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Contribution

Du risque Algérie aux choix stratégiques d’une nation

© Billel Zehani/Liberté

Par : Pr Seddik S. LARKECHE  
Expert international en gestion stratégique des risques

 

 

 

Nous devons apprendre à construire avec de nouveaux repères, intégrer nos erreurs du passé, avoir la conviction que l’homme providentiel n’existe pas et que l’apprentissage sera concluant si nous considérons le peuple comme central, si nous savons prendre des risques pour viser un grand projet pour l’Algérie.”

L’Algérie est aujourd’hui sur une ligne de crête, et c’est pourquoi elle doit amorcer sa mutation vers une seconde république réellement démocratique au plus vite : si elle ne le fait pas, ce sera l’histoire qui lui imposera, l’histoire se terminera mal et le prix à payer sera tragique pour le pays. 

L’Algérie est aujourd’hui dans le viseur, surveillée par certains, admirée par d’autres pour sa première révolution, la seconde en cours et convoitée par quelques nations durant cette période incertaine. La richesse du sol algérien et sa position stratégique en Méditerranée ont toujours suscité de 
nombreuses convoitises. 

L’Algérie est face à de nombreux risques internes (politique, social, économique) et externes, multiplication de conflits localisés encerclant le pays (Libye, Sahel, sahraoui) dans une poudrière régionale qui peut s’exprimer à tout moment par une quelconque étincelle, aggravée par Israël qui se rapproche dangereusement de l’Algérie avec ses récentes normalisations avec le Maroc. La nation algérienne est une et indivisible, même si certains tentent par différents subterfuges de souffler sur les braises pour tenter de la disloquer.

Qu’est-ce que la nation algérienne ?
L’Algérie dispose d’une histoire commune, de plusieurs langues, d’un vaste territoire et, finalement, d’une âme arabo-berbère, musulmane, une âme singulière, mélange d’influence romaine, espagnole, turque et française, combinant héritage glorieux comme l’indépendance, mais aussi des tragédies communes. 

Les Algériens ont souffert ensemble durant près de deux siècles : on a gagné et perdu ensemble de nombreuses batailles ; c’est ce qui fait notre nation. Les sacrifices de nos chouhada et nos deuils nous imposent des devoirs, celui du souvenir, nos réussites, y compris celles des épreuves surmontées qui nous poussent vers un effort commun, celui de construire un grand projet solidaire pour le présent et l’avenir. La nation algérienne existe par son passé, son histoire commune et la volonté de continuer ensemble avec une solidarité, contrairement à ceux qui souhaitent la diviser. 

La nation algérienne dispose d’une âme, j’en suis convaincu, celle d’une conscience collective de vouloir faire ensemble de belles et grandes choses, contrairement à ceux qui surfent d’une manière intéressée sur la désillusion et l’impossibilité de voir la naissance d’un grand projet en Algérie. Cette réalité peut être matérialisée par ces épreuves et ces réussites extraordinaires : je considère qu’elles peuvent être caractérisées par quatre moments forts : le premier, la révolution d’indépendance, le deuxième, Octobre 1988 où l’armée tire pour la première fois sur ses enfants, le troisième, la tragédie de la décennie noire qui a fait des dizaines de milliers de victimes diverses et, enfin, le Hirak du 22 février 2019 qui peut être la jonction de ces quatre temps forts. C’est pourquoi nous sommes aujourd’hui autant à la croisée des chemins, en quête de devenir, mais aussi en quête d’une identité commune renforcée avec l’impérieuse nécessité de faire un bilan depuis 1962.

Un bilan decevant depuis 1962
Nos réalisations sont nombreuses ; il serait ridicule de les minimiser pour ne pas exprimer la réalité contrastée algérienne qui intègre d’importantes infrastructures réalisées (ponts, barrages, routes, logements, usines de production), faisant aujourd’hui de l’Algérie un pays composé de plus de 40 millions d’habitants qui arrivent à se nourrir, à se loger et à se former. Il est vrai, et c’est une avancée indéniable, que l’Algérie dispose aujourd’hui d’un peuple instruit par millions, générant des milliers de médecins, d’ingénieurs, de docteurs en tous genres, alors qu’elle ne disposait au lendemain de l’indépendance que d’une poignée d’ingénieurs, de médecins et d’architectes, avec une population à plus de 90% analphabète en arabe et en français. 

Ces réalisations ont été possibles grâce à l’engagement de talents algériens qui ont été sincères dans l’exercice de leurs responsabilités. A contrario, ces réalisations n’ont pu masquer nos dysfonctionnements profonds et cela, depuis longtemps, y compris durant la guerre de Libération nationale. 

