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CONTRIBUTION

Activité physique et prévention du diabète

© D. R.

Par : PR RACHID HANIFI
SPÉCIALISTE EN MÉDECINE DU SPORT, EX-EXPERT EN ACTIVITÉ PHYSIQUE-SANTÉ AUPRÈS DE L’OMS, ANCIEN PRÉSIDENT DU COMITÉ OLYMPIQUE ALGÉRIEN

La pratique régulière d’une activité physique exige une certaine motivation, qu’il est difficile de développer lorsque les conditions environnantes ne sont pas encourageantes. Il faut donc créer des situations dans lesquelles le patient pourrait à la fois retrouver le plaisir de pratiquer et l’utilité d’améliorer sa santé.La pratique régulière d’une activité physique exige une certaine motivation, qu’il est difficile de développer lorsque les conditions environnantes ne sont pas encourageantes. Il faut donc créer des situations dans lesquelles le patient pourrait à la fois retrouver le plaisir de pratiquer et l’utilité d’améliorer sa santé.

L’Algérie, à l’instar du monde, commémore cette semaine la Journée internationale du diabète. Cet intérêt accordé universellement à cette maladie témoigne de l’inquiétude ressentie par les responsables de santé, sur les dangers qui pèsent sur les populations et la nécessité de se pencher sérieusement sur ce phénomène aux conséquences extrêmement invalidantes. Le monde enregistre plus de 460 millions de diabétiques diagnostiqués sur la tranche d’âge 20-79 ans, soit environ 1 citoyen sur 11. L’Algérie se situe à peu près dans les mêmes proportions, avec près de 5 millions de malades connus, le nombre ayant pratiquement doublé en 10 ans. Il faut préciser que, faute de dépistages massifs, de nombreux citoyens sont porteurs ignorés du diabète. Le surpoids qui touche une partie importante de notre population (55%, selon le ministre de la Santé), avec un danger particulier sur nos enfants, expose notre population à un risque d’expansion inquiétant du diabète et de ses complications. 
L’évolution de la technologie et l’émancipation de la femme, qui participe fortement aux activités professionnelles, ont bouleversé le mode de vie des sociétés, lesquelles se retrouvent exposées à quatre facteurs de risques qui sont à l’origine de la domination des maladies non transmissibles (MNT), ces dernières étant 
incriminées dans près de 70% des décès dans le monde, notre pays se situant dans les mêmes proportions :
◗ La sédentarité, favorisée par la grande disponibilité de moyens de transport mécaniques (véhicules, ascenseurs, etc.) et d’appareils électrotechniques (télévision, ordinateur, téléphone moderne). Les citoyens passent l’essentiel de leur temps en position statique, limitant au strict minimum leurs efforts (déplacements à l’intérieur des appartements) et créant un déséquilibre préjudiciable entre les apports et les dépenses énergétiques. 
◗ L’alimentation, dont les traditions ont été totalement bouleversées, au profit des plats pré-préparés, au sein desquels le goût prime sur l’utilité sanitaire. L’expansion des fast-foods, pizzérias, sandwicheries et viennoiseries, dont le coût est souvent moins élevé que la préparation d’un plat cuisiné à domicile (cherté des légumes, des viandes et autres ingrédients), encourage les familles à recourir à la restauration rapide. Les produits remis aux enfants scolarisés, par leurs parents, sont souvent riches en sucre et en sel, créant un certain “accroc” vis-à-vis de ces substances, développant une habitude alimentaire que le jeune traînera le reste de sa vie, avec le risque de pathologies conséquentes. 
◗ La pollution, notamment dans les grands centres urbains, en raison de la densité des habitations et des véhicules en circulation, des usines, auxquelles s’ajoute le tabagisme que l’on retrouve chez des personnes de plus en plus jeunes, des deux sexes.
◗ Le stress, qui agresse quotidiennement les populations, pour différents motifs (social, politique, etc). Ce phénomène psychique provoque parfois des tendances à la boulimie réactionnelle, qui expose la personne à des risques d’obésité et de diabète.
◗ Le modernisme, basé sur la recherche constante du confort (donc moindre effort) et du plaisir gastronomique (mets bons au goût essentiellement), n’est pas forcément un allié utile à la santé. La transition épidémiologique que connaît le monde, l’Algérie subissant la même évolution, a provoqué une domination de MNT que les systèmes de santé ont plus de difficultés à maîtriser que les maladies infectieuses, en raison de la nécessité de sacrifices sur le volet confort de vie.

