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A la une / Contribution

POUR COMBATTRE L’ÉCONOMIE RENTIÈRE

FAUT-IL UN 1erNOVEMBRE ÉCONOMIQUE ?

© D. R.

Par : M'HAMED ABACI
ANCIEN CADRE FINANCIER À SONATRACH

“Il est temps que l’on définisse en toute transparence la place de la rente des hydrocarbures dans notre politique économique en perspective de l’ouverture de  l’Algérie  sur  le  monde  économique, car  la  nouvelle  économie est celle d’un monde globalisé.”

Au lendemain de l'indépendance, l'Algérie vivait une situation socio-économique critique : la pauvreté et la misère touchaient l’écrasante majorité de la population, le taux de chômage avoisinait les 70%, le taux d'analphabétisme de 90%, un déficit énorme est constaté en main-d’œuvre qualifiée et en encadrement. Alors que l’Algérie des années 1960-1970 était très loin de connaître l’aisance financière dont allait bénéficier le pays de l’augmentation des prix du baril de pétrole sur les marchés mondiaux en 1982, 1984 et depuis 2000. En effet, le premier baril vendu par Sonatrach en 1966 qui rapportait pour nos réserves de change 1,60 dollar. L’argent du pétrole devait aller au développement, à l’emploi et aux gens du monde rural qui n’avaient pas d’électricité, d’eau, d’écoles, de dispensaires, de routes, etc. Faut-il rappeler au passage que des réunions du gouvernement se tenaient au niveau des régions, dont notamment les Aurès, la Kabylie, le Titteri, l'Oasis, la Saoura. L'Algérie avait une stratégie de développement sans doute mieux ciblée. Comme nous le verrons dans les lignes qui suivent.
Notre pays se devait de mettre fin au plus tôt à ce lourd héritage légué par le colonialisme, les Européens ayant laissé derrière eux un pays sous-développé et totalement à l'arrêt. Pour cela, il fallait mettre en œuvre une politique de développement national qui réponde aux impératifs majeurs de l'Algérie indépendante, à savoir l’industrialisation, l’indépendance économique, la formation et emploi, la valorisation des ressources, le développement de l'agriculture n’auraient pas pu voir le jour sans ces investissements tirés par Sonatrach qui devient le principal outil de la réalisation de la politique de l’État, dont l’objectif fondamental est la valorisation des richesses naturelles au profit d’abord de la nation et d’une stratégie d’exploitation et d’utilisation des ressources énergétiques de l’Algérie mises en place dans de nombreux secteurs jusqu’au milieu des années 1980. Ainsi, Sonatrach a réussi la continuité de l’exploitation dans les sites pétroliers et gaziers désertés par les cadres et techniciens européens. Il y a eu en effet le plan triennal (1967-1969), les plans quadriennaux 1970-1973 et 1974-1977 et un vaste plan de valorisation des hydrocarbures à travers le plan (Valhyd), répondant aux différents impératifs industriel, social, agraire, culturel, scientifique, sportif, santé, enseignement et enfin, à travers le plan Valhyd pour développer une industrie pétrolière et gazière, le plan Comédor qui devait restructurer et moderniser la capitale, voire la projection d'une nouvelle capitale politique dont le choix était porté sur Boughzoul à la faveur de la nationalisation des hydrocarbures. Les premiers cadres algériens ont été d'un apport indéniable au développement national, après avoir empêché, notamment la paralysie de l’Algérie après le départ massif des cadres européens et avoir préservé et valorisé le patrimoine public au service de la collectivité nationale dans les premières années de l'indépendance du pays (1962 -1970). Ils ont su changer la donne et s'imposer comme acteurs-clés dans le processus de nationalisations et de développement national, en développant une expérience profitable par laquelle ils ont été au-devant de la scène de l'Algérie future. En effet, cette expérience a permis rapidement de faire fonctionner les institutions, les sites pétroliers, gaziers, miniers, les sociétés nationales pour rétablir l’économie. À cette époque, l’Algérie se donnait une orientation socialiste certes, mais elle n'avait rien à voir avec le système mis en place dans les pays dits du bloc de l'Est. D'ailleurs, au début des années 1970, l'Algérie a connu un développement industriel de type capitaliste composé de diverses technologies, notamment allemande, française, américaine et les enjeux économiques de l’Algérie tournaient autour de l’industrie industrialisante. Un tel processus s’inscrivait dans le cadre d’une vision claire quant à la place et au rôle de l’Algérie dans le monde et d’une stratégie d’exploitation d’utilisation de ses ressources pour bâtir une économie diversifiée et forte. En effet, en 14 ans, la politique des années 1970 a transformé la société et jeté les bases de l’industrialisation du pays notamment. L'Algérie s'est dotée d’une plate-forme industrielle importante avec la création de près de 70 zones industrielles, les fleurons de l’industrie nationale et des milliers d’entreprises à travers le pays, entre autres Sonatrch avec 120 000 travailleurs et son organisation qui couvrait toutes les activités de la pétrochimie, dont la création de plusieurs complexes industriels de transformation et pétrochimiques dont ceux d’Arzew, Skikda, Annaba, Hassi Messaoud, Hassi Ramel, une base logistique industrielle géante (BCL) et entre autres plusieurs réalisations oléoduc ou pipe-line ; ensuite pour en assurer l’exploitation à l’actif de Sonatrach, bien d'autres entreprises géantes de transformation et de production sont nées, à l'instar de Sonacome, SNS, Sider, Sonelec, Sonelgaz, Sonatiba, DNC, SNLB, SN Métal, SNMC, Snic, Sonic, Sonatram, Sonarem, Sonitex, industrie pharmaceutique (Saidal-Enapharm), ENMTP, Cnan, Cirta fabrication de tracteurs, moissonneuses-batteuses, Batimétal, Snta, Ofla, industrie cinématographique (Oncic), construction satellites, télécommunications, informatique, centrales nucléaires, presse écrite et audiovisuelle (nationale et régionale), Institut Pasteur, la route transsaharienne de l’unité africaine, la réalisation du barrage vert qui inspire aujourd'hui une grande expérience dans la lutte contre la désertification.  
