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CONTRIBUTION

Faire de 2022 l’année de l’entreprise algérienne, est-ce possible ?

© D. R.

Par : CHERIF ALI
ANCIEN CADRE SUPÉRIEUR

“Chaque fois que vous voyez une entreprise qui réussit, dites-vous que c’est parce qu’un jour quelqu’un a pris une décision courageuse !” (Peter Drucker)

Aujourd’hui, le pays a besoin de ses entreprises, de toutes ses entreprises, car ce sont elles qui, en innovant, en risquant les capitaux de leurs actionnaires, en mobilisant leurs salariés, en répondant aux attentes de leurs clients, créent de la valeur, génèrent de la richesse qui doit profiter à tous !

“On ne peut prétendre à un avenir prospère si nous n’avons pas une base solide qu’est l’entreprise, principal vecteur de création de richesse et d’emploi”, estime Sami Agli. Selon le professeur Youcef Benabdellah, consultant, la structure sectorielle de l’économie algérienne plombe la croissance et les exportations, soulignant la nécessité de prendre “rapidement des décisions énergiques” pour transformer en profondeur l’économie. 

“Le problème est structurel et il ne peut trouver de solution que dans les réformes structurelles de transformation”, a renchéri le professeur Mohamed-Cherif Belmihoub, évoquant le classement “peu enviable” de l’Algérie en matière de compétitivité. 
Avec la mondialisation, les entreprises algériennes sont contraintes, présentement, d’évoluer dans un contexte d’ouverture commerciale et de concurrence accrues. Il devient alors indispensable pour elles d’améliorer leur compétitivité interne et externe. 
Pour l’heure, et c’est révélateur de l’incurie de nos entreprises, il n’y a aucune trace d’entreprises algériennes sur la liste des invités au Forum Afrique-Monde arabe-France. 
Tout comme les organisations patronales algériennes, contrairement à leurs homologues africaines et arabes et aussi maghrébines qui y seront présentes !
En 2011, le gouvernement avait pourtant décidé de changer de braquet et de faire de cette année-là “l’année de l’entreprise” !
Les tripartites, tout comme les plans de relance, se sont succédé avec les objectifs d’instaurer un dialogue social, de rééquiper le pays, de développer les infrastructures de base, de redynamiser la formation et la recherche. 
Un Conseil des ministres a été, presque exclusivement, consacré aux problèmes que rencontre l’entreprise dans son fonctionnement et son expansion ! 
En peine perdue !
On parlait alors de “mise à niveau de l’entreprise”, programme qui a concerné 20 000 PME, publiques et privées, pour une enveloppe de près de 380 milliards de dinars. 
Les travailleurs mis au chômage, à l’époque de l’opération dite “politique de restructuration des entreprises”, ont accusé la centrale syndicale d’avoir fermé les yeux concernant ce qui a été appelé, communément, à l’époque “le plan de redressement interne”, à l’issue duquel l’entreprise était obligée de fermer, de libérer les travailleurs, pour être aussitôt reprise par des repreneurs plus que ravis par l’aubaine. 
En ce temps-là, Ahmed Ouyahia était aux manettes. Il déteste l’entreprise, pensaient les gestionnaires : “Son gouvernement a durci et bureaucratisé les conditions d’investissement et de création d’entreprises ; l’octroi des crédits bancaires aux entreprises était soumis à l’accord du pouvoir politique et l’accès au foncier industriel était quasi impossible.” 
Les patrons des EPE algériennes disaient qu’“il donnait de l’argent d’une main, et de l’autre il signait une circulaire des plus restrictives énumérant les cas de dépenses pouvant être assimilées à l’abus de biens sociaux”. Il se méfiait des gestionnaires, eux-mêmes échaudés par les multiples opérations “mains propres”, dont certains de leurs pairs ont fait, injustement, les frais !
On se rappelle cette époque où les patrons des entreprises publiques étaient tétanisés et horrifiés à l’idée de prendre un quelconque risque ou une décision qui pouvaient les conduire directement en prison. 
Même les grands groupes se plaignaient, à cette époque-là, des blocages administratifs de leurs projets, souvent pour des raisons des plus absconses.
Des investissements importants dans différents secteurs économiques présentés par des groupes privés attendaient, selon eux, dans des cartons, depuis des années, de passer au Conseil d’investissement.
Nous avons le potentiel pour réaliser une croissance plus forte et durable, avait déclaré le successeur d’Ahmed Ouyahia, dans son allocation d’ouverture de la Conférence sur le développement économique et social ; il nous faut, toutefois, nous départir du “pessimisme ambiant” pour construire une économie diversifiée, émergente, pour atteindre à l’horizon 2019 un taux de croissance de 7% grâce, notamment, à l’industrie. 
Il soutenait mordicus que “les performances économiques du pays sont positives et qu’elles pouvaient être, substantiellement, améliorées”. Il a aussi dit qu’“il continuerait à exécuter, jusqu’au bout, le programme sur lequel a été élu le président de la République”.
