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Il a été placé sous mandat de dépôt

Nordine Aït Hamouda : Un patriote à part

© D.R

Poursuivi pour “atteinte  à des symboles de la nation et de la révolution, offense à un ancien président et incitation à la haine et à la discrimination raciale”, l'ancien député a été placé en détention provisoire, après avoir été présenté devant le procureur de la République puis le juge d'instruction près le tribunal de Sidi M'hamed. 

Lorsque par une journée de l’année 57, il a été emmené pour enfin rencontrer son père pour la toute première fois, il avait déjà près de 8 ans. Pour cela, l’enfant devait patienter deux jours dans les maquis d’Ath Ouabane, mais pas pour grand-chose au final. L’instant tant attendu tourna court, furtif, puisqu’une fois devant lui, le père, debout, le scruta un instant, sans dire un mot, en gardant la distance d’usage et ordonna illico la fin de la rencontre avec son fils et s’éloigna du groupe pour verser ses larmes à l’abri des regards. Lorsque son secrétaire lui demanda pourquoi il n’a pas pris son fils dans les bras et ne l’a même pas embrassé, le père a répondu qu’il ne pouvait se permettre un moment d’affection devant des moudjahidine qui ont aussi laissé leurs enfants pour défendre la patrie. Ce n’est pas bon pour le moral des troupes, aurait-il répondu, lui qui plaçait la Révolution et l’indépendance de l’Algérie au-dessus de tout. Ce fut la première et la dernière fois que cet enfant-là rencontrait son père. Deux années plus tard, le père fut tué par l’armée française. C’était le vaillant colonel Amirouche, chef de la Wilaya III historique, qui faisait trembler la France. Le fils, lui, a grandi depuis avec ce souvenir comme une inguérissable douleur dans l’âme, une douleur qu’il ne lui arrive de partager, malgré son âge, qu’avec ses amis les plus proches. Lui, c’est Nordine Aït Hamouda. Aujourd’hui, il est en détention à la prison d’El-Harrach pour avoir, ironie de l’histoire, touché à l’Histoire du pays dont son père a écrit les pages les plus glorieuses. 

Mais entre ce douloureux moment d’une enfance volée par la guerre qui n’a, bien entendu, pas épargné grand monde à l’époque, et le moment de sa mise en détention à la prison d’El-Harrach, avant-hier, après son arrestation aussi musclée que spectaculaire à Béjaïa, Amrane Aït Hamouda, dit Nordine, a mené une vie des plus trépidantes, jalonnée d’autant de douleurs que de luttes, mais sans jamais abdiquer ni se taire. Sorti de la guerre comme l’un des plus grands perdants, après avoir perdu sa mère en 1956, puis son père en 1959, Nordine, qui n’avait que 13 ans, n’avait que ses grands-parents maternels comme soutien et le nom et la réputation de son père comme viatique. Un nom et une réputation qu’il tâchera, le restant de sa vie durant, à honorer. À 72 ans, aujourd’hui, Nordine Aït Hamouda aura marqué son temps d’une empreinte indélébile. Il s’est fait, au fil du temps, la réputation de celui qui ne recule devant rien et qui ne sait jamais garder sa langue dans sa poche, quitte à en découdre avec ses plus proches compagnons ou amis. Devant l’ennemi, il redevient, comme beaucoup aiment à le répéter, “le fils de son père”. C’est tout simplement Amirouche qui ressuscite en lui. Ferme et incisif, il tranche, quitte à y laisser des plumes. Ce fut le cas déjà en 1983, lorsqu’il fut arrêté et présenté devant le parquet en compagnie d’autres fils de chahids avec lesquels, il activait pour le compte du MCB dont il était déjà militant actif depuis le Printemps berbère d’Avril 80. Mais pour Nordine, c’était peu pour le dissuader. En 1985, il s’implique corps et âme aux côtés d’Ali Yahia Abdenour, de Saïd Sadi, d’Arezki Aït Larbi et de nombreux autres, pour la création de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme. Une affaire de laquelle, il ne sortira pas indemne puisqu’il sera arrêté et déféré devant la cour de sûreté de l’État qui le condamnera à 12 ans de prison ferme. Il connaîtra alors les tristement célèbres geôles de Berrouaghia, Médéa et Blida.  

En février 1989, Nordine Aït Hamouda participera, en tant que membre fondateur, à la création du RCD, aux côtés de Saïd Sadi, qu’il connaissait déjà depuis les célèbres cours de berbère de Mouloud Mammeri en 1978 à la Faculté centrale d’Alger. En 1997, l’enfant d’Iboudrarène est élu député pour un premier mandat de cinq ans sur la liste du RCD. Un mandat durant lequel, il a marqué les esprits, notamment en mettant dos au mur à l’APN les tenants du régime de l’époque concernant les assassinats par balles de 128 jeunes durant les événements du Printemps noir 2001. Réélu en 2007 à la même Assemblée, Nordine Aït Hamouda passe son temps à clouer au pilori les membres du gouvernement. Durant ce mandat, il se distinguera par son intervention pour défendre Aït Ahmed qui subissait les attaques les plus infâmes de la part des islamo-conservateurs. Rien, à vrai dire, n’arrêtait le fils du colonel Amirouche. Durant la décennie noire, il n’avait pas hésité, tout comme son père, à prendre les armes pour défendre la patrie. Il constitua, en effet, une véritable armée de patriotes et s’est mis, à l’époque, à traquer sans relâche les groupes d’islamistes sanguinaires du GIA en Kabylie, cette Kabylie dont il n’a jamais cessé de défendre les intérêts, la mémoire et l’Histoire, que ce soit durant son mandat de député indépendant ou en tant que citoyen, jusqu’au jour de sa mise en détention, avant-hier. 
Ces dernières années, Nordine Aït Hamouda a fait de la dénonciation de la montée du racisme anti-kabyle et des dérives totalitaires du régime son combat de premier plan.

N’ayant pas pu supporter de voir ses hommes, et surtout ses martyrs traînés dans la boue par des personnes aux parcours et desseins douteux, ce défenseur invétéré de cette région meurtrie n’a pas hésité, malgré le poids de son âge, à user, cette fois, de l’arme de l’Histoire pour défendre les siens en soldat sans se soucier ni des passions qu’il allait déchaîner ni du prix à payer, notamment après sa dernière sortie médiatique où il n’a fait, à vrai dire, que rappeler certaines déclarations déjà maintes fois réaffirmées. Un combat qu’il vient de payer rubis sur l’ongle avec sa liberté désormais confisquée par ceux-là mêmes qui ont adopté un profil bas devant ceux qui font de la Kabylie leur souffre-douleur depuis plusieurs années déjà. 

Samir LESLOUS

 

 


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