La part de la production industrielle annuelle était autour de 18 à 25% du PIB, la croissance annuelle était de plus de 10%. Presque tout était fabriqué et construit en Algérie, l'épargne nationale était en moyenne de 40% du PIB, le taux de chômage de la force de travail non agricole est passé de 17% en 1974 à 8% en 1978 et le PIB évolue entre 10 et 11% contre actuellement entre 3 à 4% en moyenne. La stabilité du taux de change dinar/dollar avec un cours de change fluctuant entre 4 DA et 5 DA pour 1 dollar. La part des hydrocarbures dans le PIB est passée à 33% en 1978, contre actuellement 51% en 2007 et 47% en 2014. La fiscalité ordinaire qui contribuait à près de 60% dans la structure du budget de la nation, dont elle assurait la totalité des dépenses de fonctionnement et la fiscalité pétrolière, est consacrée seulement aux équipements collectifs et infrastructures, dont la part consacrée à l'équipement industriel était autour de 45% du produit intérieur brut (PIB). L’activité agricole répartie sur huit millions d’hectares a été impulsée à travers la mise en valeur des terres en grandes exploitations agricoles, où le pays arrivait à produire la totalité de ses besoins en céréales, en légumes et fruits et à même exporter l’excédent. Le tourisme à travers la construction de zones touristiques et de stations thermales, dont certains complexes hôteliers de classe mondiale qui rapportaient environ 7% des revenus en devises fortes. Il faut dire que par le passé l'argent de la rente avait une valeur économique réelle et l’argent de l'État appartenait à la nation et ne devait pas être dilapidé. L’Algérie a accru sa puissance régionale et son influence au point où elle est devenue l'une des puissances économiques les plus importantes de l’Afrique, du monde arabe et du Tiers-Monde et classée après l’Espagne. Cette évolution rapide du progrès de la société algérienne et l'émergence d'une classe moyenne dominante et productive ont fait que l'Algérie devienne économiquement, socialement et culturellement plus avancée au plan économique qu'aujourd'hui. D’une Algérie autrefois influente et écoutée au sein de l’Opep, en étant leadership et pivot, elle apportera sa contribution active dans les réajustements successifs des prix survenus depuis fin 1973 et favorisé par un renversement de la tendance du marché au profit des pays producteurs de pétrole. Oui, c’était l’époque où l’Algérie qui présidait les destinées de l’Opep dans les années 1970, en l’occurrence Dr Liamine Khene, figure éminente de la révolution, ancien ministre et ancien secrétaire général de l’Opep, décédé mi-décembre dernier, en assurant le poste de secrétaire général de l’Opep, qui a joué un rôle stratégique dans une période historique de la vie de l’Organisation. Ainsi, l’Algérie a mené toute une politique géostratégique qui a considérablement révolutionné le marché pétrolier dans le monde et relevé la part de marché à 55% contre aujourd’hui 30% et les prix du baril ont augmenté de 3 dollars en 1968 à 30 dollars en 1978, pour atteindre 40 dollars en 1980 au profit des pays producteurs de pétrole et des matières premières dans le réajustement des prix sur les marchés mondiaux. Malheureusement, le travail politique futuriste d’une Algérie nouvelle qui aurait dû se poursuivre et s’approfondir ne s’est pas produit, sachant que tout ce projet d’ambitions socio-économiques fut abandonné au milieu des années 1980, par l'introduction du fameux programme anti-pénurie (PAP), pour concrétiser pleinement le slogan “Pour une vie meilleure” et suite à cette fameuse restructuration organique des entreprises publiques menée dans la précipitation en 1981, qui a abouti à leur démembrement de taille moyenne entreprise (PME) et l’économie algérienne est passée d’une économie sidérurgique, pétrochimique et industrielle aux secteurs de la finance, des services et du commerce (bazar). Ce qui a exclu toute perspective de développement industriel à l'amont et à l'aval, la suppression du ministère du Plan qui comprenait en sein une intelligentsia et la liquidation de près d’un millier d’entreprises (EPE) entre nationales et locales (EPL) et par conséquent de hisser l'Algérie au rang d'un pays développé. Le rythme des investissements dans l’industrie tombe de 50% en 1967-1977, à 25% en 1980-1984. Le service de la dette passe entre 1980 et 1989 de 32% à 75%. Plus alarmant encore, la tendance des nouveaux dirigeants et cadres ne reposait pas sur l'échelle des valeurs et du mérite, la majorité était dépourvue d'un réel palmarès intellectuel et professionnel. Et depuis, Sonatrach a cessé d’être un État dans l’État.

