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Échec du renouveau de la classe politique

© D.R.

Par : Chérif Ali 
Cadre supérieur à la retraite 

Le clanisme, le clientélisme, le népotisme et le consensus politicien sont-ils compatibles avec une politique d’ouverture qui se fonde sur l’alternative de gouvernance et sur les compétences nationales ?”

À défaut de peser sur les choix politiques et économiques du pays, les partis politiques, dans nos contrées d’ici-bas, ne règlent leurs horloges que sur les échéances électorales. Ils n’ont cure du nombre de leurs adhérents qui est descendu à un étiage historique, depuis l’avènement du Hirak qui les a mis “au ban de la société”, si on peut le dire ainsi, dès lors que ces derniers ont soutenu sans joie et milité sans conviction pour la plupart. Une même crise de confiance frappe toute la classe politique, y compris celle dite de “l’opposition”. Le clanisme, le clientélisme, le népotisme et le consensus politicien sont-ils compatibles avec une politique d’ouverture qui se fonde sur l’alternative de gouvernance et sur les compétences nationales ? Évidemment non ! La classe politique actuelle n’a pas l’envergure de cette politique. Encore moins le FLN, qui aurait dû mener ce combat dès le lendemain de l’indépendance. Ses hommes ne se sont-ils pas succédé au pouvoir depuis 1962, sans pour autant se battre pour l’alternance ? Ou pour la démocratie ?
Il fallut attendre le 5 octobre 1988, et le non moins fameux “chahut de gamins”, pour voir la parole libérée et apercevoir un semblant d’ouverture du champ politique et médiatique.
Au final, on a obtenu une foultitude de “partillons” faire-valoir du pouvoir qui ressurgissent à la veille de chaque élection.
L’appel de la mangeoire, ont ironisé certains !
Le FLN était réduit à la stricte dimension d’appareil ; il servait, surtout, de tremplin à ceux qui aspiraient à une ascension politique. Quant au RND, le “bébé né avec des moustaches”, dire que c’était le parti de l’administration résume tout le poids que certains voulaient bien lui donner.
Aussi impuissants l’un et l’autre à empêcher la montée des partis islamistes, englués l’un que l’autre dans leurs incohérences internes, les deux partis du gouvernement devraient s’interroger : pourquoi ne pas faire exploser, une fois pour toutes, leur prétendue unité ?
Entrer au musée pour le premier et se faire harakiri pour le second !
Mais comment se fait-il aussi que des dirigeants politiques qui se donnent en spectacle à longueur d’année, allant jusqu’à décrédibiliser et discréditer la notion même de gouvernance, pensent encore à se présenter aujourd’hui au suffrage populaire ? En rédempteurs ? Pour changer l’ordre des choses ? Promouvoir les libertés, toutes les libertés et donner à “l’Algérie nouvelle” la relève qu’elle mérite ? 
Ou faire de Tindouf un Dubaï bis !!!
Promesses toutefois qui n’engagent pas leurs auteurs, encore moins la classe politique de laquelle ils relèvent. Sans alternative sérieuse et structurée, on va assister, et tout le monde est d’accord là-dessus, à une reconduction du même personnel politique à l’occasion des législatives à venir avec peut-être “une chkara” moins ostentatoire ! 
Et cela ne changera guère le constat : il y a un vrai échec sur le plan du renouveau de la classe politique.
Ce constat amer est d’autant plus problématique lorsque l’on note le désintéressement de la population de la chose politique : à peine 23,7% du taux de participation lors du référendum constitutionnel. Un micro-trottoir a laissé apparaître par ailleurs une méconnaissance totale des partis ; un citoyen sur cinq en ignore les appellations. Et aussi les contours des visages de leurs dirigeants dont certains sont aux manettes depuis des lustres !
Les raisons sont multiples : leur absence sur le terrain, un discours politique imprégné de langue de bois, voire démagogique et populiste, ainsi que l’absence d’un programme et d’un projet de société.