Le bilan après soixante années d’indépendance est décevant, car ces décennies ont été aussi traversées par de nombreux échecs, où l’on constate un système bloqué, artificiellement démocratique avec des élections presque toujours “bidonnées”, sans projet de société, et où le poison corruption est devenu la règle dans les relations sociales et les gouvernances successives.

Cette affirmation n’est pas la construction intellectuelle d’un chercheur pointilleux qui cherche le point noir de la feuille blanche, mais celui d’un Algérien – parmi des millions – vivant tristement dans son âme et sa chair la déliquescence d’un pays. Alors qu’il a pourtant tout pour réussir (et c’est peut-être le plus affligeant), il donne l’impression d’avoir été capté par une minorité d’acteurs. Une forme d’entente mafieuse pour ne jamais laisser l’Algérie s’exprimer et se développer comme une grande nation, comme si un sortilège l’avait frappée d’un puissant poison.  

Pour prouver ce malaise profond, il suffit de se référer à deux indicateurs probants : le premier, c’est le nombre d’émeutes et de contestations depuis plus de trente ans, et le second, le nombre exponentiel de harraga qui prouve au monde entier le mal-être des Algériens. Il suffit de voir le taux de chômage, surtout chez les diplômés, pour mesurer l’ampleur de la situation, telle que le désœuvrement de ces jeunes qui deviennent malgré eux des hitistes ou condamnés à devenir des harraga par centaines. Un autre exemple, celui de la quantité de familles nombreuses, avec un seul et médiocre salaire, familles n’arrivant alors que difficilement à subvenir à leurs besoins vitaux.

Les racines du mal ou le syndrome de l’enfant battu
Le poison corruption étant le symptôme de l’Algérie malade, les causes remontent à très loin, de la chute de l’empire musulman Al Andaluz en 1492 à Grenade, en passant par l’influence ottomane, la colonisation française et les basculements durant la révolution d’indépendance, pour rejoindre les différents gouvernants autoritaires de 1962 à 2019. 

Ils ont tous consolidé, au fil des ans, à leur manière, le syndrome de l’enfant battu, origine principale de notre matrice autoritaire dont l’Algérie ne sait plus comment se départir. La première grande erreur, c’est que nous avons eu peur de la pleine démocratie avec l’élimination quasi mécanique de toute opposition, loin de l’idéal révolutionnaire d’indépendance et de liberté retrouvée. En réalité, on n’a pas su impulser un véritable projet démocratique depuis 1962.  On a donné l’illusion d’une société démocratique tout en maintenant un système autoritaire avec une certaine élite de l’armée qui a surfé sur une certaine légitimité historique pour s’imposer comme arbitre du jeu politique.

On a construit un monstre poison, une forme d’association de malfaiteurs composée d’une élite de la hiérarchie militaire, d’une bourgeoisie bureaucratique et d’une bourgeoisie industrielle et commerciale. Toutes ces catégories imbriquées entre elles par des liens familiaux, relayées par des mafias internationales, essaiment un peu plus le poison dans toutes les strates de la société, pour un peu mieux déposséder l’Algérie.  

Aucun de nos présidents, en dépit des bonnes intentions de certains, n’a su véritablement s’asseoir au seuil de l’histoire de ce grand pays : ils ont tous globalement échoué, dévorés par leurs turpitudes autoritaires, puisque la démocratie n’a jamais pu s’installer véritablement en Algérie. Le poison de la corruption n’a alors fait que progresser pour prendre des proportions folles, rendant toujours et encore plus fragile l’Algérie. 

On a trompé les Algériens
On a cru penser que nous pouvions acheter le développement à coups de milliards, sans accorder une importance particulière à la digestion des technologies et du savoir-faire importés en négligeant le capital humain. On a pensé que la rente pétrolière était notre garantie de réussite, alors qu’elle faussait notre représentation de la réalité et fragilisait les autres secteurs qui n’étaient viables qu’avec l’injection massive de capitaux issus de cette rente énergétique.

On a assisté le peuple en lui faisant croire que les subventions diverses étaient un dû dans le partage du gâteau algérien, faisant exploser le clientélisme et, par prolongement, la corruption pour les heureux élus. On n’a pas cru au capital humain algérien alors qu’on avait misé sur la formation pour que ces derniers soient les réels leviers du développement du pays.

On a été tactique pour neutraliser les oppositions et rarement stratégique avec une vision pour un développement durable de l’Algérie, nous limitant à un modèle de fonctionnement.On a transféré le poison du parent aux enfants, démultipliant sa propagation dans les profondeurs de la société. La liste est longue, et nous pourrions démultiplier le nombre d’exemples qui prouvent que notre bilan est accablant pour un pays qui avait tout pour réussir et devenir une très grande nation, le lion de l’Afrique. 