Que peut-on conclure ?
Combien de ministres, de walis, de P/APW, de P/APC, de présidents-directeurs généraux, de directeurs centraux sont passés aux commandes de l’économie, de l’administration ou du gouvernement sans que cela ait apporté un redressement économique salutaire pour le pays, et sans pour autant qu’on ait évalué les ressources humaines, facteur premier de la richesse d’un pays. En effet, l’Algérie est loin de l’idéal pour lequel sont morts nos martyrs et à l’esprit du 1er Novembre 1954 et la lettre du Congrès de la Soummam. Il est temps que l’on définisse en toute transparence la place de la rente des hydrocarbures dans notre politique économique en perspective de l’ouverture de l’Algérie sur le monde économique, car la nouvelle économie est celle d’un monde globalisé. On estime opportun de proposer ce thème aux grands débats dans la nouvelle assemblée populaire nationale (APN), issue des élections législatives du 12 juin pour une meilleure place de l’Algérie dans l’économie mondiale. En effet, l’Algérie est demeurée gouvernée et gérée à tous les niveaux par l’argent de la rente des hydrocarbures, qui représente près de 50% du PIB, 60% des revenus fiscaux et 98% des exportations et figure aujourd'hui parmi les pays gros importateurs pour satisfaire ses besoins à près de 75%. Triste fin pour l’Algérie, notre bien commun, une “situation économique critique alors que les ressources du pays s’amenuisent dans un contexte énergétique mondial incertain”. Un héritage est pourtant là : la politique des années 1970 a transformé la société et jetée les bases de l’industrialisation du pays, dont un tissu industriel et manufacturier appréciable et un potentiel agricole de dix millions d’hectares. Un paradoxe dans un pays pourvu d’une superficie de 2,500 millions de km2 qui dispose d’immenses richesses, le plus vaste d’Afrique et qui fait cinq fois la France en superficie.

 


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