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Histoire des Kotama

© D.R

Par : Abdelaziz Boucherit
Ingénieur retraité chez Thales, auteur

1re partie

Les Kotama avaient, intelligemment, construit une stratégie de l’art de la guerre, en développant des programmes politiques spécifiques pour enseigner les vertus de l’effort, du mérite, du succès, de la réussite, de la victoire, de l’audace, du courage et les valeurs intrinsèques pour œuvrer à l’intérêt commun de la tribu.


Introduction
Les tribus berbères des Kotama se distinguent par une histoire vaste, variée et riche en événements avec ses grandeurs, ses exigences, ses réussites, ses renoncements et ses échecs. 
L’enseigne Kotama fut attribuée à l’une des tribus amazighes qui marqua par sa puissante domination le règne le plus long et le plus efficace, après le déclin de la Numidie, en termes de souveraineté sur un territoire reconnu comme nation organisée et dédiée aux Amazighs d’Afrique du Nord. 
C’était une tribu disciplinée et redoutable, qui avait pris en main la destinée de la Numidie orientale ; située à l’est de l’Algérie actuelle. 
Elle fit de l’union son credo politique et le sentiment commun d’appartenance à l’amazighité, le socle de partage entre le peuple et ses troupes de combat. 
On peut évaluer, selon les documents historiques concordants, la durée du règne des Kotama, entre 8,5 et 9 siècles. Cette tribu avait comme ambition de reconquérir les territoires amazighs perdus de la Numidie divisée et défaite par les Romains. Les Kotama s’étaient illustrés par des prises de position innovantes en se plaçant au centre des combats sociaux, pour diminuer les différences et permettre l’émergence d’une personnalité égalitaire ; une singularité propre au peuple amazigh. 
Les Kotama avaient conscience des bienfaits du savoir, seule alternative pour maintenir leur suprématie sur leur territoire courtisé par des envahisseurs puissants. 
On peut même avancer, en restant humble et modeste, que la pratique de la politique d’une formation sérieuse du peuple avait eu plusieurs avantages. En l’occurrence, l’apparition de nouveaux concepts culturels et leurs bénéfices sur les stratégies de lutte pour pérenniser le contrôle sur le territoire des tribus. La raison féconde, l’esprit critique, le culte du mérite et de l’excellence, l’effort et la liberté de conscience étaient devenus la marque de fabrique de cette organisation. Cette culture lointaine reste encore, de nos jours, majoritaire dans les réflexes quotidiens des Amazighs.
Par ces actions innovantes, les Kotama avaient réussi à consolider l’originalité de la personnalité amazighe ; régie par l’esprit critique ; une capacité, intellectuelle instinctive observée chez l’Algérien. Une vision fraternelle qui servit, plus tard, à hausser la pensée moderne de l’humanité. Les apports civilisationnels de l’amazighité furent, sans conteste, parmi les supports de la pensée humaine utile et moderne qui édifièrent la civilisation universelle ; créée par nous et mise en œuvre, loin de notre espace vital, par les peuples avisés, en l’occurrence les Occidentaux.
La culture amazighe, sous le règne des Kotama, avait servi de laboratoire pour le bien-être des pays modernes, pendant que nous avions le regard tourné ailleurs, vers les chimères vidées de leurs sens spirituels. Les Kotama étaient aussi engagés, par moments, dans des combats âpres, sans intérêt et embourbés dans une médiocrité récurrente qui assaille la raison et appauvrit, durablement, la pensée humaine. Pourtant, l’Afrique du Nord amazighe, sous le règne de Massinissa et la dominance des Amazighs Kotama, offrait l’avantage d’être la seule nation au monde avec un vaste territoire d’un pays-continent. 
