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Amar saâdani, portrait d’un valet du régime

Nouveau sujet du roi

© Archives Liberté

Homme clivant, loin d’avoir fait le consensus au sein de sa famille politique, Amar Saadani a été un des hommes clé du “système Bouteflika”. Même effacé, son installation au Maroc l’a remis aujourd’hui sous les feux de la rampe.

On raconte qu’un jour, Bouteflika, qui, pourtant l’avait fait roi en le propulsant à la tête de l’Assemblée nationale en 2004, l’a interpellé avec des propos peu amènes : “Il est vrai que je me suis trompé dans ma vie, mais tu dois savoir que ma plus grosse erreur, c’est toi”. C’est que Amar Saadani, installé au Maroc depuis quelques semaines, information non encore démentie, est un habitué des coups d’éclat, de sorties fracassantes et d’attitudes, quitte à faire désordre ou à agacer, y compris son entourage ou ceux qui lui ont permis d’accéder à un poste stratégique en devenant un élément clé dans la hiérarchie de la décision sous le “système Bouteflika”. Pour l’ancien syndicaliste de l’UGTA, la politique c’est peut-être aussi savoir donner des coups, quand il le faut, mais aussi en encaisser. Et qu’importe les critiques, les sarcasmes ou les quolibets.

C’est aussi savoir s’effacer quand on risque d’être pris dans les tourments d’une éventuelle tempête, comme il l’a fait en 2020 en quittant les structures du FLN, dont il fut patron durant trois ans, alors que le mouvement populaire poursuivait avec détermination sa contestation, en réclamant notamment la disqualification de l’ex-parti unique. Reste que pour un homme politique, qui fut de surcroît troisième homme de l’Etat, la retraite ne signifie pas la fin de l’histoire, encore moins échapper à son jugement.

En décidant de s’installer chez sa majesté le roi, Amar Saadani redouterait peut-être d’éventuels soucis avec la justice d’autant que son départ de Paris où il dispose d’un pied-à-terre dans le luxueux quartier de Neuilly-sur-Seine intervenait dans la foulée d’un accord franco-algérien sur l’extradition. Un choix, après une tentative infructueuse de s’installer au Portugal. Selon le Magazine “Jeune Afrique”, il n’est pas le seul responsable algérien à s’être installé chez le voisin de l’Ouest. Ils sont nombreux, mais dont l’identité reste inconnue.

Pourquoi le choix du Maroc ? La réponse se trouve peut-être, confusément, dans ses propos répétés encore en 2019 à propos de la question sahraouie et qui ont fait à ce moment là les grosses manchettes de la presse marocaine.  “La relation entre l’Algérie et le Maroc est plus grande que cette question. Je pense que la conjoncture est favorable car il y a l’élection d’un nouveau président et le changement de système en Tunisie, l’Algérie se dirige vers une élection et un changement de système, la Libye aussi vit une transformation.

Tout cela peut concourir à relancer l’unité maghrébine comme l’ont voulue les vétérans du FLN et de tous les partis nationalistes, du Maroc, d’Algérie, de Tunisie et de toute l’Afrique du Nord”, avait-il affirmé. De quoi plaire au palais royal. Vu sous cet angle, son installation peut se décliner, a posteriori, comme un renvoi d’ascenseur. 

Le “percussionniste” percutant 
Et si elle focalise la curiosité, c’est parce que ce natif de Moulares en Tunisie, en 1950, originaire d’Oued Souf, n’est pas un politique ordinaire. A son actif, des faits d’armes dont peu d’hommes politiques en Algérie peuvent se prévaloir. Arrivé à la tête du FLN en août 2013 (après un parcours de député et président de l’Assemblée de 2004 à 2007) dans des conditions controversées, sur ordre de Bouteflika qui venait de rentrer de France après un séjour médical suite à son AVC quelques mois plus tôt, il se révèle, en écartant Abdelaziz Belkhadem, comme un redoutable rouleau compresseur. Chargé de préparer le quatrième mandat, assuré du soutien du chef d’état-major, le défunt, Gaid Salah, Amar Saadani que certains affublent du vocable de “percussionniste”, pour avoir fait partie de la troupe de Menai, engage très vite une guerre sans merci contre les détracteurs du Président et contre les perturbateurs, à ses yeux, de la sérénité du parti.

C’est ainsi qu’au début de l’année 2014, alors que les manœuvres faisaient rage dans le sérail en perspective de l’élection présidentielle opposant les partisans d’un nouveau bail pour Bouteflika, très diminué, et ceux qui planchaient sur une candidature de succession, Amar Saadani fait une sortie fracassante en s’attaquant, fait inédit dans les annales de la politique algérienne, au puissant patron du DRS d’alors, le général à la retraite, Mohamed Mediène, dit Toufik et dont on susurrait qu’il était hostile à un nouveau mandat du président déchu.

“Il faut savoir que c’est le département de la sécurité intérieure qui a gardé toujours un lien et une proximité avec la classe politique, la presse et la justice. J’ai dit et je le répète, ce département a interféré dans le travail de la justice, des médias et des partis politiques. Pour le FLN, des colonels ont approché des membres du comité central pour me destituer. La sécurité intérieure ne peut pas nier qu’elle agit sous les ordres du général Toufik. Ce département outrepasse ses prérogatives”, accusait-il en février 2014.

Une attaque au vitriol qui fait l’effet d’un séisme au sein de l’establishment et de l’opinion sachant que jusque-là la simple évocation du nom de celui qui a régné durant 25 ans sur les services faisait frémir jusqu’à une contrée reculée d’Algérie. Mais l’homme ne se laisse pas perturber. L’accusant de disposer d’agents dans toutes les institutions, d’interférer dans les partis, en citant le FLN, le parti de Djaballah et le FFS et d’être derrière les troubles de Ghardaïa, Amar Saadani qui se disait favorable à un “Etat civil” lui attribue de nombreux échecs.

Depuis, il en fera sa tête de turc en ne ratant aucune occasion pour le descendre en flammes, l’accusant pêle-mêle d’avoir fait éclater le scandale Sonatrach, l’affaire Chakib Khellil ou encore l’initiative de certains anciennes figures de la guerre réclamant la restitution du FLN, jusqu’au mois d’octobre 2016 lorsque la fin de la “récréation” lui fut signifiée. Il passe alors le flambeau à Djamel Ouled Abbes, aujourd’hui en prison, en évoquant des soucis de santé.

Mais il se disait alors que l’homme, féru de la poésie arabe à ses heures perdues, était devenu indésirable d’autant que la mission dont il fut chargé était arrivée à terme, notamment après la démission de Toufik, une année plus tôt. Effacé depuis, disparu des radars, il lance un dernier baroud en 2019 en accusant l’“Etat profond”, pour désigner les services, de manipuler le Hirak.

Connu pour avoir tissé un impressionnant réseau dans les institutions et le milieu des affaires, Amar Saadani n’est peut-être pas à l’abri des soucis d’autant qu’il est mis en cause, depuis 2008 déjà, dans le scandale des détournements estimés à plus de 500 millions de dollars de la Générale des concessions agricoles (GCA).

Il y a quelques années, il a refusé même de répondre à deux convocations de la justice. Mais bien plus, pour avoir été un témoin privilégié des convulsions du sérail durant de longues années, il constitue par certains aspects une “boîte sombre” du régime.  

 


Karim Kebir


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