Que faire face au diabète ?
Le diabète doit être combattu essentiellement sur l’aspect prévention, c’est-à-dire ses facteurs de risques, précédemment énoncés. Il est certes difficile de se départir des avantages de la technologie, aussi bien pour le gain de temps (moyens de transport) que pour l’amélioration des connaissances scientifiques et culturelles (ordinateur, télévision, etc.), par contre, il devient plus que nécessaire de contrôler son alimentation, notamment chez les enfants, auxquels il faut donner l’habitude de consommer naturel (fruits de saison, légumes, boissons non ou faiblement sucrées), plutôt que des produits transformés. Le comité prévention des MNT, dont j’ai fait partie, avant mon départ à la retraite, a recommandé d’imposer des réductions de sel et de sucre dans certains produits (pain, viennoiserie, boissons) ; malheureusement les secteurs concernés n’ont pas donné de suite à ces recommandations. 
En outre, la quasi-disparition des équipes de contrôle des produits soumis à la consommation a encouragé les “prédateurs sanitaires” pour qui l’attrait du gain facile vaut le sacrifice de la santé et de la vie des citoyens. Les autorités du pays devraient reprendre sérieusement en main ce volet prévention, à travers les actions suivantes :
◗ Reprogrammation des équipes pluridisciplinaires de contrôle de l’hygiène alimentaire et des normes adaptées des produits de consommation, en se basant sur les recommandations du comité national de prévention des maladies non transmissibles.
◗ Remobilisation et redynamisation de la médecine scolaire, pour une éducation et une sensibilisation alimentaires plus saines, au profit des enfants scolarisés et de leurs parents.
◗ Communication intensive sur les risques du diabète et sur la prévention des facteurs de risques.
La pratique régulière de l’exercice physique est reconnue aujourd’hui comme le moyen le plus efficace de prévention du diabète et de ses complications. L’action de l’effort physique adapté au diabète se manifeste par le biais de deux effets :
◗ Un effet direct, par l’amélioration de la sensibilité à l’insuline produite par le pancréas.
◗ Des effets indirects, par la diminution du poids, le développement de la vascularisation et l’impact psychologique lié à une meilleure autonomie et à une assurance de soi.
La pratique d’une activité physique doit être systématisée, avec des programmes adaptés et des explications argumentées et convaincantes pour motiver le malade à cette pratique. Les exercices à prescrire doivent être simples, n’exigeant pas de moyens onéreux et pouvant être réalisés en tout endroit. 
Pour le diabétique, l’activité de base reste la marche à un rythme progressif pour atteindre la limite d’un début d’essoufflement, en privilégiant le sol plat. En complément, des exercices d’assouplissement de l’ensemble des articulations utiles (épaules, coudes, hanches, genoux, chevilles, rachis lombaire et cervical) peuvent être effectués, sans charges, puis avec de petites charges, afin de redynamiser également les muscles mobilisés. La marche est un exercice d’endurance aérobie, dont la dépense énergétique sollicite la glycolyse (métabolisme des glucides en réserve) et la lipolyse (métabolisme des lipides en réserve), ce qui explique son utilité pour la maîtrise du poids corporel et de la glycémie. Le sujet malade peut également solliciter le vélo d’appartement ou de route (à condition qu’il ne soit pas seul), ainsi que tout autre appareil permettant des efforts contrôlés, aux plans durée et intensité. Les sports à déconseiller, en raison des risques qu’ils engendrent, sont les sports mécaniques (moto, voiture de course), l’équitation et la natation en solo (à permettre avec accompagnateur), les sports à risques d’embonpoint (haltérophilie).

Comment s’organiser ?
La pratique régulière d’une activité physique exige une certaine motivation, qu’il est difficile de développer lorsque les conditions environnantes ne sont pas encourageantes. Il faut donc créer des situations dans lesquelles le patient pourrait à la fois retrouver le plaisir de pratiquer et l’utilité d’améliorer sa santé. Nous avions proposé, dans le cadre du comité national activité physique-santé, un certain nombre d’actions susceptibles de réunir des conditions adaptées pour une pratique sportive de santé, avec notamment le concours des secteurs chargés des sports et des collectivités locales. Avec le Comité olympique algérien, que je présidais entre 2009 et 2013, nous avions initié un projet pour les hôpitaux, qui devaient bénéficier d’un parcours santé et d’une salle d’activité physique adaptée. Un programme de formation en sport-santé était préparé pour permettre aux techniciens de la santé ciblés de maîtriser le contenu des séances d’exercices spécifiques aux malades. 