L’Algérie face à sa diaspora, l’éternelle exclusion
On a fait fuir les meilleurs et on a constamment négligé la diaspora, considérant qu’elle pouvait perturber l’ordre établi, en la cantonnant à un tourisme familial sans apport réel au pays d’origine. La réitération dans la nouvelle Constitution de l’impossibilité pour ces Algériens de l’étranger  d’occuper de hautes fonctions ou le projet de déchéance de leur nationalité sont dans la même continuité, une diaspora stigmatisée exclue du développement de l’Algérie. 

L’Algérie sera coupable devant l’histoire parce qu’elle n’aura pas su valoriser et utiliser réellement ses enfants de l’extérieur pour le développement du pays. Nos problèmes ne sont pas techniques ou politiques, mais d’abord philosophiques, intellectuels, et nous ne pourrons les résoudre que si nous enclenchons un processus de déconstruction idéologique nous permettant d’identifier nos erreurs du passé qui nous ont enfermés dans une décadence depuis de nombreuses années. 

La triangulation du poison est la colonne vertébrale de ce système, composée par un premier poison, celui de l’autoritarisme, et le second, celui de la rente. Les deux sont reliés avec pour conséquence la généralisation d’un troisième  poison, celui de la corruption. Sans une réelle déconstruction de cette triangulation systémique et diabolique, nous continuerons à donner dans les échecs comme le syndrome du mauvais élève, incapable de cerner les enjeux actuels. Nous devons apprendre à construire avec de nouveaux repères, intégrer nos erreurs du passé, avoir la conviction que l’homme providentiel n’existe pas et que l’apprentissage sera concluant si nous considérons le peuple comme central, si nous savons prendre des risques pour viser un grand projet pour l’Algérie. Ce gâchis de ne pas avoir été au seuil de l’histoire du développement de notre pays est aussi l’échec de tous, pas uniquement des apparatchiks, car ce serait trop facile de cibler ce seul acteur. 

1er Novembre 1954-22 Février 2019 : étrange similitude
L’Algérie force le respect mondial par sa révolution contre le joug colonial français qui lui a permis de recouvrer sa liberté et sa dignité au prix d’un sacrifice immense. Chaque famille algérienne a ses victimes. Aujourd’hui, l’histoire se reproduit sous une autre forme avec des enjeux différents mais avec un point commun : une nouvelle révolution est en marche et tous ses enfants patriotes se doivent d’y participer car l’avenir de l’Algérie est en jeu. La tâche est rude car le cadre est complexe, la lisibilité faible, les résistances et les inerties nombreuses mais l’objet en vaut la peine dans la continuité idéologique de nos illustres chouhada qui ont mis en péril leur vie pour que l’Algérie soit libre et debout. 

Aujourd’hui, l’objectif de la majorité des Algériens est d’impulser une nouvelle république en rupture avec l’ancien régime, seul remède contre la mal-vie où le poison de la corruption est devenu la règle, omniprésent et gangrénant tous les jours un peu plus l’âme de toute une nation. Il n’existe pas deux peuples algériens car le principal de la population souhaite une rupture avec l’ancien régime. 

Être Algérien aujourd’hui, c’est assumer notre histoire, nos ancêtres, nos traditions, notre culture, notre religion principale et nos langues arabe et berbère, nos diversités et nos évolutions pour ne pas se perdre. Mais être Algérien, c’est aussi vouloir construire ensemble une nouvelle Algérie forte et digne où la liberté ne sera plus un vain mot mais le constituant principal de notre identité, et le Hirak en est la plus belle expression.

L’hypothétique dialogue entre le pouvoir et le Hirak
Le président Tebboune et ses nombreux conseillers le savent. La situation est sous pression et l’invitation au véritable dialogue est délicate, d’abord parce que le pouvoir ne sait pas comment appréhender réellement ce dialogue, par peur d’être dépassé par les revendications. Surtout, le pouvoir freine par différents subterfuges la capacité du Hirak d’exister politiquement et de pouvoir désigner ou élire des représentants à même de négocier avec le pouvoir. Ce double jeu (appel au dialogue et blocage et répression du Hirak) génère un enlisement qui accroît l’incertitude du pays. Il est certain que les nombreux jeux d’acteur qui se profilent avec des intérêts opaques risquent de faire basculer l’Algérie dans une situation inédite, dans des proportions inégalées. Notamment celle d’être gangrénée par un poison intérieur venu de l’extérieur qui ne sera plus celui de la corruption mais celui de la dépendance multiforme à des intérêts étrangers qui auront su habilement instrumentaliser la situation, le Hirak et fracturer l’Algérie à jamais ; c’est pourquoi il y a urgence. 