Elle avait marqué de son empreinte, comme aucune autre force organisée, sur la partie orientale de la Numidie, la fierté révélée sur l’homme amazigh, en laissant des traces indélébiles, sur son caractère d’appartenance à la culture de la berbérité dans cette région. Elle développa le patrimoine amazighe en léguant à l’humanité, à travers le génie de ses enfants, un immense héritage qui contribua à façonner la pensée universelle de l’esprit libre, de l’attachement aux sciences, aux arts et à la subtilité des jeux de la logique pour édifier le bien-être du vivre-ensemble des hommes. Ces propos ne sont pas des paroles en l’air, ce sont des vérités avérées qui proviennent des écrits historiques fiables, et qui résument, de façon factuelle, les recherches crédibles des penseurs érudits. Le noble objectif, une idée fixe, un besoin fondamental des Kotama, était de créer une nation berbère unie, sur les ruines de toute la Numidie, chère au roi Massinissa. Elle fit de Béjaïa la capitale culturelle et décisionnelle et Jijel la capitale de l’art militaire. Une organisation, à l’époque, qui avait fait ses preuves, en se donnant les moyens pour atteindre ses ambitions politiques. 
Au risque de nous répéter, les Kotama avaient, intelligemment, construit une stratégie de l’art de la guerre, en développant des programmes politiques spécifiques pour enseigner les vertus de l’effort, du mérite, du succès, de la réussite, de la victoire, de l’audace, du courage et les valeurs intrinsèques pour œuvrer à l’intérêt commun de la tribu. Ils intégrèrent, comme valeur viscérale l’amour de la terre, de la propriété, du territoire et le courage sacré de ses soldats pour défendre le projet de la nation en devenir. 
Les Kotama avaient, aussi, précipité le déclin de la nation berbère en Afrique du Nord, en se convertissant en masse au chiisme pour fonder la dynastie fatimide. Le paradoxe de cette soumission religieuse, suivie par une allégeance sans condition, reste entier et incompréhensible à nos jours. La réputation de l’esprit critique des Amazighs n’avait pas résisté à la religiosité rapide au shiisme. 
Une conversion subite qui précipita le déclin des Berbères et l’abandon de l’objectif sacré de créer leur propre nation sur les terres de la Numidie antique. Un retournement fatal qui avait mis l’avenir de l’Afrique septentrionale en danger. Les Kotama avaient laissé la place libre aux Beni Hilal, ces prédateurs sans scrupules, qui avaient changé en mal le cours de l’histoire de l’Afrique du Nord. Un mal qui ronge encore notre société à genoux. Incapable de se redresser pour entreprendre le travail des ancêtres bloqué, en cours de route, par la philosophie maléfique des arabo-islamistes. 
Le chantier de la nation amazighe reste à nos jours, encore, inachevé. Même difficile à réaliser, par les tiraillements religieux de cette secte néfaste, encore en présence, qui pousse à l’obscurantisme et la pratique d’une philosophie opaque qui entache la raison humaine.
Une œuvre, certes, inachevée mais qui laissa, en sourdine en héritage au peuple amazigh, la vertu du courage conquérant, du savoir et la croyance à la liberté pour rêver, encore, d’un destin meilleur et digne dans une nation numide, libre et unie jusqu’à la fin des temps. 