Une première expérience avait été mise en pratique à l’hôpital de rééducation de Tixeraïne, au sein duquel nous avions développé un circuit training, avec des ateliers adaptés conçus par les techniciens de la Fédération algérienne de sports pour handicapés. Le second établissement identifié pour le projet était le CHU de Beni Messous, qui offrait suffisamment d’espace pour créer un parcours santé avec des panneaux indicateurs d’exercices. Il semblerait malheureusement que le projet n’ait pas été poursuivi. Au niveau des collectivités locales, nous avions projeté, avec le concours du wali d’Alger de l’époque, la réalisation de terrains de proximité pour l’organisation de compétitions interquartiers et interentreprises, encadrées par les étudiants de l’ISTS (actuel ENFS/STS) dans le cadre de leur stage pratique, ainsi que la Fédération algérienne du sport pour tous. Sonatrach, que nous avions sollicitée, s’était engagée à nous accompagner financièrement dans le cadre du sponsoring. 
Enfin, au niveau scolaire, un guide d’éducation physique et sportive (EPS) avait été préparé, avec des programmes variés, tenant compte de la disponibilité des équipements et matériels au niveau des établissements scolaires.
Dans le cadre de la prévention primaire et secondaire des MNT en général et du diabète en particulier, l’activité physique doit pouvoir bénéficier de l’intérêt que méritent ses effets reconnus par l’OMS et les différents travaux scientifiques menés sur ce sujet. Des actions intersectorielles doivent être programmées pour mobiliser les moyens matériels et humains, dans le but d’optimiser les bienfaits de la pratique de l’exercice physique orienté sur l’objectif de prévention. À cet effet, il me semble nécessaire de reprendre les projets initiés au niveau du comité national activité physique-santé, en se fixant comme démarche de :
◗ Mobiliser des créneaux horaires, au niveau des installations sportives relevant du MJS, pour la programmation de séances sport-santé, au profit des associations de malades, en général, et des diabétiques, en particulier. La Fédération algérienne du sport pour tous (Fast) pourrait apporter sa contribution compétente pour l’élaboration de programmes d’exercices et la formation d’animateurs sport-santé.
◗ Redynamiser, avec le concours de la Fédération algérienne du sport scolaire (Fass) la matière EPS au niveau des écoles, en reprenant le guide EPS élaboré au COA et en assurant un encadrement initié des enseignants chargés de l’EPS. Les médecins scolaires doivent également s’impliquer pour une pratique sécurisée de l’activité physique au profit des enfants malades.
◗ Relancer le sport de quartier et d’entreprise, avec l’apport des fédérations concernées (Fast et Fédération sport et travail), en impliquant les médecins du sport et les médecins du travail pour un suivi médical adapté à la prévention du diabète et une évaluation des effets de l’activité physique.
◗ Encourager les investissements dans les créneaux sport-santé au niveau des infrastructures, des équipements et matériels. Le changement du mode de vie des citoyens, lié au développement technologique, est une donnée irréversible. Il appartient aux responsables chargés de la santé de trouver des solutions palliatives, afin de permettre aux citoyens de tirer profit du confort de la technologie, tout en limitant ses méfaits sur la santé.
 L’activité physique contribue efficacement à réduire les risques de pathologies liés à la sédentarité, telles que le diabète, qui constitue un véritable fléau handicapant pour la société. Une démarche multisectorielle peut permettre d’organiser des programmes d’activité physique adaptée, aussi bien en milieu scolaire et professionnel, au sein des quartiers qu’au niveau des établissements hospitaliers. J’ai eu une formation spécialisée en médecine du sport et me suis investi dans la prise en charge des sportifs compétiteurs.  J’ai eu également une expérience en qualité d’expert auprès de l’OMS, pour le volet activité physique-santé. J’ai apprécié, dans ce cadre, le glissement de la médecine du sport vers la médecine par le sport, montrant l’intérêt de la pratique sportive pour le spectacle (sport de compétition), mais également pour la santé de l’homme sain et celui atteint de maladie, particulièrement le diabète.


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