L’urgence d’un grand projet pour l’Algérie 
Le président Tebboune a une lourde responsabilité, celle d’impulser un grand projet fédérateur pour le pays. Il devra miser sur les forces vives, son peuple et sa diaspora où le Hirak est le pivot. La continuité du système serait une impasse ; une stratégie de rupture est vitale si nous ne voulons pas faire face à des matérialisations de risques multiformes. Le président Tebboune peut relever le défi, en faisant passer l’Algérie d’un régime autoritaire semi-démocratique à un véritable État de droit. Pour atteindre cet objectif ambitieux, il devra donner plus de gages pour ré-impulser la confiance, ce qu’il n’a pas pu pleinement faire pour le moment, en accélérant le processus d’incarcération de nombreux détenus d’opinion ces derniers mois. Les récentes libérations vont dans la bonne direction mais restent insuffisantes eu égard au désespoir qui continue de sévir dans le pays. 

Le président Tebboune devra trancher entre rupture ou continuité du système actuel, entre État de droit plein et entier ou triangulation du poison (autoritarisme, rente, corruption). Entre impulser un grand projet ou maintenir un modèle de fonctionnement. Entre valorisation du capital humain comme principale richesse du pays ou continuer à dépendre de la rente énergétique. Permettre l’émergence de contre-pouvoirs avec une justice réellement indépendante, des médias enfin libres et une opposition politique digne de ce nom ou l’omniprésence d’un poison corruption qui gangrène l’Algérie. 

À l’arbitrage de ces choix stratégiques, la politique des petits pas ne peut être efficiente car elle ne débouchera en rien sur un changement productif pour l’Algérie. Nous pourrions dire que le temps presse et qu’il n’arrangera pas les choses : l’Algérie ne pourra plus tenir de la sorte, avec une rente qui lui donne l’illusion d’être riche et qui de l’autre neutralise toutes les forces vives de la nation en donnant tous les jours un peu plus de place au poison qui gangrène tout. L’histoire va mal se terminer si nous ne réagissons pas.

Aussi, parce que notre population croît à une vitesse élevée et que tenir une population de près de 60 millions d’individus dans à peine vingt ans sous perfusion, grâce à la rente et à un système autoritaire est une idée suicidaire non viable et sujette à toutes les explosions, y compris violentes. Le temps nous presse aussi car la déconstruction sera d’autant plus délicate, avec un retard et des dysfonctionnements structurels profonds qui seront de plus en plus difficiles à combler. 

Le président Tebboune est face à un destin historique avec une question cruciale : saura-t-il faire passer le palier à l’Algérie pour qu’elle entre dans une nouvelle ère prospère, en particulier dans le concert des nations véritablement démocratiques ? A contrario, sera-t-il dans la continuité de ses prédécesseurs qui ont pratiqué la politique de l’entre-deux avec des résultats médiocres et presque toujours avec des issues tragiques ? Par patriotisme, mais aussi parce que la fonction peut éclairer les hommes en leur donnant le courage de faire de belles et grandes choses, j’ai envie de croire à la première option, même si les premiers résultats ne sont pas pleinement au rendez-vous, accélérant ma demande au président Tebboune de mesures radicales pour sauver l’Algérie dont il est détenteur du pouvoir suprême. Je suis dans une opposition totale avec celles et ceux qui considèrent qu’il ne dispose pas du véritable pouvoir.

Par contre, je suis lucide sur les résistances, voire plus avec leurs relais nationaux et internationaux de certains acteurs qui souhaitent ardemment ne pas être dérangés par ce nouveau président, dans leurs positions privilégiées au sein des appareils et de l’économie algérienne. Une des requêtes principales au président Tebboune est celle de ne briguer qu’un seul mandat, non pas comme signe de renoncement, mais au contraire comme un engagement fort aux côtés des Algériens prouvant que la nouvelle Algérie est véritablement en marche avec la préparation d’un grand projet et les premières élections véritablement libres en 2024.

Cet engagement à ne briguer qu’un seul mandat, s’il se réalise, ne devra pas être confondu avec une démission, au contraire. Cet unique mandat du président Tebboune sera déterminant pour l’avenir de l’Algérie car il aura su relever le défi de faire passer un palier, d’un système autoritaire à une véritable démocratie, loin de l’entre-deux (autoritarisme et/ou islamisme) où la justice et la liberté de la presse et des citoyens ne seront plus de vains mots. 

La question est posée : le président Tebboune saura-t-il entendre ma requête ? Je m’interroge, mais je suis convaincu que s’il s’oriente dans cette direction, il aura les honneurs et le soutien de la grande majorité du peuple algérien et je serai l’un d’eux, parmi des millions. Surtout, il achèvera son mandat de président de la République en marquant durablement l’histoire de l’Algérie, contrairement à ses principaux prédécesseurs depuis 1962. 


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