Pays des Kotama, la Kabylie El-Hadra (Kabaïel El-Hadra)
Le véritable territoire du pays des Kotama était localisé au nord-est de l’Algérie. Il a été fondé sur le territoire qui recouvre les wilayas de Béjaïa et de Jijel. Bordé à l’ouest par Béjaïa, à l’est par Collo et à l’ouest par la wilaya de Skikda, au centre par Jijel, Taher, El-Milia… Et au sud par le nord des wilayas de Mila, Sétif et Constantine.

Que veut dire Kotama ou Kutama ?
Le terme Kotama n’a aucune signification en berbère, nous n’avons trouvé aucune explication jusqu’à ce jour. En revanche les historiens arabes nous apprennent que Kotama dérive de Kitman, Aman, “eecret” ou celui qui possède le secret sur Mehdi, c’est-à-dire le Messie.
Le nom Kutama fut apporté par Abou Abdellah un prédicateur venu de Syrie. 
La tribu Kotama est celle qui devait recevoir Mehdi, donc le Messie, pour unifier la vérité divine sur Terre. D’autres sources affirment que Kotama était issu du nom utilisé par les Romains pour désigner cette tribu : U Kutama Norum. Les Byzantins l’appelaient Ucu Tamani et les Arabes Kutama ou Kotama. 
Les tribus berbères des Kotama obtiennent ce nom après s’être converties au shiisme.
Au IIIe siècle, ils faisaient partie des tribus unies de la branche berbère Branes, selon Ibn Khaldoun. Pour information, Branes est le nom du fils de Mazigh, l’ancêtre de tous les Berbères. D’où dérive Amazigh, qui signifie Berbère. Les Branes est l’une des deux importantes branches berbères des tribus unies et indépendantes ; toujours selon Ibn Khaldoun au IIIe siècle de notre ère. 
Les Branes étaient constituées par sept grandes tribus dominantes : Les Azdadja, les Masmouda, les Awerba, les Adjica, les Kotama, les Sanhadja et les Awrigha.
Nous nous limitons à citer les tribus dominantes de la confédération des Branes, sans trop nous étendre sur l’influence de chacune d’elles. Cependant, nous relevons que les Kotama étaient l’une des tribus les plus puissantes. 
Au IIIe siècle, les Kotama, sous l’égide des Branes, se soulevèrent contre les Romains. Ils pilonnèrent plusieurs cités de la Numidie occupée après avoir perdu son unité. Au IVe siècle, bien que Branes fût défaite par les Romains, la tribu des Kotama conserva toute sa structure et sa puissance de nuisance.

L’origine des tribus Kotama
La Petite-Kabylie est l’origine de la dynastie des Kotama. La naissance de cette tribu fut érigée sur les rives de l’oued El-Kébir, devenu, aujourd’hui, célèbre par le barrage Beni-Haroun. Il parcourt le Constantinois, traverse les tribus des Kotama et se jette dans la Méditerranée, du côté de Beni Bélaïd. Appelées Kabyles El-Hadra – diminutif kabyle de hadara – les Kabyles civilisés. 
Les envahisseurs de la secte Beni Hilal, la Kabylie orientale pour les historiens orientalistes français et la Petite-Kabylie par la colonisation française : chacun y allait de sa petite partition juste pour morceler, décimer et rétrécir le territoire de la Kabylie antique afin de mieux la contrôler pour la défaire de son caractère spécifique et rebelle, de son héritage culturel illustré par l’esprit libre, fructueux et compatible avec la modernité.
On trouvera toujours quelqu’un, animé par la hargne destructrice des Beni Hilal, pour venir nier, avec l’impertinence des incompétents, effacer, briser le caractère héroïque, méritoire, culturel ou civilisationnel mis au crédit des Amazighs. Tout est arabo-islamique, rien n’est Amazigh depuis l’avènement noir des Beni Hilal !
Cette politique se poursuit aujourd’hui par les détenteurs zélés de cette culture néfaste, introduite par la force de l’épée au XIe siècle. Le pouvoir en Algérie, par son hostilité implacable à la culture amazighe, ne se gêne pas et ne se cache pas, non plus, pour continuer sa cruelle destruction du caractère amazighe, déjà en souffrance. 
Il suffit de constater le subtil subterfuge mis en œuvre par les arabo-islamistes – c’est-à-dire les hommes au pouvoir – pour engager le retrait systématique, sciemment réfléchi, du terme d’attachement à la région de la Petite-Kabylie et le remplacer par l’appellation Nord-Constantinois. 
Cette idée consiste à détacher la Kabylie antique de ses territoires ancestraux. 
Désormais, dans le descriptif officiel (même dans Wikipédia) de chaque daïra de Jijel, de Constantine, de Sétif, de Skikda, le terme “Petite Kabylie” a été retiré alors qu’il existait dans les années 1980. On veut toujours rétrécir la Kabylie antique, comme peau de chagrin, à un village gaulois, pour mieux la détruire, effacer ses symboles de l’Afrique du Nord et souiller, volontairement, la terre de ses ancêtres.

 

 

À suivre


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