Pour ce faire, il s’est dit “décidé à mettre l’entreprise nationale, sans distinction aucune, au cœur de sa démarche visant l’amélioration du climat des affaires, l’entrepreneuriat, le partenariat et la promotion de l’investissement, créateur de richesses et d’emplois”. 
Que reste-t-il des prévisions de l’ex-Premier ministre Abdelmalek Sellal, puisque c’est de lui qu’il s’agit ? 
Pas grand-chose, si ce n’est qu’“il ne disait pas toute la vérité au peuple algérien” !
Aujourd’hui, le pays a besoin de ses entreprises, de toutes ses entreprises, car ce sont elles qui, en innovant, en risquant les capitaux de leurs actionnaires, en mobilisant leurs salariés, en répondant aux attentes de leurs clients, créent de la valeur, génèrent de la richesse qui doit profiter à tous !
Comme Cevital qui se distingue parmi ces entreprises qui réussissent et servent l’économie nationale, sans y être autorisées ni parrainées. Et les Algériens n’arrivent pas à comprendre ce que leur vaut cet acharnement de la part de certains services publics. 
Tous s’accordent à dire que, désormais, le débat à venir doit être placé sur le terrain économique.
Et ceux qui persistent à opposer, systématiquement, État et entreprises, chefs d’entreprise et salariés, organisations patronales et syndicales, doivent revoir leur position. Il est absurde de parler de cadeaux faits aux patrons ; ce langage n’a aucun sens. Une mesure favorable aux entreprises est favorable au pays tout entier !
En ces temps de crise et de récession économiques, le regard et l’espoir doivent se porter, en priorité, sur la création d’entreprises, seules à même de pouvoir relancer la croissance et l’emploi.
Aujourd’hui, et avec le prix du pétrole qui fluctue, les rentrées en devises du pays vont considérablement se réduire. Que compte faire le gouvernement ?
Cela va-t-il infléchir le gouvernement et le dissuader de présenter un plan d’investissement des plus audacieux ou, au contraire, va-t-il mettre le paquet pour “ranimer” l’économie nationale ?
Va-t-il se décider à faire de 2022 l’année de l’entreprise algérienne ?
Cela étant dit, faut-il aussi se féliciter de ce “trop d’État” dans l’économie, sachant que cela peut tuer l’économie, ou exiger, alors, l’effacement de l’État, sachant que son absence est aussi nocive que sa grande présence?
Pour sa dernière tripartite, consacrée à “L’investissement et l’entreprise”, Ahmed Ouyahia, comme dans un aveu de repentance, a indiqué que “les orientations économiques du pays ont changé en faveur d’une meilleure place pour l’entreprise 
nationale”. 
Il a reconnu aussi que “les efforts pour atteindre cet objectif ont été insuffisants, en notant que la Banque mondiale a classé l’Algérie à la 136e place sur 82 pays dans le domaine des climats des affaires”.
En attendant de voir plus clair dans le programme du Premier ministre Aïmène Benabderrahmane, qu’il compte soumettre à l’APN, les experts sont unanimes à dire qu’il faut a minima :
1- baisser, au maximum, la dépense publique parce que le pays vit au-dessus de ses moyens,
2- assainir, sincèrement, le climat des affaires (peut-on dire, par ailleurs, que le climat des affaires est en voie d’être débroussaillé ?), 
3- dépénaliser, dans les faits, l’acte de gestion,
4- libérer, par les textes, les banques et les inciter à “lâcher” leur surplus de liquidités (rappelons que la Banque d’Algérie avait pris la décision de donner la possibilité aux opérateurs nationaux d’investir à l’étranger, à condition que l’objet de l’investissement soit complémentaire à l’activité de production de biens ou de services, et que son montant corresponde au volume des exportations de l’opérateur. 
Du coup, peu d’opérateurs algériens étaient éligibles à l’investissement à l’étranger. Quant au citoyen lambda, il ne comprend pas le fin mot de cette mesure qui vise, selon lui, à préserver l’emploi des étrangers, alors que l’effort doit être consacré, en priorité, à la création de postes de travail en 
Algérie ! 
D’autres experts pensent plutôt que les mesures de la Banque d’Algérie sont restrictives et que cela va coûter cher au pays ; la frilosité de la Banque, disent-ils, est un frein au développement rapide à travers l’acquisition de sociétés étrangères qui se vendent pour une bouchée de pain en raison de la crise en Europe),
5- faciliter l’acte d’investir et encourager l’entrepreneuriat des femmes et des jeunes,
6- mettre, concrètement, le foncier à la disposition des investisseurs,
7- activer l’entrée en Bourse des entreprises qui en ont les moyens,
8- relever le niveau du management de l’entreprise en encourageant la formation et la recherche,
9- instruire les walis en les dotant d’une feuille de route et les soumettre à une obligation de résultats, notamment en matière de création d’emplois et de PME/PMI,
10- en finir, une fois pour toutes, avec le dossier de l’adhésion de l’Algérie à l’OMC,
11- travailler (enfin et pourquoi pas) à l’émergence d’un marché commun 
maghrébin.
Pour conclure, invitons tous ceux intéressés par cette thématique à méditer cette citation attribuée à Winston Churchill : “On considère le chef d’entreprise comme un homme à abattre ou une vache à traire. Peu voient en lui le cheval qui tire le char !”

 

 

 


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