L’Actualité Pr DJEBAR BORHANE, DE L’UNIVERSITÉ D’ANNABA

“Un déversement accidentel peut être lourd de conséquences”

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Nabila SAIDOUN Publié 05 Juillet 2021 à 22:34

© D. R.
© D. R.

Dans cet entretien, l’universitaire, issu du Laboratoire d’écobiologie des milieux marins et littoraux du Département des sciences de la mer de l’Université d’Annaba, affirme que l’Algérie n’est pas à l’abri de pollution marine. L’impact de celle-ci, par le passé, sur la faune et la flore, peut, aujourd’hui, atteindre l’homme.

Liberté : Que vous inspire l’incident survenu dimanche dernier sur une plage de Ténès ? 
Pr Djebar Borhane : C’est un accident grave et heureusement qu’il n’y a pas de perte humaine. Il faut savoir que depuis longtemps, l’impact de la pollution est considérable sur la faune et la flore et l’environnement en général, sans que cela soit réellement pris en considération. On sait maintenant qu’il faut s’attendre à des impacts directs sur l’homme à cause du non-respect de la réglementation, du manque de surveillance des rejets des produits venant de la mer (déversements des rejets d’embarcations porte-conteneurs et autres bateaux), de la terre (agriculture : engrais et autres pesticides), du sous-sol marin (gaz naturel) et de l’atmosphère (fumées d’automobiles et industrielles).
Un déversement accidentel peut avoir des conséquences dangereuses, non seulement pour l’environnement, pour l’ensemble des activités humaines qui tirent leurs ressources de la mer, mais également pour la santé humaine. Dans ce cas précis, la difficulté se situe dans la connaissance de la composition chimique du ou des gaz ou produits déversés et leurs comportements au contact de l’air et de l’eau salée sous forte température et de l’atmosphère, et ce sont ces données qui vont conditionner la réponse opérante de lutte et surtout d’adaptation des soins aux intoxiqués.

S’agit-il,  selon  votre  avis,  d’un  épiphénomène  ou  serait-il  la conséquence de la pollution de notre littoral ?
Il s’agit, en effet, d’un épiphénomène : une pollution marine accidentelle et ponctuelle qui doit, néanmoins, préoccuper les autorités, car il s’agit d’une ou de plusieurs substances chimiques sous une ou plusieurs formes gazeuses. C’est une première à ma connaissance avec une telle ampleur (plus de 150 intoxiqués). Il faut compter une bonne année pour identifier l’origine, le type, la concentration et l’impact sanitaire de ce gaz sur le vivant : flore, faune et humain. L’origine doit être recherchée par élimination dans l’évacuation de gaz toxique après un dégazage des réservoirs des bateaux (pratique et gratuit) ou encore dans les rejets d’huiles et d’hydrocarbures impropres qui s’évaporent au contact de l’air, surtout sous fortes températures. Il peut être question aussi de rejets gazeux directs des cheminées de gros bateaux porte-conteneurs qui contiennent 3,5% de soufre contre 0,01% dans le diesel. À ne pas écarter, non plus, l’eutrophisation suite à l’utilisation de fortes teneurs en azote et en phosphore dans l’agriculture qui finissent en mer, accélérant la croissance algale, surtout dans les zones côtières, à l’origine de la formation de gaz toxique, surtout l’hydrogène de soufre (H2S), l’érosion de vieilles munitions (2e guerre mondiale) déposées au fond de la mer contenant des dispositifs incendiaires au phosphore ou autres gaz toxiques et le rejet gazeux fossile naturel toxique ponctuel du sous-sol marin. Il faut savoir que la Méditerranée est l'une des mers les plus fréquentées du globe. C’est le 2e trafic maritime du monde après la Manche.

Pensez-que l’Algérie ait pris toutes les dispositions nécessaires pour se prémunir de la pollution marine ?
Non. L’Algérie n’est pas à l’abri d’une pollution de son littoral, malgré la ratification de pratiquement toutes les conventions internationales. Il faut prendre en urgence des dispositions de contrôle et de surveillance en associant la recherche scientifique par la création, par exemple, de deux instituts océanographiques (Est et Ouest) avec l’École supérieure des sciences de la mer d’Alger qui travailleront en joint-venture avec les ONG et autres associations, liées à la lutte contre la pollution du littoral, et au moins avec les instances et autres organismes méditerranéens de surveillance et de contrôle réguliers des activités liées à la mer. Autrement, il nous restera l’adaptation à la pollution et le monde marin sera plus compliqué pour les générations qui arrivent…
 

Entretien réalisé par : NABILA SAIDOUN

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