour mener à bien cette opération, les associations ont déjà contacté un importateur qui devrait ramener les filtres. “Les papiers administratifs sont en cours d’être réglé et d’ici quelques jours, on aura de bonnes nouvelles pour les habitants de Maghnia.”
Parmi les bénévoles activant sur le terrain, Sofiane Benmiloud, militant associatif, administrateur de la page Facebook, “Sofiane l’être humain” qui a été parmi les premiers à donner l’alerte sur la rupture d’oxygène à l’EPH et l’hécatombe qui s’en est suivie. “En tant que mouvement associatif, on apporte notre aide à l’hôpital. Personnellement, j’ai remis trois concentrateurs d’oxygène à l’EPH en plus des oxymètres, des bavettes et des campagnes de sensibilisation que nous menons.” Évoquant l’esprit de corps qui a caractérisé les Maghnaouis, il met en avance le travail des associations de quartiers, des commerçants, des particuliers, ainsi que des associations caritatives. “Cette nuit, on avait décidé de lancer un appel aux dons”, rappelant qu’“aucun responsable n’était sur place”.
Pourtant, si le sentiment général est à la solidarité citoyenne, la situation épidémiologique de Maghnia fait craindre le pire. “La ville est piégée par le Covid qui est plus présent dans les maisons que dans l’hôpital”, assène Sofiane Benmiloud. Une vérité partagée par tous et confirmée par le directeur de l’EPH qui devait, le jour de notre visite, présider une réunion de la cellule de crise au niveau de l’établissement qui comprend le président du conseil médical, les chefs des services d’infectiologie et de pneumologie, des spécialistes concernés par la Covid, ainsi que les partenaires sociaux.
 

Reportage réalisé par : SAÏD OUSSAD


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