La plupart des partis politiques n’ont pas réussi à sortir des réflexes des appartenances idéologiques.
Les conservateurs se sont coalisés pour produire la plateforme d’Aïn Benian, tandis que les progressistes ont fait de même avec les PAD (Partis de l’alternative démocratique). Certains membres de la coalition des PAD sont même restés bloqués dans une hostilité viscérale à l’égard du courant islamiste, considérant que la vision de la démocratie qu’ils défendent ne leur permettait pas de s’engager dans des actions coordonnées avec eux. Ces derniers sont considérés soit comme extrémistes, dont le positionnement est incompatible avec les règles du jeu démocratique, soit accusés d’être les alliés objectifs du pouvoir politique (Louisa Dris-Aït Hamadouche).
Le sentiment général chez les Algériens est que le premier souci chez les politiques est de faire carrière ! 
Pour se servir et non pas servir ceux qu’ils vont courtiser pour en obtenir les parrainages. Et ce ne sont pas les présidents des partis TADJ et MPA qui vont soutenir le contraire.
Cela vaut également pour le FLN, le RND et toute l’opposition. La raison de l’échec de cette dernière tient dans le caractère éclectique de sa composante. Elle est tellement contradictoire au plan idéologique qu’il serait impossible d’en voir un partenaire politique.
Or, pour être crédible politiquement, il faut d’abord peser socialement. Il faut aussi et obligatoirement montrer une capacité de mobilisation populaire conséquente pour obliger le gouvernement à s’assoir à une table de dialogue Aucun parti ne peut se prévaloir de ces qualités !
Pour le moment, le gouvernement ignore superbement les partis politiques et tous ceux qui s’en revendiquent.
Et c’est Abdelmadjid Tebboune qui a montré la voix en constitutionnalisant la “société civile” sur laquelle il dit s’appuyer dorénavant !
Un antipartisme qui ne dit pas son nom ?
Rappelons, selon la définition qui en est donnée, que l’antipartisme politique est le refus de l’existence de parti politique au sein d’un système démocratique.
Selon la revue française de science politique, il existerait deux formes d’antipartisme :
- un antipartisme culturel marqué par des expériences socialisatrices communes négatives ;
- un antipartisme réactif lié aux réactions critiques et conjoncturelles des citoyens
Cela étant dit, les pouvoirs publics ne cherchent plus à créer l’émulation et à former la relève.
Celle-ci, et c’est clair maintenant, ne semble pas avoir été aussi programmée par le FLN, le RND, le MSP, le FFS et consorts, plus enclins à reprendre les mêmes, nonobstant leurs échecs patents. Encore moins par le parti des travailleurs de Louisa Hanoune, décidée plus que jamais à rester aux commandes, tout comme ses pairs des autres formations politiques qui se refusent à passer le témoin !

Politique à courte vue, fausses solutions qui tout au plus accordent un répit
Voilà à quoi nous assistons sur la scène politique au moment même où la dissolution des Assemblées élues est actée !
Certes, on peine à voir le grand dessin. On va, à l’approche des élections locales à venir, entendre les mêmes éléments de langage prédigérés, les mêmes arguments si usés que l’on voit la trame au travers. Et aussi les ambitions des uns et des autres. Et les militants des partis vont soutenir sans illusion, militer sans joie, relayer sans conviction. C’est ce qui attend un grand nombre d’Algériens (encore ?) affiliés au FLN, au RND au MSP, au PT, au RCD, au FFS, à Ennahdha et consorts, sans que cette situation émeuve outre mesure les dirigeants de ces 
partis qui feront tout pour “se succéder à eux-mêmes” ou, suprême ambition, “entrer au gouvernement” !
Et l’argent dans tout cela ? La loi s’y oppose, tout comme Abdelmadjid Tebboune !
Il n’empêche, et il faut le dire : c’est bien le mur de l’argent qui se dressera devant les partis politiques en lice pour les élections prochaines :
- qu’ils persistent à vouloir l’ébranler comme ils le soutiennent, et l’opinion, finalement, leur en saura gré, peut-être même par un vote 
d’adhésion ;
- qu’ils renoncent ou donnent simplement le sentiment de flancher devant l’obstacle et ils prendront ce mur de plein fouet.
Pour autant, avaient-ils une autre alternative que celle-là pour exister ? Pour survivre ?
Pour l’heure, confinés à la prudence par un manque de visibilité politique et économique, les partis politiques sont en mode “stand-by”, Covid-19 oblige !
Quelques-uns se sont contentés de “saluer les efforts de l’État dans la lutte contre le nouveau coronavirus, appelant à contribuer aux efforts nationaux visant à réduire les répercussions de cette crise sanitaire que traverse le pays, à l’instar des autres pays du monde”.
D’autres ont “pondu” des communiqués minimalistes condamnant la résolution du Parlement européen, l’invasion de Guergarat par le Maroc et sa normalisation avec l’État Sioniste…, manière comme une autre de se manifester à l’opinion publique. Comme le FLN qui, à l’occasion, a appelé tous ses élus locaux et cadres à renforcer le front interne.
On reconnaît là le style “langue de bois” du vieux parti !
Pour sa part, le RND, fidèle à lui-même, s’est contenté du Smig en mettant en avant “la mobilisation” de l’État pour endiguer la propagation du coronavirus !
Certains pourtant, comme le MSP, se sont carrément positionnés : “Nous incitons les autorités algériennes à participer à la construction d’un monde post-Covid-19 où les civilisations orientales seraient plus présentes.” C’est l’une des recommandations du communiqué ayant sanctionné les travaux de la réunion hebdomadaire du bureau exécutif du MSP qui, selon les observateurs, n’a jamais abandonné le rêve d’un modèle islamiste turc en Algérie !

Sur les réseaux sociaux, on continue encore de s’interroger sur la léthargie des partis. Le virus n’explique pas tout !
Ils disent posséder en leur sein des élites universitaires, des intellectuels et autres militants rompus aux causes humanitaires : la Covid-19 les a démasqués.
Ils n’ont apporté aucune réponse sur la manière de surpasser cette crise ; des questions-interpellations reviennent en boucle sur les réseaux sociaux : où sont-ils ces partis ? Où sont leurs dirigeants ? Où sont leurs militants ? Vont-ils réapparaître après cette éclipse qui n’a que trop duré ou vont-ils céder le terrain à la société civile ?
Et cette interrogation qui vaut son pesant :
- La société civile peut-elle redessiner le paysage politique alors qu’elle n’est qu’une courroie de transmission entre les élus et les pouvoirs publics ?
- Peut-elle, vraiment, se substituer aux partis politiques ou bâtir la démocratie à leur place ?
 


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