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Opinion

Arabêtisation

© D. R.

Par : RACHID HANIFI
Professeur d’université

Le choix du titre du présent article n’est pas de mépriser ou de sous-estimer une langue qui bénéficie d’une valeur spirituelle (langue du Coran) et culturelle (poésies célèbres), mais plutôt de qualifier de véritable bêtise la réponse à une hérésie politique commise par le président français, par des décisions isolées de suppression de la langue de Molière. La première remarque qui me vient à l’esprit est relative à la décision sectorielle d’arabiser l’administration de trois ministères (Formation professionnelle, Jeunesse et Sports, Travail et Affaires Sociales), alors que cette sensible question a toujours relevé des prérogatives du président de la République, avec une répercussion collégiale au niveau du gouvernement. 

Que signifie cette prise d’initiative éminemment politique, par trois ministres, sans s’inscrire dans la collégialité gouvernementale ni respecter l’ordre hiérarchique des responsabilités politiques ? Cette attitude aurait même motivé un directeur d’hôpital pour exiger de son personnel l’utilisation exclusive de l’arabe, y compris pour la prescription d’ordonnances médicales, ce qui s’apparente à un véritable folklore de la gestion des affaires de l’État.

Cette attitude pourrait encourager les responsables élus et même administratifs des régions à dominante berbérophone, à exiger l’utilisation exclusive de la langue amazighe (langue nationale et officielle) pour les correspondances locales et nationales. Le comportement de nos trois responsables ministériels traduit visiblement un complexe et zèle à l’égard de la nouvelle idéologie Badissia-Novembria que l’on cherche à nous imposer comme référent, depuis quelque temps. La maîtrise d’une langue constitue une richesse intellectuelle qu’il faut préserver, développer et enrichir par d’autres langues. 

Lors d’une réunion de l’Organisation internationale de la francophonie à Rabat, sous le règne de François Mitterrand qui se félicitait de la contribution à la promotion de la langue et culture françaises, le roi Hassan II, en réponse, disait : “M. le Président, je remercie la France qui m’a permis de maîtriser votre langue, ce qui me met en position de force par rapport à vous qui ne maîtrisez pas la mienne.”

Contrairement à ce que certains continuent de penser, la langue n’est pas un élément de souveraineté, mais un simple moyen de communication, sinon, pourrait-on qualifier les USA, première puissance mondiale, d’État non souverain sous prétexte d’utilisation, comme langue nationale, de l’anglais qui provient de l’ancienne puissance coloniale ?

La langue française est une des langues majeures de l’évolution scientifique, qui n’est plus un patrimoine de la France, mais un bien universel, à l’instar de l’anglais. Faut-il rappeler que les documents relatifs au déclenchement de la Révolution de Novembre 1954, ainsi que des accords consacrant l’indépendance du pays ont été rédigés en langue française, sans complexe. 

Les Boudiaf, Aït Ahmed, Krim Belkacem, Redha Malek, Benyahia et tant d’autres n’étaient tout de même pas moins patriotes que les zélés d’aujourd’hui au motif qu’ils étaient francophones. Ils revendiquaient même la langue française comme butin de guerre. Le hic est que, souvent, les dirigeants les plus acharnés de l’arabisation pour les enfants du peuple ne manquent pas de solliciter les écoles francophones et les universités de France pour leurs progénitures.

Cette attitude d’hypocrisie a valu à nos établissements pédagogiques d’être classés parmi les plus médiocres du continent, après avoir servi de bases de formation pour les étudiants africains, durant les années 1970-1980. L’évolution scientifique et technologique requiert la maîtrise des langues les plus performantes. Décider de s’en démarquer, au profit d’une langue qu’on a sacralisée, sans tenir compte des conséquences sur le développement du pays, est un véritable crime. Je fais partie d’une génération formée depuis le primaire jusqu’au terme des études universitaires en langue française et qui ne nourrit aucun complexe à l’égard du patriotisme. Nous avons contribué à la formation de l’élite qui a servi le pays avec amour et performance. 

Notre pays mérite des dirigeants qui réfléchiraient et décideraient pour le peuple comme ils le feraient pour leurs propres enfants. C’est la seule façon d’inscrire le pays dans la dynamique des nations qui progressent et peuvent prétendre à la vraie souveraineté, celle de l’autonomie par rapport aux besoins élémentaires.

 


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